Niger, une faim de comprendre

« Afrique, « ground zero » », c’est le titre de cette collection de films documentaires sur 4 régions d’Afrique. Un titre effrayant, tout autant que le postulat de chaque enquête : pourquoi l’Afrique va plus mal qu’il y a 20 ans ? 4 situations sont passées au crible de l’investigation : le conflit du Darfour, la question du pétrole au Nigeria, les divergences dans la lutte contre le sida en Afrique du Sud, et enfin la crise alimentaire au Niger. Ambiance.

Par Agnès Faivre

Dans la pénombre d’une case niaméenne, un studio s’est improvisé, 3 jeunes rappeurs sont en train d’enregistrer un titre. Du flot polyglotte filtrent quelques paroles en français : « Tous ces enfants dans nos village, aux yeux du monde c’est dégradant ». Le groupe s’appelle Métaphore Crew, le morceau, « Famine ». Ainsi s’ouvre le documentaire réalisé par Jean-Louis Saporito, « Niger : autopsie d’une crise alimentaire ».

Un reportage de TV Ténéré, la chaîne privée du Niger, nous présente dans la séquence suivante ces enfants : « des enfants au corps décharné, au regard absent, qui viennent nous rappeler que la situation est grave et qu’il faut réagir, vite réagir.», commente le journaliste. Nous sommes à Zinder, la deuxième ville du Niger. Ces images, TV Ténéré est alors la seule télévision à les tourner, et son message d’alerte semble se perdre dans le silence du monde.

Pourtant, la sonnette d’alarme concernant la pénurie à venir avait été tirée au bon moment par le gouvernement nigérien, puis par le Programme Alimentaire Mondial (PAM), mais les appels n’ont pas été entendus, ni par la communauté internationale, ni par les médias, « la générosité n’a pas eu lieu », note Jean-Louis Saporito.

Mieux comprendre l’aide au développement

La suite de ce documentaire, diffusé prochainement sur CFI, nous plonge dans un pays confronté depuis plusieurs années à une crise alimentaire au moment de la soudure, période entre l’épuisement des réserves et les nouvelles récoltes. Une crise sévèrement intensifiée l’été 2005, et dont tout porte à croire qu’elle n’avait rien de conjoncturel. Les conditions climatiques (sécheresse, invasion acridienne) semblent tout autant aggravantes que les stratégies économiques et politiques des organisations internationales et de l’état.

« Qui va sauver mon peuple de la misère ? » s’interrogent les jeunes rappeurs, dans leur refrain récurrent. On aimerait pouvoir répondre. Les données se ramifient dès que le reporter questionne des membres du gouvernement, du PAM, de Médecins Sans Frontières (MSF), des responsables d’associations, telles que « la coordination contre la vie chère », mais aussi des commerçants, ou encore des mères et pères de famille. A chaque élément de réponse s’articule un lien : alphabétisation, santé, natalité. La caméra multiplie les points de vue, les scénettes de la vie quotidienne en période de crise nous renvoient vers des assemblées, au parlement ou dans la case d’un chef de village. Les propos se densifient, se répondent, parfois un peu touffus, mais restent nécessaires pour mieux appréhender les enjeux des politiques d’aide au développement.

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