Les ruines de Loropéni élèvent le Burkina Faso à l’universel

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Le Comité du patrimoine mondial, réuni à Séville en Espagne, a le 26 juin, au cours de sa session annuelle, admis les ruines de Loropéni dans le sud-ouest du Burkina Faso, au patrimoine mondial de l’Unesco. Après une première tentative infructueuse en 2006, ce pays a réussi cette fois-ci son examen et compte faire de ce lieu une attraction touristique.

Notre correspondant au Burkina Faso

Loropeniruines2.jpgSituées à 430 km au sud-ouest de Ouagadougou, les ruines de Loropéni sont constituées de murs de moellons latéritique et de blocs de pierres sauvages de près de cinq mètres de haut, ceinturant un grand établissement abandonné. Selon une datation récente, elles remontent au XIe siècle et ont connu une période florissante entre les XIVe et XVIIe siècles. Une semaine après leur admission au patrimoine mondial de l’Unesco, l’euphorie n’est pas encore retombée au Burkina. Cette joie des burkinabè n’est mesurable qu’à l’aune de la déception qui fut la leur quand, en 2006, la candidature pour la reconnaissance universelle de ses ruines fut rejetée. A l’époque, le jury reprochait au dossier burkinabè le peu d’informations détaillées. Depuis lors, Loropéni est devenu une affaire d’Etat. Et le gouvernement burkinabè d’en faire une priorité de premier plan. Il a contribué pour 30 millions de francs CFA aux études complémentaires sur le site afin de repartir à la conquête du label universel. La tâche a été confiée au laboratoire du Pr. Jean-Baptiste Kiéthéga, appuyé par une équipe pluridisciplinaire, forte d’une demi-douzaine de chercheurs béninois, burkinabè, ivoiriens et togolais.

Cours d’histoire

Les conclusions des chercheurs ont levé un coin du voile sur les secrets de ces forteresses, « découvertes » en 1912 par le français Henri Labouret. Et contrairement à cet administrateur colonial qui faisait des peuples Lobi, les bâtisseurs de ces forteresses, l’équipe du Pr Kiéthéga, les attribue plutôt aux populations Koulango, un peuple aujourd’hui écartelé entre le sud-ouest du Burkina et la région de Bouna au Nord-Ouest de la Côte d’Ivoire. Celles-ci extrayaient et transformaient l’or dans la région. La dernière occupation du site se situe au XVIIe siècle. Les recherches ont confirmé que depuis très longtemps, des caravanes reliaient cette région aurifère aux villes commerçantes de la Boucle du Niger comme Djenné, Mopti, Tombouctou en passant par Bobo-Dioulasso. Du reste, l’érection de ces remparts fortifiés est une réponse à l’insécurité engendrée par l’exploitation aurifère. En effet, expliquent les chercheurs, Loropéni est un système de défense conçu par ceux qui y vivaient pour se protéger d’éventuels assaillants.

Un filon touristique à exploiter

Depuis 2005, le Burkina a décidé de dynamiser son secteur touristique en adoptant une loi d’orientation en la matière. Elle prévoit un investissement de 6 milliards de francs CFA (9 millions d’euros) dans les structures d’accueil (hôtels et campements à proximité des sites les plus fréquentés). L’objectif est d’atteindre les 700 000 visiteurs d’ici 2010. Déjà en 2008, selon les estimations du ministère en charge du tourisme, le pays a accueilli 374 625 touristes qui ont généré plus de 43 milliards de F CFA de recettes. Les ruines de Loropéni, qui présentent une ressemblance assez troublante avec celles du Great Zimbabwé, sont à nulle autre pareilles dans toute la région ouest africaine. Auréolées du label de patrimoine universel, ces forteresses deviennent du coup le produit phare de la destination touristique Burkina. Pour cela, il est impérieux pour les autorités burkinabè de restaurer le site envahi par la forêt et d’en faciliter l’accessibilité. A ce prix, peut-être, sur les ruines de l’ancienne forteresse aurifère, le Burkina pourrait trouver un nouveau filon, touristique cette fois.