Le Swaziland, mauvais élève de la législation du travail

La dernière monarchie absolue d’Afrique ne devrait plus pouvoir interdire le droit de grève. Un récit de notre correspondant dans le pays.

Si le gouvernement swazi ne modifie pas sa législation du travail – qui interdit encore les grèves dans le pays -, il devra faire face à des sanctions économiques internationales. L’Organisation Internationale du Travail (O.I.T) a clôturé cette semaine a Genève sa convention annuelle et a rejeté la loi votée par le Swaziland en matière de relations industrielles.

Cela fait maintenant quatre ans que l’O.I.T fait pression sur le royaume afin que la loi précédente en matière de droits des travailleurs soit remplacée par une nouvelle loi. L’ancienne condamne toute grève considérée comme acte criminel.  » Les lois swazies devront entre appliquées et rédigées par et pour les citoyens swazis, sans l’influence des pressions extérieures. «  Cette déclaration a été lancée avec défi par le ministre de l’Emploi, Lutfo Dlamini, juste avant que la loi ne soit présentée au Parlement. Il répondait ainsi aux conseils de l’ambassadeur des Etats-Unis au Swaziland, selon lequel les sanctions commerciales seront mises en vigueur si l’O.I.T n’est pas satisfaite.

Les exemptions de taxes dont bénéficient les produits swazis sur les marchés américains et européens seraient suspendues ce qui paralyserait l’industrie exportatrice du pays et le conduirait a un effondrement économique, d’après une source au Swaziland Stock Market (la Bourse swazie).

Jan Sithole, Secrétaire Général du Syndicat des travailleurs (Swaziland Fédération of Trade Unions, SFTU), a rapporté :  » L’O.I.T était satisfaite de la loi sur les relations industrielles, mais elle ne pouvait pas accepter les amendements récents qui interdisent quasiment les grèves. Ces amendements font de la loi une violation du droit des travailleurs et la condamnent « .

Le Parlement a adopté une loi qui résulte d’une concertation avec les syndicats et les employeurs, mais uniquement pour en arriver à ce que l’assentiment du roi Mswati III soit différé – sachant que les conseillers du palais ne donneraient pas leur approbation. Dans la dernière monarchie absolue de l’Afrique subsaharienne, le palais craint et méprise les syndicats, car ceux-ci sont à la dynamique du mouvement pro-démocratique dans le royaume.

 » Le mouvement salarial a ouvertement inscrit dans son programme la transformation du rôle du roi en un monarque constitutionnel, «  explique le chroniqueur politique Ackel Zwane.  » Pour les traditionalistes qui contrôlent les terres, c’est une déclaration de guerre. Une monarchie constitutionnelle signifie une perte d’influence et de privilèges pour les conseillers du roi. «  Afin de sauvegarder leur influence et leurs privilèges, les conseillers du roi, essentiellement des princes aînés, ont ajouté des amendements au projet de loi en matière du travail. Ceux-ci réclament aux compagnies importantes d’embaucher et de payer les  » conseillers du roi.  » à des niveaux de cadres supérieurs.

Effacer la haine

D’après un porte-parole du SFTU, l’O.I.T considérerait de tels conseillers comme  » des espions de palais a la recherche d’agitateurs travaillistes et de dissidents politiques. «  Le pire , dans l’esprit des délégués de Genève, fut l’amendement qui impose que tout ouvrier soit tenu responsable pour quelque dommage ou perte de revenu qui surviendraient dans l’entreprise lors d’une grève.  » Cela rend caduc le principe même d’une grève, «  dit le porte-parole du SFTU.

Le Secrétaire Général du syndicat des travailleurs, Sithole, est la bête noire du palais. Il s’est vu refuser une place dans la délégation du Swaziland a la convention de l’O.T.I – en contradiction avec les règles de l’O.T.I – parce qu’il etait élu par le SFTU pour représenter les salariés. Sithole a payé son voyage du Swaziland à Genève et le comité de créance de l’O.T.I l’a remboursé, ce qui a provoqué la déception du délégué du gouvernement, le ministre du Travail, M. Dlamini.

La commission de l’O.T.I qui a rejeté la nouvelle loi swazie en matière de droits du travail ne s’est pas montrée favorable à l’application de sanctions immédiates. Elle a offert au gouvernement une dernière chance pour réviser la législation qui devra être conforme aux critères internationaux en matière des droits des travailleurs. L’affaire est devenue celle des conseillers du palais et ils devront réagir favorablement et effacer leur haine a l’égard de leurs ennemis politiques, les membres du syndicat de travailleurs. Ce n’est qu’à ce prix que la situation politique du Swaziland retrouvera le calme.

James Hall