Le Mapouka : de la tradition à l’exhibition


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Drapeau de la Côte d'Ivoire
Drapeau de la Côte d'Ivoire

La danse mapouka, issue du Sud-Est de la République de Côte d’Ivoire, était auparavant exécutée au cours de cérémonies traditionnelles. Or, au fil du temps la chorégraphie a évolué, les tenues sont devenues plus osées et les regards posés sur les postérieurs des danseuses plus insistants. En se médiatisant, en s’exportant, cette danse est devenue trop « olé-olé » pour certains, voire pornographique pour d’autres.

A l’origine danse populaire du petit village ivoirien ahizi de Nigui Saff, le mapouka est devenu urbain à partir des années 1980, notamment sous l’impulsion du groupe Les Tueuses de Mapouka. Cependant, c’est véritablement au début des années 2000 que sa pratique a explosé dans toute l’Afrique francophone et parmi les diasporas. Au Cameroun par exemple, elle est venue concurrencer le très populaire N’Dombolo.

Pour synthétiser, danser le mapouka consiste à bouger les fesses très rapidement en gardant les hanches immobiles. Or, sa pratique s’est transformée en devenant une danse érotique de bars et de boîtes de nuit, en insistant sur les cambrures, en ornant les danseuses de tenues affriolantes ou d’un simple string, voire moins… Souvent considérée comme un appel à la fornication, cette danse met en valeur les fesses proéminentes, la chair, la dynamique frénétique, la transpiration due à l’effort, laissant présager des capacités physiques lors de la « troisième mi-temps ». Même si le mapouka n’a plus aujourd’hui le même succès qu’au début du millénaire, il n’en demeure pas moins un objet de débat, avec ses fans et ses pourfendeurs.

Une censure contre-productive ?

Le mapouka est devenu un phénomène social à Abidjan, où il s’est marié à l’alcool, à la drogue, souvent au sexe et même parfois à la pornographie. Il devient dès lors « serré » ou « dedja » et vise à rendre les spectateurs littéralement fous, se rapprochant d’une roue de paon aux airs de préliminaire sexuel.

La réadaptation d’une danse traditionnelle en démonstration sexy, voire même en exhibition sexuelle, a fait enrager une partie du monde politique de la région. Combattu au Togo, au Niger ou en Côte d’Ivoire (interdite en 1998 par le Conseil National de la Communication Audiovisuelle), le mapouka est devenu la danse subversive par excellence et a profité de la liberté laissée par internet. Les vidéos mettant en scène cette danse ne se comptent plus. En recherchant « mapouka », Google donne comme premier résultat un lien curieusement intitulé « +18ans Mapouka Hard Video ».

En plus des fréquentes interdictions légales, le mapouka a eu à souffrir de condamnations morales. Beaucoup d’Africains, de l’ancienne ou de la nouvelle génération, religieux ou non, voient dans cette pratique, au mieux la défiguration d’un rite traditionnel, au pire la preuve d’une véritable perversion des mœurs.

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