La crise ivoirienne plombe le Burkina

Le Burkina Faso estime que son déficit pour l’année 2004 devrait s’élever à 146 millions de dollars. Un fossé, en partie dû à la crise ivoirienne, qui mine les échanges commerciaux entre les deux pays et génère une perte importante de revenu. Même la production nationale est affectée par le conflit.

146 millions de dollars. C’est le déficit que prévoit le Burkina Faso pour l’année 2004. Une somme qui représente plus de 11% des dépenses prévues par le gouvernement. Ce gouffre est en grande partie causé par la crise ivoirienne. Les pertes envisagées correspondent notamment à la trop lente reprise des échanges commerciaux entre Abidjan et Ouagadougou. Cette normalisation poussive mine aussi la production nationale.

Commerce en berne

Bobo-Dioulasso, la deuxième ville du pays, importante zone industrielle, subit le ralentissement de l’activité commerciale de plein fouet. Le transit de marchandises ne passe plus par Bobo-Dioulasso (sud-ouest), mais par Ouagadougou (la capitale). Le tout se fait au compte-gouttes. Dans les autres secteurs, la situation n’est pas plus réjouissante. « Les exportations de coton, bétail, volaille ou fruits et légumes en direction d’Abidjan tournent aussi au ralenti », commente Parfait Roch, directeur de la Communication au ministère des Finances et du Budget. Perte substantielle pour le petit Etat enclavé dont 70% des échanges commerciaux se font, en temps normal, avec la Côte d’Ivoire.

En effet. La frontière entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, fermée dès le début du conflit en septembre 2002, n’a rouvert qu’en septembre dernier. Et la remise en état des infrastructures ferroviaires, délaissées pendant de longs mois, prend beaucoup de temps. Du coup, par mesure de sécurité, les autorités limitent le trafic des convois de marchandises en direction d’Abidjan. Un autre frein au commerce bilatéral réside dans la situation encore instable dans le nord de la Côte d’Ivoire, toujours contrôlé par les ex-rebelles.

Production locale handicapée

Solution de dépannage : préférer les ports du Ghana et du Togo à celui d’Abidjan, pourtant le plus grand d’Afrique de l’ouest. Une solution au succès limité. Car elle fait faire aux commerçants un détour, ils dépensent donc plus d’argent pour le transport. Autre option, se reconvertir. Certains abandonnent leurs activités commerciales pour travailler la terre ou cumulent les deux.

Si les exportations et importations burkinabés sont touchées, la production nationale n’en sort pas indemne. Les industries se plaignent de la hausse de certaines matières premières. Pointée du doigt, l’augmentation du prix du pétrole qui avant transitait par la Côte d’Ivoire et passe maintenant par le Ghana ou le Togo. Avec à la clé un renchérissement des coûts de production. A tel point que certaines entreprises demandent aux autorités de soulager leur charge fiscale pour qu’il puisse poursuivre sereinement leurs activités.

Perte des revenus des expatriés

Les recettes du pays sont aussi amputées de la manne qu’envoyait les Burkinabés expatriés en Côte d’Ivoire et qui ont dû rentrer d’urgence chez eux après le début de la guerre civile. « Ils envoyaient de fortes sommes d’argent au pays, ce qui gonflait les revenus de l’Etat », explique Parfait Roch.

La crise ivoirienne est le facteur qui alourdit le plus le déficit de 146 millions de dollars, mais les autres causes sont d’ordre national. La corruption et la fraude fiscale notamment coûtent extrêmement cher à l’Etat. Ouaga compte bien mettre un terme à l’évasion fiscale en lançant une politique répressive à l’égard des contrevenants.