Intelligence artificielle : pourquoi Le Caire et Kigali unissent leurs forces


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Intelligence artificielle
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L’Égypte et le Rwanda veulent accélérer leur coopération dans l’intelligence artificielle. Les deux pays cherchent à peser dans la définition d’une voie africaine de l’IA, au moment où le Maroc, le Kenya ou encore l’Afrique du Sud avancent eux aussi leurs pions.

La rencontre s’est tenue le 29 juin au Caire. La ministre rwandaise des TIC et de l’Innovation, Paula Ingabire, y a été reçue par son homologue égyptien des Communications et des Technologies de l’information, Raafat Hindi. Les deux gouvernements ont convenu de préparer un protocole d’accord dans le secteur des technologies de l’information, appelé à encadrer une coopération plus large entre administrations, universités, centres de recherche et acteurs de l’innovation.

Des projets pilotes dans la santé, l’agriculture et les services publics

Les discussions ont porté sur le lancement de projets pilotes utilisant l’IA dans plusieurs secteurs jugés prioritaires dont la santé, l’agriculture, les services publics numériques et les technologies adaptées aux langues locales. L’objectif affiché est de produire des résultats mesurables, au-delà des grands discours sur la transformation numérique.

Chaque partenaire arrive avec ses arguments. L’Égypte s’appuie sur sa stratégie nationale d’intelligence artificielle 2025-2030, qui fait de l’IA un levier de modernisation économique, de formation et de services publics. Le pays dispose déjà de hubs technologiques, d’instituts de formation et d’une ambition assumée de leadership régional.

Le Rwanda, lui, cultive depuis plusieurs années son image de laboratoire numérique africain. Kigali a récemment approuvé la création d’une Agence nationale de l’intelligence artificielle, chargée de coordonner les investissements, l’innovation, l’adoption et la gouvernance de ces technologies. En avril 2025, le pays avait aussi accueilli le premier Sommet mondial de l’IA en Afrique, qui a réuni plus de 1 000 participants venus de plus de 90 pays, selon le PNUD Rwanda.

Une compétition africaine déjà bien engagée

Ce tandem égypto-rwandais s’inscrit dans un paysage continental de plus en plus concurrentiel. Le Maroc investit fortement dans l’IA, notamment autour de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), du centre AI Movement et de solutions appliquées à l’agriculture de précision, comme AgriEdge. Rabat veut aussi développer ses capacités de calcul, ses data centers souverains et la formation de talents.

Le Kenya, de son côté, mise sur son écosystème numérique, ses startups, ses infrastructures et sa capacité à attirer les talents. Dans l’AI Talent Readiness Index for Africa 2025, le pays occupe la 4e place, derrière l’Afrique du Sud, la Tunisie et l’Égypte, mais devant Maurice, le Rwanda et le Ghana. Le Maroc y apparaît en 9e position, ce qui confirme à la fois son potentiel et la marge qui lui reste pour structurer son vivier de compétences.

Face à ces trajectoires différentes, Le Caire et Kigali font le choix de la complémentarité : poids démographique, industriel et universitaire côté égyptien et agilité réglementaire et capacité d’expérimentation côté rwandais.

Faire émerger une voix africaine sur l’IA

Au-delà des projets bilatéraux, l’enjeu est aussi diplomatique. L’Égypte et le Rwanda veulent promouvoir une approche africaine de l’intelligence artificielle, fondée sur la responsabilité, l’inclusion et le développement durable. Les deux pays entendent également mieux coordonner leurs positions dans les forums régionaux et internationaux consacrés à la gouvernance de l’IA.

Alors que les grandes puissances technologiques imposent déjà leurs modèles, leurs plateformes et leurs normes, l’alliance entre Le Caire et Kigali envoie un signal politique. L’Afrique cherche à former ses talents, protéger ses données, adapter l’IA à ses langues et à ses besoins, et peser dans les règles du jeu mondial.

La bataille du leadership africain de l’intelligence artificielle ne fait que commencer. Mais elle se joue déjà entre laboratoires, ministères, data centers, universités et diplomatie. Dans cette course, l’Égypte et le Rwanda viennent clairement d’accélérer.

Kofi Ndale
Kofi Ndale, un nom qui évoque la richesse des traditions africaines. Spécialiste de l'histoire et l'économie de l'Afrique sub-saharienne
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