Casamance : l’armée sénégalaise en échec ?

L’armée sénégalaise a lancé des opérations d’envergure en Casamance, une région du pays en proie à une rébellion indépendantiste. Elle veut démanteler les principales bases des rebelles, mais rencontre une vive résistance. Dimanche, un soldat a été tué et cinq autres blessés. En six mois, 15 militaires ont été tués. Le président Abdoulaye Wade dit continuer à travailler au retour de la paix par le dialogue.

Un soldat tué et cinq autres blessés, dont deux grièvement. Tel est le bilan subi par l’armée sénégalaise, lors des accrochages de dimanche dernier, avec des rebelles indépendantistes dans le sud-ouest de la Casamance. Interrogé par l’AFP, un officier de l’armée sénégalaise a indiqué que les militaires avaient été surpris par le feu adverse, alors qu’ils progressaient dans la région. En revanche, aucune information n’a filtré sur d’éventuelles pertes chez les rebelles.

L’armée sénégalaise a déclenché une nouvelle série d’opérations en Casamance depuis plusieurs jours. Objectif : démanteler les bases des indépendantistes du Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC). Les militaires les accusent de pillages. « On a assisté à beaucoup de braquages dans cette partie du pays. Les populations commençaient à fuir les villages. Nous avons donc décidé de remplir notre mission régalienne qui est de protéger les populations, et de leur permettre justement de vaquer à leurs occupations. C’est dans ce sens là que nous menons donc ces opérations », a expliqué le colonel Oussmane Sarr, porte-parole de l’armée.

Ces opérations impliquent à la fois des hommes au sol et l’armée de l’air. Jeudi dernier, l’aviation militaire sénégalaise a ainsi bombardé les positions du MFDC, principalement dans les zones de Baraf, Kassana, Diabir et Mamatorro, autour de la ville de Ziguinchor, à 464 km au sud de Dakar. Mais les rebelles leur opposent une vive résistance. Quatre hommes au moins auraient trouvé la mort, ce qui porte à 15 le nombre de militaires tués dans les combats, au cours des six derniers mois.

Le processus de paix avance difficilement

Lors de son élection en 2000, Abdoulaye Wade avait promis de résoudre la crise casamançaise en 100 jours. Interrogé mardi dernier par Radio France internationale (RFI), le président sénégalais a indiqué qu’il travaillait toujours, « nuit et jour », à la paix. A l’en croire, il aurait engagé une série de dialogues avec certains chefs indépendantistes. Il a ainsi évoqué le nom de César Atoute Badiate, qui à ses yeux apparaît comme un modéré, alors que Salif Sadio, l’autre chef, est selon lui un « extrémiste ».

« Moi je suis en train de dialoguer avec les premiers. Est-ce qu’il vaut mieux continuer ce dialogue, qui est difficile, parce qu’il y a des aspects culturels, ou alors prendre l’armée et raser tout? Moi j’ai choisi le dialogue », a indiqué Abdoulaye Wade. Cependant, même avec César Atoute Badiate, les choses sont loin d’être faciles. Celui-ci a en effet menacé de provoquer de nouveaux troubles si deux de ses lieutenants, Bourama Sambou et Boubacar Coly arrêtés en début de semaine dernière, n’étaient pas remis en liberté. Alors que la gendarmerie sénégalaise avait présenté les deux hommes comme des commanditaires des braquages, ils ont finalement été remis en liberté, vendredi dernier.

La Casamance est en proie à une rébellion armée depuis 1982. Un accord de paix signé en 2004 n’a pas mis un terme au conflit qui éclate sporadiquement.