Burundi : les négociations se durcissent, 10 morts à Cibitoke

Les négociations se sont poursuivies jeudi à Bujumbura pour tenter de résoudre la crise, sous la médiation du ministre de la Défense ougandais, Crispus Kiyonga, qui a pris le relais de Yoweri Museveni. Pendant que le gouvernement confirmait la tenue de l’élection présidentielle le 21 juillet prochain, l’armée burundaise aurait tué 10 assaillants à Citiboke, accusé de vouloir déstabiliser le pays.

Les différents protagonistes de la crise burundaise se sont réunis à nouveau jeudi sous la médiation du ministre de la Défense ougandais, Crispus Kiyonga, pour tenter de trouver une issue politique à la crise. Le gouvernement a réaffirmé sa volonté d’organiser l’élection présidentielle le 21 juillet prochain. L’armée a tué 10 assaillants, accusés de vouloir déstabiliser la région de Citiboke, à 70 km au nord de Bujumbura, peut-on lire sur Anadolu Agency.

L’objet des négociations de jeudi était de fixer l’ordre des priorités des différents sujets abordés au cours des discussions : la question du troisième mandat du président Pierre Nkurunziza, au centre des tensions, le gouvernement d’union national, le désarmement des milices, la réouverture des médias privés, l’évaluation des résolutions adoptées lors des derniers sommets internationaux.

Le gouvernement confirme l’organisation de la Présidentielle le 21 juillet

Dans un communiqué publié le même jour, le gouvernement a appelé les Burundais à voter le 21 juillet pour élire leur président de la République. Le ministre de l’Intérieur, Edouard Nduwimana, a expliqué qu’aucune décision ne pouvait être prise en violation de la Constitution. La loi fondamentale burundaise stipule que la présidentielle doit être organisée « un mois au moins et deux mois au plus avant l’expiration du mandat du Président de la République, or l’actuel chef de l’Etat a prêté serment le 26 août 2010, la date limite de la validité constitutionnelle de son mandat est le 26 août 2015 », avait indiqué la Céni. Dès lors, la date limite pour l’organisation de la Présidentielle est le 26 juillet, soit un mois jour pour jour avant la date de fin de validité du mandat de Pierre Nkurunziza le 26 août.

Edouard Nduwimana a ajouté que les élections sénatoriales prévues le 24 juillet prochain empêchait toute modification du calendrier électoral. L’opposition et notamment la secrétaire général de l’UPD, Marina Barampama, a confié à RFI que si la Présidentielle était organisée à cette date, ces négociations étaient une perte de temps : « Les élections organisées par une seule partie ce sont des élections qui ne seront pas crédibles, ça ne va rien arranger au Burundi ».

Près de 10 morts à Citiboke, à 70 km de Bujumbura

Ces annonces interviennent dans un contexte de violence. L’armée burundaise a annoncé avoir tué dix assaillants dans la province de Cibitoke à 70 km au nord de Bujumbura. Ils seraient d’anciens putschistes voulant déstabiliser le Burundi. Près de huit fusils auraient été saisis ainsi que deux lance-roquettes. Un groupe armé avait déjà attaqué des localités dans les provinces de Kayanza et de Cibitoke le 10 juillet dernier, au cours de laquelle l’armée avait indiqué avoir tué 31 combattants et fait prisonniers 171 autres.

La crainte d’une attaque d’envergure se fait de plus en plus vive à l’approche de l’élection présidentielle et alors que le bras-droit du Colonel Godefroid Nyombare qui avait tenté de renverser le président Pierre Nkurunziza le 13 mai dernier, a annoncé vouloir « se battre » jusqu’au renversement du chef de l’Etat.

Une alliance entre l’opposition et les putschistes ?

Parallèlement à la médiation ougandaise, une partie de l’opposition a formé mercredi dernier une coalition appelée le Conseil National pour la Restauration de l’Accord d’Arusha et de l’Etat de Droit au Burundi. Le chef des putschistes a déclaré y adhérer, exprimant peut-être le souhait de réintégrer le processus politique.

Cette alliance constituée notamment à l’initiative de l’ancien président de l’Assemblée Nationale Pie Ntavyohanyuma et de l’ex-second vice président Gervais Rufyikiri, tous deux réfugiés en Belgique, a précisé qu’elle se réunira prochainement à Addis Abeba, la capitale éthiopienne, afin d’établir un cadre« clair et rigoureux » à ce Conseil National. Elle a informé le médiateur ougandais qu’elle sera bientôt disponible pour ouvrir un dialogue.

Plusieurs figures de l’opposition actuellement en négociation auraient signé la déclaration de ce Conseil, à l’exception notamment d’un des chefs de la principale coalition d’opposition « Abigenga- mizero y’Abarundi » (Indépendants-Espoir des Burundais), Agathon Rwasa, le leader historique du FNL, une des plus anciennes rébellions hutus. « Le gouvernement du Burundi ne peut pas être intimidé par cette clique de perdants », a répondu, Willy Nyamitwe, proche conseille de Pierre Nkurunziza, chargé de la communication.