Afrique de l’Est : augmentation des crimes commis contre les albinos, selon l’ONU

L’Organisation des Nations Unies a alerté sur les crimes commis à l’encontre des albinos qui sont en augmentation en Afrique de l’Est, ce mardi.

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a fait part, ce mardi 10 mars 2015, de son sentiment de révolte face à la hausse récente du nombre d’attaques violentes contre des personnes atteintes d’albinisme dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est. Au cours des six derniers mois, au moins 15 personnes atteintes d’albinisme ont été enlevées, blessées, tuées ou victimes d’une tentative d’enlèvement, avec trois incidents au cours de la seule semaine dernière, rapporte un communiqué onusien.

« Les enfants pris pour cible »

« Ces attaques sont souvent extraordinairement vicieuses, les enfants étant plus particulièrement pris pour cible », a souligné le Haut-Commissaire. « Par conséquent, de nombreuses personnes atteintes d’albinisme vivent dans la terreur. Certaines n’osent plus s’aventurer à l’extérieur et les enfants atteints d’albinisme ont arrêté d’aller à l’école, en raison de cette augmentation récente des agressions, des meurtres et des enlèvements ».

Rien qu’au Malawi, au moins six incidents ont été rapportés au cours des dix premières semaines de l’année, alors que quatre incidents avaient été enregistrés au cours des deux années précédentes. A Machinga, district situé dans le sud du pays, où ont eu lieu plusieurs enlèvements et meurtres, des groupes d’hommes rôderaient à la recherche de personnes atteintes d’albinisme.

La situation se détériore

La situation s’est également détériorée en Tanzanie, selon le texte. Samedi 7 mars, un enfant de 6 ans a été attaqué alors qu’il se trouvait à son domicile situé dans le village de Kiseta, dans le district de Sumbawanga. Ses agresseurs ont pris la fuite après avoir coupé sa main droite avec une machette. Baraka et sa mère, qui souffre de blessures graves à la tête, se trouvent tous deux à l’hôpital. La police a envoyé les deux autres enfants de la fratrie, qui sont aussi atteints d’albinisme, dans un endroit sûr et arrêté sept suspects, dont le père de l’enfant.

Un total de huit attaques ont été rapportées en Tanzanie depuis août 2014. Au cours de celles-ci, deux personnes atteintes d’albinisme ont été tuées, une kidnappée et portée disparue, deux gravement blessées et amputées de parties de leurs corps par leurs agresseurs, une victime de viol collectif et deux victimes d’enlèvements avortés.

Lutter contre l’impunité

Le Haut-Commissaire a insisté sur l’importance de lutter contre l’impunité pour les crimes contre les personnes atteintes d’albinisme. « L’interdiction de la sorcellerie imposée par les autorités tanzaniennes, en janvier dernier, est un pas dans la bonne direction, tout comme la condamnation de quatre personnes pour le meurtre d’une femme atteinte d’albinisme, en 2008, en Tanzanie », a-t-il déclaré. « Toutefois, je suis préoccupé par les condamnations à la peine de mort prononcées par la Cour et j’espère que la Tanzanie va maintenir son moratoire sur la peine de mort ».

Zeid Ra’ad Al Hussein a appelé les autorités à empêcher les attaques contre les personnes atteintes d’albinisme dans tous les pays où elles se produisent, à traduire les coupables présumés en justice et à s’assurer que les réparations et la réhabilitation des survivants et de leurs familles soient considérées comme une priorité.

Un problème mondial

Il a déclaré que des attaques contre les personnes atteintes d’albinisme avaient également lieu dans d’autres pays africains, dont le Burundi où 19 meurtres de personnes atteintes d’albinisme ont été rapportés, depuis 2008. Le dernier incident est survenu le 12 décembre 2014, lorsqu’un homme a été retrouvé mort, la jambe coupée. Selon des rapports, 11 personnes ont été arrêtées en lien avec ces attaques contre des personnes atteintes d’albinisme, au Burundi; six d’entre eux ont réussi à s’échapper et une a été condamnée. L’élaboration d’une politique nationale destinée à promouvoir et à protéger les droits des personnes atteintes d’albinisme au Burundi a été proposée mais n’a pas encore été initiée.

Partout dans le monde, les personnes atteintes d’albinisme continuent à souffrir de discrimination et d’exclusion sociale, a indiqué le Haut-Commissaire, qui a exhorté les gouvernements à agir davantage pour les aider à mener une vie normale et productive. Il a mis en exergue les résultats d’une enquête menée au Pakistan et qui montre les nombreuses dimensions des problèmes liés aux droits de l’Homme rencontrés par les personnes atteintes d’albinisme, dont le rejet social, les problèmes médicaux et psychologiques, et le fait d’être réduits à la pauvreté.