Niamey, ville à la mode


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Le Festival international de la mode africaine (Fima), édition 2005, s’ouvre ce mardi au Niger. La cérémonie d’ouverture aura lieu ce soir dans les dunes de Karey Gourou, à 16 km de la capitale. Mais pour le moment, sous l’impulsion du créateur Alphadi, les préparatifs vont bon train. Plongée au coeur des essayages des jeunes stylistes venus de tout le continent africain.

De notre envoyée spéciale

A l’instar des mannequins qui, depuis lundi, arrivent de France, des Antilles et de différents pays de la sous-région, la capitale du Niger se fait belle pour accueillir le Fima 2005. Le Festival international de la mode et, ensuite, les Jeux de la Francophonie, sont deux bonnes raisons pour rénover, repeindre, construire et lisser le goudron. Organisateurs, staff technique, journalistes, artistes, mannequins, les différentes délégations arrivent peu à peu pour prendre leurs marques le long du fleuve Niger. L’ouverture officielle du Fima doit se tenir mardi soir dans les dunes de Karey Gorou, un lieu enchanteur à 16 km de Niamey. Cet endroit est connu par les riverains pour être un lieu de jeux et de loisir pour les enfants et les femmes du village. Mais cette fois-ci, c’est de mode, de stylisme, de création et de créativité dont il sera question.

Celui par qui le miracle arrive depuis 1998, c’est le couturier star Alphadi. L’enfant du pays sait ce qu’hospitalité veut dire. Il a décidé de réunir chez lui les quelque 60 personnes arrivées dans la nuit de dimanche. Décontracté, souriant même si son téléphone n’arrête pas de sonner, il accueille les personnes dans sa villa, transformée pour l’occasion en véritable camp retranché avec une batterie de cuisinières, d’aides et de chauffeurs. Dans son vaste salon chaleureux, coussins léopard, tapis au sol et toiles contemporaines au mur. Une armada de fidèles entoure le créateur qui semble n’avoir qu’un seul souci : que ses invités fassent honneur à la nourriture !

Robes-oeuvres d’art

Alphadi le papa-poule s’implique à tous les niveaux de l’organisation et souhaite que ce Fima 2005 soit particulièrement chaleureux. C’est bien parti. Des dizaines de stylistes venant de 52 pays sont attendus et auront l’occasion de présenter leur travail jusqu’à vendredi prochain. Entre 200 et 300 invités devraient aussi faire le voyage. « Ce Fima 2005 est un festival de la jeunesse », explique Alphadi. En effet, l’Association française d’action artistique (Afaa) a décidé de s’associer à l’événement en organisant un concours de jeunes stylistes africains, « L’Afrique est à la mode ! » Sur la centaine de dossiers reçus par l’Afaa, dix ont été retenus. Les créateurs sont déjà là. A quelques minutes de la maison d’Alphadi, ils ont effectué lundi leurs essayages dans une villa mise à leur disposition.

Effervescence. La température, élevée en ce début d’après-midi, monte dans l’une des pièces. Le Camerounais Anggy Haïf, qui a le rire facile, est plus que concentré. Les mannequins attendent sagement leur tour pour enfiler une de ses robes-sculptures impressionnantes. Presque des installations. Des oeuvres d’art fabriquées notamment à partir de matières naturelles : raphia, racines, lianes… Une foule de jeunes filles admiratives regardent leurs consoeurs esquisser quelques pas devant Anggy, qui corrige une posture, remet une pièce en place. Il semble content du résultat, le défilé devrait bien se passer…

Place aux hommes

Dans la pièce d’à côté, d’autres jeunes stylistes ont pendu leurs créations aux cintres qui leur sont réservés. Xenson, de l’Ouganda, est angoissé : ses tenues ont du retard, il prie pour qu’elles arrivent à temps ! Ce serait dommage de rater le tissu qu’il affectionne particulièrement, le « barkeloth », réalisé à la main à partir d’une écorce d’arbre… Et tandis qu’il explique cette technique particulière, le Nigérien Ousmane Sambo, de Sambo style, montre ses créations étonnantes qui intègrent des croix d’Agadez en argent à la Burkinabé Clara Lawson, grande dame de la couture. Celle-ci est venue de Ouagadougou avec les mannequins de l’agence qu’elle a créée dans la capitale burkinabé en 2001. Trois jeunes personnes gracieuses et un peu timides, dont deux participent pour la première fois au festival.

Mais c’est au tour des mannequins hommes de s’y coller pour une autre Burkinabé : la très talentueuse Martine Some. Jazz fait entrer sa carrure d’athlète dans un costume contemporain et sobre qui lui va comme un gant et qu’il porte à même sa peau ébène. Son collègue, à la peau blanche et aux boucles blondes, enfile, lui, une redingote brodée en coton lamé, somptueuse, qui semble pétrie d’influences Renaissance ! Le choc des cultures. Et tandis que Martine Some règle les derniers détails d’une mini-chorégraphie pour mettre en valeur une de ses vestes en cuir, le soleil décline doucement sur Niamey. Demain, d’autres jeunes créateurs africains prendront la relève.

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