Mort tragique de Pius Njawe : Paul Biya doit mettre le drapeau du Cameroun en berne
Pius Njawe a été arraché à la lutte aux Etats-Unis, alors que, poussé par son optimisme légendaire, il répondait à un appel qu’il croyait sans doute être, un appel au devoir patriotique.
Au moment de cette tragédie, Paul Biya, l’homme qui l’a oppressé et humilié pendant 30 ans, assistait à un cirque monumental sur les Champs Elysees, ou il faisait défiler un détachement de l’armée camerounaise neo-coloniale, au cours de cérémonies qui ont confirmé le sacre de la Françafrique, une nébuleuse criminelle que Pius Njawe, fier Soldat de la Liberté, a combattue toute sa vie. Après la vague d’émotions qui a traversé et secoué le Cameroun, l’Afrique et le monde libre à l’annonce de sa mort, et que des opportunistes de tous bords s’affairent autour de sa dépouille, il est maintenant utile de savoir à qui profite la tragédie. Lorsque Paul Biya prend le pouvoir en 1982, son discours séduisant portant sur une société plus juste, plus prospère et plus démocratique emporte l’adhésion immédiate de Pius Njawe, qui décide d’accompagner la dynamique du « Renouveau » dans tout son processus. Deux ans seulement après son accession au pouvoir, le véritable visage du tyran se dessine. Profitant, en 1984 de l’échec d’un putsch, Paul Biya installe un régime de terreur et de clientélisme maffieux et clanique, construit autour d’une confrérie de corrompus qui déraillent rapidement le projet du « Renouveau ». Dans un contexte ou toute indépendance d’esprit est synonyme de pilori et de bagne, et alors que les Lois d’Exception rempli les prisons d’hommes et de femmes libres, Pius Njawe choisi d’ériger son journal, Le Messager, en surveillant des Libertés, devenant ainsi, la première menace pour la stabilité du nouveau régime. Pendant 30 ans, Pius Njawe a dénoncé les crapules du Renouveau, mis en déroute tous les complots contre le Peuple, et a exposé l’oppresseur dans toute sa nudité. Il était devenu la plaie qui infectait et pourrissait le régime. Il était la mauvaise conscience de Paul Biya. Une audace qui lui a coûté très cher. A qui profite donc la tragédie ?
Cette tragédie profite aussi à une peuplade de piteux opportunistes, de corrompus, d’envieux et de traîtres tapis au sein de la Société Civile, de l’opposition, des medias et de la diaspora
Pius Njawe a contribué au déclenchement du processus du multipartisme au Cameroun, même si des opportunistes de tous bords en revendiquent la paternité. Son audace, son courage et son génie ont permis aux Camerounais de gagner des espaces de liberté, que le régime oppresseur a concédé malgré lui. Il a continué de jouer le rôle de sentinelle de nos libertés, bravant l’humiliation, sacrifiant son confort personnel, acceptant dignement sa condition de bagnard pour mieux exposer les dérives criminelles du « Renouveau ». Au sein de la nomenklatura corrompue du régime oppresseur, les apparatchiks croient sans doute s’être débarrassés du trouble-fête. Ils se trompent. Le Messager de la Liberté s’en est allé, mais il a laissé le Message. Ses héritiers vont s’en approprier, pour poursuivre, avec plus de détermination, sa quête d’une société juste, démocratique et prospère, à laquelle il a rêvé toute sa vie. En raison de son apport déterminant dans la transformation du paysage politique, économique, social du Cameroun, et considérant l’énorme perte que sa disparition représente pour le pays, le CODE demande que le drapeau du Cameroun soit mis en berne le 05 août 2010, date du retour de sa dépouille au Cameroun, et qu’il soit inhumé avec tous les honneurs dus à un Héro National Brice Nitcheu Secrétaire Exécutif du collectif de la diaspora camerounaise Londres, le 20 juillet 2010
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