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Identité nationale : oui, mais…
Eclairage de François Durpaire, historien et président de l’Institut des Diasporas Noires Francophones
Le 8 mars 2007, Nicolas Sarkozy proposait la création d’un « ministère de l’immigration et de l’identité nationale ». L’important, ce ne sont pas les mots, mais bien le contexte qui les entoure. Le fait de créer de l’identité, c’est-à-dire de vouloir former du même, est en soi loin d’être condamnable. Il faut cependant se départir des dérives de l’identité exclusive : est-on Français à l’exclusion de toute autre appartenance ?

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  samedi 31 mars 2007

Par François Durpaire

Le 8 mars 2007, Nicolas Sarkozy proposait la création d’un « ministère de l’immigration et de l’identité nationale ». L’important, ce ne sont pas les mots, mais bien le contexte qui les entoure. Le fait de créer de l’identité, c’est-à-dire de vouloir former du même, est en soi loin d’être condamnable. Il faut cependant se départir des dérives de l’identité exclusive : est-on Français à l’exclusion de toute autre appartenance ?

Il y a bien injonction d’allégeance exclusive à l’égard de la France : Jean-François Copé, porte-parole du gouvernement et maire de Meaux, regrettait que l’un de ses administrés lui ait demandé un espace sur les papiers administratifs pour préciser qu’il était aussi marocain... Si les Etats-Unis, premier pays d’immigration au monde, n’ont pas besoin d’un ministère de l’identité américaine pour que les Américains se sentent Américains, c’est que la diversité de la population y est clairement assumée. Quant au Canada, il associe l’immigration à la citoyenneté. Le ministère canadien, à l’échelle fédérale, a pour nom « Citizenship and Immigration ». L’Ontario s’est doté d’un « ministère des affaires civiques et de l’immigration ».

On peut opposer la proposition de Nicolas Sarkozy, formulée au singulier, et le ministère québécois « de l’immigration et des communautés culturelles ». Ce pluriel menace-t-il l’unité ? En 1991, une enquête donne la réponse : les Canadiens s’identifient d’abord comme Canadiens plutôt qu’à leurs groupes ethniques d’origine. A l’inverse, soumis à l’injonction d’intégration, nombre de jeunes Français accentuent par réaction leur origine et se revendiquent seulement « maliens » ou « algériens ». Autre différence notable : l’Ontario a également crée un commissaire à l’équité, dont le but est « d’éliminer les obstacles auxquels les nouveaux arrivants sont confrontés ». Ne faudrait-il pas également proposer en France la création d’un grand ministère de « l’identité nationale et de la lutte contre les discriminations » ?

Comment adapter la carte d’identité à l’identité à la carte ?

Quant au lien établi entre « identité nationale » et « immigration », là encore, c’est l’arrière plan idéologique qui pose problème. Juste avant de proposer le nom de ce nouveau ministère, le candidat Sarkozy évoquait dans la même phrase la limitation du regroupement familial et la lutte contre la délinquance des mineurs. Quelques jours plus tard, lors des affrontements de la Gare du Nord, on confondait à dessein immigration et insécurité. L’opposition simpliste entre la logique de responsabilité et la logique d’éthique interdit de penser l’immigration de manière pragmatique. Aucun camp n’envisage les immigrants comme des aiguillons de la croissance économique, comme les conditions de la réussite du pays.

L’immigration contemporaine, à l’ère des transports rapides et des technologies de communication, ne doit pas être pensée à la lumière des migrations européennes de la première moitié du XXe siècle. L’horizon des migrants s’étend désormais au-delà des frontières nationales. Le choix entre pays d’accueil et retour au pays est devenu caduque. Plutôt que de rentrer au pays, le jeune Français sénégalais vivant à Lille a le plus souvent comme projet de rejoindre un frère vivant à Londres ou à Montréal. Dans des familles devenues transnationales, les individus intègrent le monde dans leurs projets professionnels. Avoir plusieurs passeports permet d’aménager des intérêts dans plusieurs Etats. Cette nationalité fonctionnelle irait à l’encontre de l’allégeance affective réclamée par certains : « La France, aimez-la ou quittez-la ».

Face à ces nouvelles réalités, émerge la demande d’une citoyenneté post-nationale, qui permettrait de disposer des droits politiques dans les territoires que l’on contribue à développer. Comment adapter la carte d’identité à l’identité à la carte que se composent les migrants au gré de leur parcours de vie ? Aucun des candidats à l’élection présidentielle n’a pris la mesure de la place qu’aurait pu tenir dans ces débats les populations et territoires à même de nous faire sortir de l’hexagonie, comme les Caraïbes qui, ainsi que le rappelle Daniel Maximin, « ont toujours montré que l’on peut bâtir une identité plus largement délimitée que la carte d’identité. » [1].

François Durpaire enseigne l’histoire nord-américaine à La Sorbonne et préside l’Institut des Diasporas Noires Francophones. Son dernier ouvrage, « France blanche colère noire » (chez Odile Jacob), compare la manière dont est gérée la diversité en France et en Amérique du Nord. Son prochain article, pour la revue Mouvements, porte sur l’émergence d’un « mouvement des droits civiques » à la française.

[1] Maximin (Daniel), Les fruits du cyclone. Une géopoétique de la Caraïbe, Seuil, 2006,p. 213


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