Une affaire de fesses met le feu au Faso


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La justice au pas de la troupe ? Condamnés en première instance à être radiés de l’armée du Burkina Faso, cinq militaires impliqués dans une affaire de mœurs avec un civil, ont été libérés suite à la violente protestation de leurs frères d’armes. Dans la nuit de mardi à mercredi, ils ont fait parler la poudre et pillé des biens publics et privés à Ouagadougou. Bilan: une dizaine de blessés et de nombreux dégâts.

De notre correspondant

D’ordinaire grouillante, la capitale burkinabè a tourné au ralenti mercredi. Les banques, les commerces, et les marchés populaires ont baissé les rideaux tandis que les stations de service ont toutes fermé. La cause de cette opération ville morte ? La violente manifestation à Ouagadougou, dans la nuit de mardi à mercredi, des militaires des camps Sangoulé Lamizana et Guillaume Ouédraogo.

L’histoire qui a mis le feu aux poudres A l’origine de cet accès de fièvre dans la capitale burkinabè, une histoire de femme entre un militaire et un maçon à Pissy, quartier périphérique à l’ouest de Ouagadougou. Venu pour faire des travaux dans une cour d’habitation commune, un technicien en bâtiment de nationalité togolaise fait des avances à une femme qui se trouve être l’épouse d’un sous-officier. La courtisée aurait éconduit son soupirant sans que ce dernier ne voit ses ardeurs diminuer. Alors la dame, qui s’estime harcelée, d’en parler à son époux militaire. De concert avec ses frères d’armes et sa moitié, le militaire décide d’employer une méthode des plus humiliantes pour refroidir les élans de son rival. Il invite sa femme à accepter un rendez-vous de son prétendant dans un maquis, pour mieux le prendre la main dans le sac. Pris en flagrant délit de drague, le maçon n’échappe à la mort qu’après avoir accepté l’infamante alternative que lui laissent les militaires : repartir, tout nu chez lui, en traversant la ville à moto, en pleine journée. La suite, on la connaît. Le maçon porte plainte contre les militaires qui ont été reconnus coupables de coups et blessures volontaires sur un civil et d’attentat à la pudeur, par la chambre correctionnelle du tribunal de grandes instances de Ouagadougou, qui les a condamnés, mardi 22 mars, à une peine de 12 à 15 mois de prison ferme avec mandat de dépôt. De plus, ils ont été condamnés solidairement à verser la somme de 3,5 millions de CFA.

Qualifiant d’iniques les peines d’emprisonnement de 12 à 15 mois ( synonymes de leur radiation de l’armée), infligées en première instance par le tribunal civil de Ouagadougou, à l’encontre de cinq militaires qui avaient eu maille à partir avec un ressortissant togolais dans une affaire de mœurs, les autres militaires de ces deux garnisons, se sont révoltés. Les soldats en furie ont littéralement pris Ouagadougou en otage, tirant en l’air jusqu’au petit matin, pillant et saccageant des biens publics. Dans leur colère destructrice, les mutins justiciers n’ont pas épargné les symboles du pouvoir, en mitraillant le palais de justice, ni leur hiérarchie, allant jusqu’à mitrailler le domicile de Yéro Boly, le ministre de la défense et des anciens combattants.

Les militaires au dessus de la loi ?

Au sommet de l’Etat, cette grogne est prise très au sérieux. Alors qu’il devait prononcer un discours à l’hémicycle sur l’état de la Nation, ce jeudi, Tertius Zongo, le Premier ministre burkinabè, l’a reporté à la semaine prochaine. Empêtré déjà dans une crise universitaire dont l’issue semble incertaine, le gouvernement ne tenait pas à se mettre à dos les militaires, quitte à fouler aux pieds le principe de la séparation des pouvoirs. En effet, toute la journée de mercredi, des membres du gouvernement et des officiers de l’armée ont entamé des négociations avec les militaires incarcérés. Résultats : les condamnés ont été libérés avec, en sus, l’assurance qu’ils peuvent interjeter appel. Du coup, leurs frères d’armes ont réintégré les casernes.

Si ces assurances ont ramené le calme à Ouagadougou ce jeudi, elles n’ont pas moins soulevé le courroux des magistrats. Mercredi déjà, au terme de deux réunions, les syndicats de magistrats, soutenus par le barreau, ont vivement protesté contre la remise de la décision du juge par le gouvernement. Ils ont décidé de la suspension de toutes activités jusqu’à nouvel ordre. « Deux salles d’audience ont été saccagées et le bureau d’un collègue qui a siégé au cours du procès a été vandalisé. Cela n’est pas anodin. C’est un message. Nous ne sommes plus en sécurité pour rendre la justice » a expliqué à Afrik.com, sous anonymat, une source proche du palais de la justice de Ouagadougou.

 

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