Surmonter son handicap par le sport


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Aladji Ba et son guide

La Semaine du Sport à l’Hôpital est organisée du 4 au 9 avril à Paris. Son parrain : Aladji Ba, non-voyant d’origine sénégalaise médaillé de nombreuse fois. Il profite de cette manifestation pour expliquer aux enfants hospitalisés et aux médecins que le handicap et la maladie ne sont pas des freins à la pratique d’un sport. Il en est l’exemple vivant.

Aladji Ba a 30 ans. D’origine sénégalaise, il est non-voyant, ce qui ne l’empêche pas de défendre avec brio les couleurs de la France sur 400 et 200m lors des championnats internationaux. En attendant les Jeux paralympiques d’Athènes, qui se tiendront du 17 au 28 septembre prochains, le sportif parraine la première Semaine du Sport à l’Hôpital. Une manifestation organisée du 4 au 9 avril par l’hôpital Robert Debré (Paris, 19è), en partenariat avec le Comité National Premiers de Cordée, une association de bénévoles qui favorise l’éducation, l’insertion et la solidarité par le sport.

Afrik : Comment avez-vous rencontré Premiers de Cordée ?

Aladji Ba :
L’association m’a invité en novembre 2002 à participer à une soirée sur le thème du handisport et à rencontrer des enfants pour leur parler du sujet. Ça s’est vraiment bien passé, les enfants étaient très intéressés. J’ai rapidement eu envie de faire quelque chose pour l’association et j’ai proposé mes services. Je suis parrain du programme de la Semaine du sport à l’hôpital. L’idée est de témoigner, de montrer aux enfants malades et aux médecins que même avec un handicap ou une maladie, il est possible de faire du sport.

Afrik : Vous êtes né en 1973 au Sénégal, à. Quand êtes-vous arrivé en France ?

Aladji Ba :
Je suis arrivé à Paris à 3 mois ! J’ai donc grandi en France. Mais je retourne très régulièrement au Sénégal. Ma mère habite là-bas.

Afrik : Vous y êtes connu ?

Aladji Ba :
Pas vraiment, sauf pour ceux qui ont accès à Canal Horizon ou TV5, des télés qui m’ont déjà interviewé. Pourtant, lors de mon dernier séjour à Dakar, en janvier 2003, je me suis fait alpaguer dans le grand marché par des gens qui m’avaient reconnu. Je ne m’y attendais pas du tout !

Afrik : Vous n’avez pas envie de vous impliquer dans des associations là-bas ?

Aladji Ba :
Avec d’autres sportifs français d’origine sénégalaise, nous essayons de monter une association pour aider les jeunes à faire du sport mais pour le moment, le gouvernement sénégalais n’a pas montré beaucoup d’enthousiasme ! Il faut peut-être que nous contactions des footballeurs qui sont appréciés dans le pays pour que notre proposition ait plus de poids.

Afrik : Avec votre handicap, comment vous êtes-vous tourné vers le sport ?

Aladji Ba :
Je ne suis pas non-voyant de naissance. J’ai eu un cancer de la rétine et perdu la vue à 5 ans. Le goût du sport m’est venu à l’école. A 9 ans, mon professeur d’EPS a repéré que je me débrouillais bien et a proposé aux éducateurs de me faire faire de l’athlétisme. En 1984, j’ai suivi les Jeux Olympiques de Los Angeles et j’ai découvert Carl Lewis. A partir de ce jour-là, je n’ai eu qu’une idée en tête : courir comme lui ! C’est un professeur de sport qui m’a permis de participer à ma première compétition et c’est là que j’ai rencontré mon premier entraîneur, Jean Minier, le directeur technique de la fédération de handisport. Il m’a suivi pendant 3 ans puis m’a confié à Olivier Deniaud, qui est mon entraîneur depuis neuf ans.

Afrik : Quel est votre palmarès ?

Aladji Ba :
J’ai remporté ma première médaille internationale en 1999, en raflant le bronze sur 200m aux Championnats d’Europe de Lisbonne. Ensuite, j’ai empoché le bronze sur 400m aux Jeux Olympiques de Sydney en 2000, la médaille d’argent sur 400m et le bronze sur 200m aux Championnats d’Europe, en Pologne en 2001. Puis le bronze sur 400m aux Championnats du monde de Lille en 2002 et, en 2003, l’argent sur 400m aux Championnats d’Europe, aux Pays-Bas, et le bronze sur 400m pendant la démonstration des Championnats du monde à Saint-Denis, au Stade de France.

Afrik : Vous vous préparez pour les prochains Jeux Olympiques d’Athènes ?

Aladji Ba :
Oui bien sûr. Les Jeux paralympiques auront lieu en septembre. Je cours avec un guide. Cela fait officiellement deux ans que l’on court ensemble, mais on se connaît depuis 6 ans et ça fait 5 ans qu’on s’entraîne tous les deux. Il y a une super entente entre nous. Pour Athènes, on va essayer d’être en forme début juin pour les minima et de conserver cette forme en septembre, pour l’objectif final ! Nous avons donc une phase de préparation spéciale. Sinon, en temps normal, je fais entre 6 et 8 entraînements par semaine, ce qui représente 12 à 16h sur 6 jours.

Afrik : Vous travaillez ?

Aladji Ba :
En 1998, j’ai passé un diplôme d’ingénieur du son et j’ai commencé à travailler. Mais au moment de mon entraînement pour les JO de Sydney, j’ai tout arrêté, je ne pouvais pas faire les deux en même temps ! Je viens de reprendre un travail il y a dix jours, à France 3.

 Semaine du Sport à l’Hôpital, du 4 au 9 avril 2004

 Le site du Comité National Premiers de Cordée

 Le site de la Fédération française de handisport

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