Soulagé de ses dettes, le Niger va s’équiper

Le second pays le plus pauvre de la planète utilisera son dividende démocratique à combattre la faim et à développer des infrastructures publiques.

 » Le Niger n’a plus rien à vendre à l’extérieur, la seule marchandise à vendre c’est la démocratie et l’état de droit, qui nous ont ouvert les portes des institutions financières « . Il n’y avait nul cynisme dans les propos que le président du Niger Mamadou Tandja a tenu à son peuple il y a quelques jours. Malgré une croissance réelle supérieure à 3 % par an, le pays est classé par l’Onu 173 ème et avant-dernier – devant la Sierra Leone – pour son développement.

Deux décisions prises en décembre par les institutions financières satellites de l’Onu peuvent être vues comme un dividende direct du retour du pays à la démocratie, un an après l’élection de Mamadou Tandja. Le 15, le Fonds monétaire international (FMI) accordait un prêt de 76 millions de dollars US. Le 20, la Banque mondiale allégeait la dette du Niger de 890 millions de la devise américaine, soit de 53,5 % de son encours, au titre de l’initiative PPTE *.

Le service de la dette du Niger a représenté 44 % des dépenses du pays en 1999. Niamey subit en outre une crise de paiement généralisée à tous ses créditeurs. Ceux-ci sont sollicités, de plus en plus au coup par coup, pour résoudre les problèmes de trésorerie de l’Etat. Un exemple récent parmi bien d’autres : en juillet, la Belgique a alloué 3,7 millions de dollars US au pays afin de permettre le paiement d’un mois de salaire à ses fonctionnaires.

Le mil enfin moins cher

Avant Noël, le président de la République a pu annoncer un  » programme spécial de rattrapage  » pour la construction de 1 000 salles de classe, de 1 000 dispensaires et de 1 000 puits. Selon l’AFP, les institutions financières ont calculé que leur effort permettrait au Niger de dégager 40 millions de dollars par an pour des dépenses de santé, d’éducation et de lutte contre le sida.

Si le Niger est le troisième producteur mondial d’uranium **, il est aussi l’Etat comprenant la plus grande proportion d’illettrés parmi sa population. Le pays est aussi confronté à une crise alimentaire endémique. Cette année, on évaluait à 163 000 tonnes le déficit en céréales. Un Nigérien sur cinq (soit deux millions de personnes) ont été confrontés à la disette.

Une autre bouffée d’oxygène financière, offerte par la France à l’Etat nigérien, permet à ce dernier de mettre en vente 5 000 tonnes de mil. Le kilo de cette céréale de base sera vendu 80 francs CFA (0,12 euro), contre 400 FCFA (0,6 euro) sur les marchés.

* Avec 11 % du total mondial et 3 715 tonnes produits en 1999 (L’Etat du monde en 2000, éd. La Découverte, Paris)

** PPTE : Pays pauvres très endettés

Retrouvez notre article sur les enjeux des pays africains enclavés (18 mai 2000)