Original H enflamme Brazzaville


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Stephane alias Fanoh (chant)

Le groupe haïtien Original H est l’un des principaux groupes de la diaspora invités au 5e Festival panafricain de musique (9-16 juillet, Brazzaville). La formation, créée il y a quatre ans, s’impose aujourd’hui comme un des grands noms du kompa sur la scène internationale et comme la référence française du genre. Original H est d’abord une aventure familiale, dont les membres, tous de Paris ou de sa région, développent un kompa puissant nourri de multiples influences. Interview + deux titres en écoute.

De Brazzaville

Original H pour Original Haïtien. Ne vous y trompez pas, car bien que les membres de ce fleuron de la nouvelle scène kompa internationale aient tous grandis en France, leur musique reste authentique. Authentique dans l’esprit et dans l’ambiance. Un kompa, à l’énergie communicative, qui a conquis les Congolais à la 5e édition du Festival panafricain de musique (Fespam, 9-16 juillet à Brazzaville). Créé il y a quatre ans, le groupe, est un affaire de famille. T James, le bassiste, est le frère de JB, le guitariste. Grégory , chanteur, est le frère de D-Cool, le bassiste. Les autres sont tous cousins. Grégory (alias Greg), Jocelyn (alias Top J) et Stephane (allias Fanoh), les trois chanteurs, expliquent l’histoire du groupe et leur style de musique. Ils reviennent également sur leurs impressions africaines, l’Afrique étant terre-mère intimement liée à la première République noire par la traite négrière et l’esclavage.

Afrik.com : Vous êtes pour la plupart nés à Paris et vous avez grandi là-bas. Comment avez-vous pu garder un lien aussi fort avec le kompa et Haïti ?

Original H : A chaque fois qu’on se levait le dimanche, on entendait toujours de la musique kompa qui embaumait la maison. Nous avons tous été bercés par cette musique. Mais nous ne nous sommes pas rendus compte tout de suite que cela faisait partie de nous. Quand nous avons commencé à faire de la musique, nous n’avons pas été dans cette direction. Nous nous étions plus dirigés vers le rap, le zouk ou le R’N B. Mais quand nous avons essayé d’en faire, nous avons instinctivement glissé vers le kompa.

Afrik.com : Votre kompa est-il nourri des influences de courants musicaux que vous souhaitiez initialement embrasser ?

Original H : Nous évoluons forcément avec notre temps, car nous sommes tous nourris de diverses influences musicales. C’est la raison pour laquelle vous retrouverez du R’N B, du rap, même du ragga dance hall, dans notre musique.

Afrik.com : Comment est né Original H ?

Original H : On faisait partie de la chorale de la communauté catholique haïtienne de Paris en tant que musiciens. C’est là que nous avons fait notre apprentissage de la musique, mais ce n’est pas là que nous avons appris le kompa. On intervenait tous, ça et là, dans divers groupes de kompa en tant que musiciens ou chanteurs. Et il ne nous était pas venu à l’esprit de monter notre propre formation. Ce sont nos parents qui se sont dit qu’il était finalement inutile de traîner derrière des gens alors que nous avions tout pour pouvoir faire notre groupe. Et pour mieux développer notre musique, nous avons fait le conservatoire.

Afrik.com : Vous vouliez être des musiciens complets ?

Original H : Tout le monde est plus ou moins musicien en Haïti (rire). L’Haïtien n’a pas besoin de conservatoire pour faire de la musique, mais nous considérions cela comme un plus. Le conservatoire nous a permis de repousser nos limites liées au fait que nous étions autodidactes. Il nous a également appris à mieux intégrer les diverses influences musicales dans notre musique, de prendre un peu de partout. Ce qui fait que tout le monde peut s’identifier à notre musique.

Afrik.com : Votre musique développe une véritable énergie sur scène. Qu’est ce qui vous stimule autant ?

Original H : Notre but est de partager notre musique et la vibe. Si le public ne participe pas au concert, pour nous c’est un échec total. S’il réagit, s’il répond à notre son, pour nous c’est déjà tout, c’est le maximum. Il faut qu’il partage le même feeling et qu’il y ait une véritable symbiose pour que nous soyons comblés. Nous avons notre propre énergie, mais le public, s’il est chaud, peut nous galvaniser pour faire encore plus fort. C’est ce qui est grisant parce que ce sont de vrais instants de partage.

Afrik.com : Votre kompa se prête admirablement à la scène. Comment vous placez-vous par rapport au travail en studio ?

Original H : Le travail en studio est plus facile, car vous n’avez pas une foule à conquérir. Sur scène, il faut tout donner pour chauffer la salle. Il faut être actif. On ne joue jamais un live de la même façon. Ce ne sont pas les mêmes gens, ce n’est pas la même chaleur. Nous nous adaptons au public. On sonde l’ambiance et les réactions du public pour mieux orienter et conduire notre show.

Afrik.com : Avez-vous déjà joué en Haïti ? Et si oui quelle a été la réaction du public haïtien ?

Original H : Nous sommes allés en Haïti en 2003. Nous avons eu un très bon accueil, partout où nous sommes passés, que ce soit à Port-au-Prince ou en province. Tout simplement parce qu’il n’y a jamais eu de groupe de kompa à Paris. Les hauts lieux du kompa sont Miami, New York et Haïti. Quand nous sommes arrivés, les gens étaient dubitatifs. Une fois que nous avons joué, ils se sont mis à faire des comparaisons, avec T Vice, Karimi, System Ben. Chacun a trouvé un vocable pour désigner Original H. Cela veut dire que nous avons passé un délicat examen car Haïti est la terre du kompa.

Afrik.com : Quel est, respectivement, votre plus grand moment d’émotion en tant qu’artiste ?

Original H : (Fanoh) Pour moi c’est la première scène que nous avons fait à Haïti. C’était au champ de Mars. Nous avions la pression car nous étions chez nous et c’était notre première confrontation avec le public haïtien, un public très exigeant. Quand nous avons vu qu’il appréciait notre musique, cela nous à fait chaud au cœur. (Greg) Mon souvenir le plus fort remonte à notre tout premier concert à Aubervilliers (banlieue parisienne, ndlr). Nous n’étions pas connus, nous étions en petit effectif. Quand nous avons commencé à jouer, on a réalisé que, finalement, les gens n’attendaient que ça, que notre musique répondait à une vieille attente. Celle de voir un groupe parisien capable de les faire bouger et à qui ils puissent s’identifier. Il y a plein de gens qui sont fiers de nous à Paris et qui nous le disent tous les jours. (Top J) Pour ma part, mon meilleur souvenir remonte à l’an dernier aux Etats-Unis. Nous étions dans le New Jersey pour l’élection de Miss Citronnelle. Nous avons joué avec le célèbre groupe Karimi et notre prestation, d’après les réactions du public, a rivalisé haut la main avec la leur. C’était un moment très fort.

Afrik.com : Quel effet cela vous fait-il d’être en Afrique, connaissant les liens entre le continent et Haïti ?

Original H : (Greg) Nous sommes allés pour la première fois en Afrique, en Côte d’Ivoire. Quand nous avons atterris, j’ai immédiatement ressenti un truc. On sait d’où on est et d’où l’on vient. C’est toute une symbolique. Se voir revenir sur la terre-mère est une sensation impossible à expliquer. On s’est tous regardé et on s’est tous sentis bizarre. Et ça nous à fait la même chose en revenant au Congo. En Afrique, nous nous sentons comme en Haïti.

Afrik.com : Quel serait, respectivement, votre rêve artistique ?

Original H : (Greg) Ça serait de réunir tous les artistes haïtiens et africains sur un même album et que les bénéfices de la vente servent à financer un projet en Haïti ou en Afrique. Tout cela pour qu’on se rappelle de nous. Pour que l’on sache que nous avons participé à la réalisation d’un grand projet. (Top J) Je dirais comme Greg, un album ou même un monument pour laisser une trace symbolique d’unité entre tous les Noirs.

 

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