Opération épervier : la vague d’arrestation se poursuit au Cameroun

L’opération qui visait à lutter contre la corruption et le détournement des fonds publics au Cameroun a fait une autre victime cette semaine parmi les directeurs généraux d’entreprises publiques et parapubliques. L’opinion publique se demande ce que cachent ces arrestations.

Notre correspondante à Yaoundé

Zaccheus Forjindam, l’ex-directeur général du Chantier naval et industriel du Cameroun (CNIC) a été limogé et interpellé mercredi dernier à l’issue d’un Conseil d’Administration extraordinaire qui a siégé avec comme seul point à l’ordre du jour : la désignation d’un nouveau directeur général. Arrêté après ledit Conseil, l’ex-dg a été conduit dans les locaux de la police judiciaire de Bonanjo à Douala puis transféré dans la nuit de jeudi à la prison Centrale de New Bell à Douala. Forjindam et sa complice la nommée Rose Njoh, l’ancienne directrice des ressources humaines du Cnic sont accusés du détournement d’un milliard de francs Cfa.

Ainsi, se poursuit la lutte contre la corruption et les prédateurs de la fortune publique du Cameroun. Après Emmanuel Ondo Ndong, ex- dg du Fonds spécial d’équipements intercommunal (Feicom), Gilles Roger Belinga, ex-dg de la Société immobilière du Cameroun (Sic), Emmanuel Edou, ex-dg du Crédit Foncier du Cameroun (Cfc) et Alphonse Siyam Siwé, ex-dg du Port autonome de Douala (Pad) tous arrêtés tous en février 2006, c’est au tour de Forjindam de rejoindre ses compères qui croupissent à la prison centrale de Yaoundé. C’est le premier dirigeant d’expression anglaise qui tombe dans les griffes de l’épervier.

Les Camerounais partagés quant à l’efficacité de « l’épuration »

Lorsqu’on s’intéresse à l’avis de certains Camerounais aux sujets de ces arrestations, les avis sont partagés : Aloïs Mama est un agent au service du courrier d’une entreprise publique : « Tout ça c’est du folklore. Si on récupérait les biens de ces gens, ça allait donner quelque chose. Mais on les envoie en prison où ils vivent bien, et on ne récupère pas leurs biens. Etant là-bas, ils recrutent des gens pour travailler pour eux et qu’ils paient. Ces arrestations simples ne suffisent pas ! ».

Dans les milieux Bétis, une tribu du centre, des rumeurs font état de la volonté du président de la République d’écarter ses potentiels challengers pour la présidentielle de 2011. L’interpellation de Jean-Marie Atangana Mebara, ancien Secrétaire général de la Présidence de la République et de Yves Michel Fotso, ancien administrateur directeur général de la Cameroon Airlines n’a fait que raviver ces commentaires et rumeurs. Ils ont été entendus à la Direction de la police judiciaire. De même l’arrestation de Polycarpe Abah Abah, l’ex-ministre de l’Economie et des Finances et d’Urbain Olanguena Awono, l’ex-ministre de la Santé a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Les deux anciens ministres sont en détention préventive à la prison centrale de Kondengui.

Benoît Onana, journaliste, pense que « C’est une bonne chose, même si l’argent ne revient pas, il faut que ceux qui vont maintenant gérer les affaires sachent que l’impunité est finie. Il faut désormais qu’on laisse Biya gouverner en paix et mourir de sa bonne mort. » Cependant, une question demeure, à qui profite ces arrestations ce d’autant plus que le Cameroun fait toujours partie des pays les plus corrompus au monde selon l’Ong Transparency International.