Madagascar : un nouvel accord et beaucoup d’incertitudes

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Un accord de plus. Le président de la Haute Autorité de Transition (HAT), Andry Rajoelina, a signé vendredi un accord de sortie de crise. Le texte prévoit l’organisation d’un référendum constitutionnel le 17 novembre, des élections législatives le 16 mars et une présidentielle le 4 mai. Mais l’heure est à la méfiance. Les mouvances des trois anciens présidents, Marc Ravalomanana, Albert Zafy et Didier Ratsiraka, ont boudé les négociations, dénonçant des manœuvres du pouvoir pour imposer une solution unilatérale.

Madagascar parviendra-t-elle à sortir de la crise où elle est empêtrée depuis la prise de pouvoir d’Andry Rajoelina en mars 2009 ? Le président de l’Haute Autorité de Transition (HAT) a signé vendredi un nouvel accord politique prévoyant un retour à l’ordre constitutionnel après 18 mois de crise. L’ancien maire d’Antananarivo s’est rendu vers 16H au Centre de conférence international (Cci) Ivato pour signer l’accord, conclu mercredi entre plus de 99 formations politiques au terme de trois jours d’intenses discussions. Le texte prévoit l’organisation d’un référendum constitutionnel le 17 novembre, des législatives le 16 mars et une élection présidentielle le 4 mai.

L’accord annonce la mise en place d’institutions censée jeter les bases de la IVe République. Il évoque notamment un projet d’amnistie, une nouvelle constitution et un nouveau découpage territorial. En ce qui concerne la gestion de la transition, il a été convenu qu’Andry Rajoelina continue d’exercer ses fonctions jusqu’à l’investiture du nouveau président. En revanche, il ne lui est pas permis de présenter sa candidature à la prochaine présidentielle. Quant à la HAT, elle sera transformée en vertu de cet accord en Conseil Supérieur de la Transition, appelé Chambre Haute, un Conseil Supérieur de la Transition, dénommé Chambre Basse. Les questions liées aux modalités d’application de ce texte figurent à l’ordre du jour d’une conférence nationale prévue du 30 août au 3 septembre.

Les mouvances des trois anciens présidents restent à l’écart

Malgré l’adhésion d’un grand nombre de formations politiques à cette nouvelle entente, la presse et l’opposition malgaches restent sceptiques. L’actuel homme fort de Madagascar « ne sera pas à sa première signature si on devait considérer les accords qu’il a signé avec les autres chefs de mouvance politique à Maputo et à Addis-Abeba », note La Tribune de Madagascar. « Aucun de ces précédents engagements n’a été respecté, renchérit Sarika Tsiky[[Le prénom a été changé, la journaliste ayant requis l’anonymat]], journaliste malgache indépendante contactée par Afrik.com, pourquoi devrait-il respecter cet accord ?» De plus, la grande majorité des nombreuses formations qui ont paraphé le texte ne sont, dénonce-t-elle, qu’un conglomérat de micro-partis inféodés à Rajoelina.

Les ténors de l’opposition, les mouvances des trois anciens présidents, Marc Ravalomanana, Albert Zafy et Didier Ratsiraka, ont quant à eux refusé de prendre part aux concertations, dénonçant des manœuvres du pouvoir pour imposer une solution unilatérale. « Ce que je ne comprends pas, c’est que le contenu de l’accord politique de base reprend l’essentiel des Accords de Maputo. Pourquoi les refuser dans le cadre des discussions avec les mouvances et puis adopter une attitude contraire avec les partis ? », s’est interrogé il y quelques jours, sur Allafrica.com, Fetison Andrianirina, de la mouvance Ravalomana. Des responsables du TGV de Rajoelina, du TIM de Ravalomanana, de l’AREMA de Ratsiraka, ainsi que des partisans d’Albert Zafy ont toutefois paraphé le document vendredi. Mais la position des trois ex-chefs d’Etat, actuellement en exil, reste pour l’instant inconnue, note l’AFP.

S‘agissant de son contenu, l’accord soulève également beaucoup de questions. « Des zones d’hombre persistent », s’inquiète L’Express de Madagascar, soulignant que « l’accord prévoit deux Chambres sans pour autant spécifier ni la composition ni les attributions. Seule la nomination de leurs membres par le président de la HAT, sur proposition des partis, est précisée dans le texte ». Selon le communiqué final sanctionnant les négociations, l’accord politique prendra effet dès sa date de signature, mais Élia Ravelomanantsoa, présidente de Madagasikarantsika, a indiqué qu’il «ne sera valable que lorsqu’il aura reçu l’aval de la conférence nationale », début septembre. Cet accord pourrait bien être de pure forme, sans aucun effet. « Rajoelina veut se maintenir au pouvoir le plus longtemps possible », dénonce Sarika Tsiky. Après 18 mois de crise, le peuple malgache peut-il rêver de lendemains meilleurs ?

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