L’ONU pointe du doigt le Rwanda

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Les autorités rwandaises ont rejeté vendredi le rapport des Nations unies qui le pays accuse d’avoir perpétré des actes de violence contre les réfugiés hutus en République démocratique du Congo (RDC). Ce document constitue, selon Kigali, « une insulte à l’histoire ».

Un pavé dans la mare. Le rapport de l’ONU a déclenché la colère des autorités rwandaises. Publié officiellement le 1er octobre, le document accuse les soldats rwandais d’avoir commis, en République démocratique du Congo (RDC), des crimes graves contre les réfugiés hutus entre 1993 et 2003. Ce document a été jugé « mauvais et dangereux ». Pour la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, il constitue une « insulte à l’histoire ».

colette.jpgTrois questions à Colette Braeckman, journaliste au quotidien belge Le Soir et spécialiste de l’Afrique centrale :

Afrik.com : Comment expliquez-vous la réaction du président Paul Kagamé?

Colette Braeckman :
C’est une réaction logique. Pour deux raisons. D’abord parce que le président n’aime pas la critique, et puis parce-que l’ONU a fait référence à « un génocide ». Cela ouvre la voie du double génocide. Ce rapport sape la légitimité du régime qui se place toujours comme celui qui a mis fin au génocide. Même si le rapport emploie le terme « actes de violence » pour qualifier le massacre des réfugiés hutus, le mal est fait pour Paul Kagamé.

Afrik.com : A votre avis, quelles vont être les conséquences d’une telle accusation sur le Rwanda?

Colette Braeckman :
A l’extérieur, l’opposition va se radicaliser au sein de la diaspora, par exemple, qui va pouvoir trouver une légitimité. Elle va pouvoir déclaré : »On l’avait bien dit ». A l’intérieur du pays, par contre, la situation ne va pas beaucoup changer. Le Rwanda connaît un essor économique, la population ne se plaint pas du pouvoir. De plus, les médias sont muselés et rien ne transpirera dans l’opposition.

Afrik.com : L’Ouganda, le Zimbabwe, le Burundi et le Tchad sont également pointés du doigt dans le rapport de l’ONU. Peut-on s’attendre à une fronde des pays concernés contre l’instance internationale ?

Colette Braeckman :
L’Ouganda a déjà réagi et a menacé de retirer son contingent en Somalie. Le Burundi aussi a insisté pour ne pas être mêlé à cette affaire.

Le Rwanda dénonce notamment « la manipulation des processus à l’ONU par des organisations et des individus, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’ONU, dans le but de ré-écrire l’histoire ». Il est une « tentative dangereuse et irresponsable de mettre en péril la paix et la stabilité acquises dans la région des Grands lacs, ce qui contredit la mission même des Nations Unies », dénonce Kigali. Un vocabulaire virulent, publié en réaction au document de l’Onu. Ces informations sur le rôle du Rwanda en RDC pourraient sévèrement affaiblir le pouvoir en place. Le Front patriotique rwandais (FPR) a fondé sa légitimité sur sa participation active dans l’arrêt des massacres.

« Une tentative dangereuse »

Le pays de Paul Kagamé n’est pas le seul à avoir réagi, l’Ouganda est également monté au créneau. Il a fait savoir jeudi qu’il « rejetait ce projet de rapport dans sa totalité et demandé qu’il ne soit pas publié ». La raison : ce pays, avec l’Angola, le Zimbabwe, le Burundi, le Tchad – qui tous sont intervenus militairement en RDC – ainsi que les autorités congolaises, a été également mise en cause dans ce document.

Pour les autorités rwandaises, ce rapport n’a aucune légitimité. Il se fonde de façon excessive sur « des sources anonymes, des affirmations par ouï-dire, des enquêteurs et témoins sans noms et non-identifiés ». Selon Kigali, le document est en « flagrante contradiction » avec « les efforts extensifs et coordonnés déployés par le Rwanda pour rapatrier, réinstaller et réintégrer 3,2 millions de réfugiés hutu, efforts qui étaient appuyés par l’ONU ».

En août dernier, des extraits de ce rapport de 500 pages, résultat d’une enquête réalisée de juillet 2008 à juin 2009, avait été dévoilé par la presse. Une controverse avait alors surgi après que les Nations unies aient parlé de « faits de génocide », retardant la publication du document. Ce rapport dresse l’inventaire de 617 crimes graves ayant fait des dizaines de milliers de morts civils de 1993 à 2003, et plus particulièrement pendant les deux guerres de 1996-1998 et 1998-2001.

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