Les français d’Afrique sur la toile

Le français s’est beaucoup enrichi au contact des langues et des réalités africaines. Aussi, dans chacun des pays du continent où la France a laissé son empreinte lingusitique est né un français dont le lexique est disponible, pour certains, sur le site de la revue Le Français en Afrique. En Côte d’Ivoire, en Tunisie ou en Centrafrique, la langue de Molière prend des couleurs parfois insolites.

A l’heure où de nombreux pays africains francophones célèbrent le cinquantenaire de leur indépendance, que reste-t-il de leur héritage francophone ? Dans les anciennes colonies françaises ou assimilées, le français a depuis quelques années une vie propre ou des cousins forts ressemblants. Allah n’est pas obligé, l’ultime ouvrage de l’écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma est un bel hommage à ce français métissé. Le site lexilogos propose ainsi plusieurs liens sur des lexiques ou des livres, issus de la revue Le Français en Afrique produit par le réseau des observatoires du français contemporain en Afrique, rattaché au Centre national de recherche scientifique en France (CNRS). Les auteurs de ces différents lexiques complètent souvent la définition des mots en apportant des éléments de contexte : locuteurs, dates et lieux.

L’influence des langues locales

Ainsi sont mis à disposition « 1206 centrafricanismes » dans le lexique consacré à ce pays. Le mot « alphabétiseur » qui désigne « une personne chargée d’apprendre à lire et à écrire aux adultes » en est un. « Certains mots français sont employés en sango (langue la plus utilisée en Centrafrique, ndlr) et réapparaissent lorsque les élèves vont composer leur texte en français. Seulement ces mots ont un usage et un sens nouveau que leur ont conférés les locuteurs sango. Aussi, en revenant au français, ils engendrent des fautes parce qu’ils sont devenus en réalité de véritables mots sango », note-t-on en prélude de la présentation du lexique centrafricain.

Dans le lexique tchadien, on retrouvera « tchadiser » dérivé du verbe « africaniser » qui signifie « donner un caractère africain ». Ainsi, le mot « aigri » a été ainsi « tchadisé ». Dans ce pays, semble-t-il, une personne est traitée « d’agrie » suscite la méfiance. Le terme désignerait en effet un opposant au régime. Un « alimentaire », quant à lui, y désignerait dans ce pays une « personne qui n’a aucune foi dans ce qu’elle fait et qui est uniquement intéressée par le gain qu’elle en tire. Une définition qui n’est pas très éloignée de l’idée que l’on se fait « d’un job alimentaire ».

Un français africain international

Au Gabon, si vous rendez visite à quelqu’un et qu’il est absent. Il est possible d’employer le verbe « absenter » [[. ABSENTER QQN, v.tr. Usuel, mésolecte, basilecte. Venir rendre visite à quelqu’un qui est absent. Parce que les visiteurs qui absentent les copains [.]. (Nyonda, 1981 : 146). Absenter quelqu’un au Gabon signifie que l’on est venu rendre visite à quelqu’un qu’on n’a pas trouvé. (Ibid. note 1). Je suis venu plusieurs fois vous absenter. (Etudiant, Libreville, 1994). Je suis venu chez toi je t’ai absenté. (Pétrolier*, 25 ans, Port-Gentil, 1994). L’autre jour, je suis passé chez toi, je t’ai absenté à deux reprises. (in Bagouendi-Bagère, 1999).]]. A Brazzaville, la capitale du Congo, l’adjectif « brun » ou « brune », signifie au contraire, avoir « la peau relativement claire. L’adverbe « Ofèlè », « une déformation du mot français offert » se définit par « gratuitement ». Et toujours dans cette grande ville congolaise, un « Parisien » n’est pas un habitant de la ville de Paris, c’est « un Congolais vivant ou ayant vécu à Paris, et par extension, en France, et qui a adopté un mode de vie particulier (langage, habits, maquillage, coupe de cheveux…) ».

En Côte d’ivoire, quand il est question de tourisme scolaire, il s’agit «d’une allusion ironique à l’obligation de voyager à travers le pays, conséquence des affectations arbitraires, à l’échelle nationale, en fonction de leurs notes, données aux élèves reçus à l’entrée en sixième ou à l’entrée en seconde ».

En Tunisie, il n’est pas rare de croiser le mot « contra » dans la presse tunisienne. Le terme désigne une marchandise de contrebande et vient du mot français « contre ».

En feuilletant tous ces lexiques, il est possible de mettre en place un langage commun. Tout le monde sait ce que c’est qu’un abacost (pour « A bas le costume »), veste légère à manches courtes que le défunt président congolais Mobutu Sese Seko a rendu populaire, n’est pas seulement, et « quitte-là » en Côte d’Ivoire ou en Centrafrique veut bien dire que l’on a plus envie de vous voir dans les parages. « Abana ! » – c’est terminé en argot ivoirien – pour ce petit tour des français en Afrique, mais la découverte des français d’Afrique peut continuer sur le Net.

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