Les défis africains en matière de lutte antiterroriste


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Des forces radicales sont éparpillées sur le continent africain et disposent de ressources aussi bien financières qu’humaines pour poursuivre leurs objectifs. De nombreuses conditions sont réunies pour favoriser la réception de leur message, constatent les analystes.

Les services nationaux de renseignements et de sécurité de chaque pays devraient s’inquiéter de l’annonce publique, faite par le réseau terroriste al-Qaïda, de son intention d’intensifier ses activités sur le continent.

Cependant, les barbouzes africains souffrent d’importants handicaps qui les empêchent de détecter et de contrer efficacement les menaces terroristes qui trouvent leur origine à l’extérieur du continent.

La crainte de voir les groupes terroristes se regrouper pour déferler sur le continent comme une vague provoque également des inquiétudes au sein du ministère américain de la Défense. Selon Njunga Mulikita, professeur de sciences politiques et administratives à l’Université de Zambie, le Pentagone a réalisé que la dispersion de ses efforts de formation dans le domaine de la collecte de renseignements et de la sécurité régionale entrave toute possibilité de combattre efficacement cette menace.

C’est pourquoi les Etats-Unis ont récemment pris la décision de mettre sur pied le Commandement des forces américaines en Afrique (AFRICOM), chargé de prendre en charge la menace du terrorisme en Afrique subsaharienne. Cette région était, depuis des décennies, gérée par trois commandements distincts, le Commandement européen, le Commandement central et le Commandement du Pacifique.

« La décision de créer un commandement distinct est essentiellement motivée par la réalisation de la forte présence de groupes islamistes radicaux en Somalie et la présence de plus en plus affirmée, en Afrique de l’Ouest, de groupes soutenus par l’Iran et liés au Hezbollah, qui coopèrent parfois avec al- Qaïda », explique M. Mulikita

Jusqu’ici, le Commandement européen gérait, à partir de son siège de Stuttgart, en Allemagne, tous les programmes de lutte antiterroriste concernant la région pan-sahélienne de l’Afrique de l’Ouest. Le niveau de coordination avec la Force opérationnelle de la Corne de l’Afrique (JTF-HOA), placé sous la tutelle du Commandement central, à Djibouti, était très faible.

L’Afrique, un terrain propice pour le développement du terrorisme islamique

La majeure partie du sous-continent connaît traditionnellement une forte présence islamique. Sa mosaïque de cultures, de croyances et de structures sociales est peu comprise et varie largement au sein des régions et entre elles. « Ces facteurs pris ensemble constituent une série de défis pour la collecte d’informations, même dans le cadre d’un commandement unifié », a déclaré M. Mulikita.

Selon lui, l’éclatement du commandement signifie que les renseignements ne peuvent pas être maîtrisés et diffusés, ce qui a permis aux terroristes d’attaquer les ambassades américaines à Nairobi, au Kenya et à Dar-es-Salaam, en Tanzanie, en 1998.

Les groupes terroristes ont besoin d’espaces pour former, fonctionner et recruter. Ils ont besoin d’un refuge qui pourrait les accueillir et les mettre à l’abri des forces militaires. « Les groupes islamiques radicaux sont conscients des failles qui existent dans d’importantes régions de l’Afrique et tentent de les exploiter. Ces failles existent dans certains Etats déstructurés de l’Afrique subsaharienne », a indiqué M. Mulikita, présentement membre de l’Institut national de sécurité sur les conflits et la coopération dans le monde (IGCC), de l’Université de Californie, à San Diego.

La faiblesse générale des gouvernements centraux et la corruption sont au nombre des raisons qui expliquent l’intérêt sans cesse croissant de l’organisation terroriste al-Qaida pour l’Afrique subsaharienne. Autres facteurs qui contribuent à exacerber la situation, les différences culturelles et ethniques au-delà des frontières géographiques et les intérêts concurrents (et même parfois convergents) des différents groupes islamistes ayant des objectifs, des forces et des faiblesses différents.

« Compte tenu de l’isolement de plus en plus marqué de l’Iran par rapport à l’Occident, l’Afrique constitue un marché ouvert, non seulement pour l’exploitation de l’idéologie et de la religion, mais encore pour les armes et autres biens », a ajouté M. Mulikita, citant le Nigeria, le Sénégal, le Zimbabwe et l’Afrique du Sud, parmi ses premiers clients.

D’un autre côté, les groupes sunnites-salafistes tentent de mettre sur pied un réseau de groupes « djihadistes » pour lutter en vue de la mise en place d’un califat islamique ou étendre leur emprise sur un territoire qui sera dirigé par des Musulmans appliquant les règles de la Charia islamique, a ensuite mentionné l’universitaire zambien.

Faisant référence à une récente enquête privée sur l’Islam en Afrique, M. Mulikita a indiqué que: « l’Islam africain, généralement pacifique et syncrétique, cède la place à un islamisme militant importé du Moyen-Orient », qui menace de transformer la région en un environnement favorable à l’expression de la violence extrémiste.

La Somalie, un Etat déstructuré de 9 millions d’habitants environ, qui se trouve au carrefour stratégique entre la Péninsule arabique, le Pakistan et l’Afrique, est le principal théâtre sur lequel cette guerre se mène en Afrique.

Les experts militaires américains indiquent qu’un commandement unique capable de faire une évaluation de la situation, de la Somalie au Liberia, en passant par l’Afrique du Sud, sera en mesure de prévenir de nouvelles mauvaises surprises, du genre de celles de l’avènement du régime de l’Union des tribunaux islamiques (UTI) en Somalie ou des attentats terroristes perpétrés en 1998 contre des ambassades américaines en Afrique de l’Est.

Par Anaclet Rwegayura, correspondant de la PANA à Addis-Abeba, Ethiopie.

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