L’ère Alpha Condé s’ouvre en Guinée

Après 52 ans de régimes dictatoriaux, une nouvelle ère commence pour le pays. La Cour suprême a validé dans la nuit du jeudi 2 au 3 décembre la victoire du candidat du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) Alpha Condé avec 52,52% des voix, face à l’ancien premier ministre Cellou Dalein Diallo 47,48% qui a accepté sa défaite.

L’annonce des résultats définitifs étaient prévu jeudi 2 novembre à 18h. Mais l’attente a été plus longue que prévu. C’est finalement à minuit que le président de la cour suprême, Mamadou Sylla, entame sa lecture : « Nous sommes d’autant plus heureux aujourd’hui, qu’il y a un rite de la démocratie qui s’impose en deux actes : d’abord, l’expression de la légitimité populaire, ensuite la légalité du droit. C’est ce qui a été fait aujourd’hui. Par l’arrêt de la Cour suprême, le professeur Alpha Condé est donc élu président de la République de Guinée. Il est le président de tous les Guinéens ».

Après avoir examiné et rejeté toutes les requêtes pour irrégularités et fraudes, jugeant qu’elles étaient non fondées la Cour suprême a validé les résultats de deux circonscriptions de Haute-Guinée, Siguiri et Kouroussa, dont Cellou Dalein Diallo demandait l’annulation. Le candidat peul accusait son adversaire malinké d’avoir mené une campagne « basée sur l’incitation à la haine ethnique» ayant conduit à des violences contre les Peuls, en octobre. Après examen Alpha Condé obtient cependant 307 voix de plus que le 15 novembre, tandis que le nombre de voix de Diallo reste inchangé. Cellou Dalein Diallo a reconnu sa défaite ce vendredi matin en déclarant qu’il ne pouvait que se « conformer » à la décision de la Cour suprême.

Une longue attente

La Guinée attendait anxieusement ces résultats deux semaines après la victoire provisoire d’Alpha Condé au second tour de la présidentielle annoncée par la Commission électorale indépendante (CENI) le 7 novembre. Le pays avait été plongé dans la violence après cette annonce. La répression avait été brutale et au moins sept personnes avaient été tuées en trois jours et plusieurs centaines blessées ont été décrétés dans une commune de la banlieue de Conakry et dans différentes villes de Moyenne-Guinée. Plusieurs organisations indépendantes avaient d’ailleurs accusé les forces de l’ordre « d’attaques systématiques » contre les membres de l’ethnie peule. Ces heurts meurtriers avaient conduit le Général Sékouba Konaté à décréter « l’état d’urgence » sur « l’étendue du territoire » le 17 novembre jusqu’à la proclamation définitive des résultats de l’élection présidentielle.

Face à cette situation de crise le premier ministre Jean Marie Doré avait annoncé à la radio le 27 novembre la fermeture des frontières terrestres maritimes et fluviales jusqu’à nouvel ordre. Le même jour Sékouba Konaté limogeait par décret le chef d’état-major adjoint des forces armées, Aboubacar Sidiki Camara.

Depuis l’annonce de la victoire d’Alpha Condé, aucune violence n’a été enregistrée. Ces résultats définitifs devraient mettre fin au régime « d’état d’urgence » que vit actuellement le pays.