Home Made Lomé, la cuisine du cœur


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Yannick Kodjo Mawuéna Macauley cuisine comme il vit, avec passion. Lorsque l’audacieux personnage enlève son costume de consultant RH, il est ainsi facile à ce passionné d’enchaîner avec la préparation d’un bon repas copieux, après des heures dans les dédales du marché de Lomé, la capitale du Togo, où ce self-made-man excelle dans sa différence.

A 35 ans, ce jeune togolais a déjà beaucoup roulé sa bosse. Ce qui se ressent dans les plats beaux et savoureux aux odeurs de mangue, d’épices et de menthe que l’autodidacte concocte à ses clients. Par amour pour les gens et pour la bonne bouffe, ce lève-tôt vient de lancer son concept Home Made Lomé, comprenez « le fait maison » avec des produits locaux. Rendez-vous dans son jardin, rue Cascade !

« Tout ce que tu fais avec amour lui donnes de la valeur »

Pourquoi cuisinez-vous ?

Je cuisine depuis très longtemps, j’ai commencé lorsque j’avais 13 ou 14 ans, car à la maison, fille comme garçon, tout le monde faisait tout. J’y ai pris goût ! Maintenant, je le fais par besoin, bien sûr, mais aussi par envie et par amour du goût, des autres, et pour surprendre les gens qui ne me connaissent pas… Je cuisine pour les autres depuis mes 17 ans, mes premiers cobayes et soutiens de taille ont été mes petites sœurs Inès et Yvonne, lorsque j’ai arrêté mes études pour m’occuper d’elles. Même avec mes amis, à chaque plan bouffe, c’est moi qui m’y collais avec plaisir. Mais c’est seulement l’année passée que je me suis retrouvé à créer dans le domaine culinaire pour des inconnus. J’ai organisé quelques évènements dans mon jardin, en lançant mon concept du « fait maison » via le réseau Instagram et le hastag HomeMadeLomé.

Vous mixez des plats d’ici et d’ailleurs. Pourquoi et comment ?

Je créé souvent au feeling, je teste, de réfléchis aux associations de goût dans ma tête, je créé ma magie. J’ai eu la chance d’aller dans de nombreux pays comme le Mali, le Gabon, le Burkina Faso, la France, le Ghana, le Bénin, la Côte d’Ivoire etc c’est aujourd’hui un plus pour ma cuisine. Une ouverture d’esprit sur laquelle je m’appuie. Et je fais aussi des recherches sur Internet via des applications mobiles par exemple, où l’échange de recettes et d’astuces sont les règles. J’ai appris beaucoup de choses chez ma grand-mère qui nous a en partie élevé, avec elle c’était le zéro gaspillage. Après tout, tu es étais qui toit pour oser jeter quelque chose à la poubelle. Cela n’était même pas concevable pour elle. Un jour, j’ai raté un plat d’akoumin, j’ai dû manger cette pâte jusqu’à ce qu’elle finisse, hors de question de la jeter à la poubelle.

Vous donnez également des cours de cuisine. Qu’en retirez-vous ?

La satisfaction que quelqu’un s’est intéressé à moi et à ce que je transmets. Je ressens beaucoup de joie à partager avec ces personnes donc je créé une ambiance bonne enfant, et ces personnes peuvent se dire que c’est grâce à moi qu’ils ont changé cela ou cela dans leur manière de cuisiner ! Pour résumé, j’en retire la renommée, l’épanouissement et bientôt les revenus, je l’espère. Après, je suis avant tout un cuisinier amateur donc j’envisage moi-même de prendre des cours pour me perfectionner, au-delà des nombreuses choses que j’apprends déjà par moi-même, notamment via Youtube. Lorsque l’on tend vers le professionnel, c’est important de se prendre au sérieux pour apporter le meilleur à sa clientèle.

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Quel est le retour de vos clients notamment sur ce nouveau concept du « fait maison »?

Les clients sont contents, ils m’encouragent, reviennent me voir avec d’autres personnes. C’est toujours une joie pour moi. A l’extérieur, les personnes qui me suivent ne peuvent que s’enthousiasmer en voyant mes photos et j’espère leur donner envie de venir visiter le Togo, notamment pour goûter ma cuisine. Je suis aussi un bon ambassadeur du made in Togo finalement car je privilégie les produits locaux et bio, le plus souvent, nous avons beaucoup de bons produits ici. Au marché, j’ai mes copines aussi qui me sélectionnent les meilleurs produits, car elles me connaissent donc savent ce que je recherche, cela m’aide énormément. Le concept du « fait maison », c’est l’idée de pouvoir partager de bons repas avec des gens de passage, qui s’annoncent un peu à l’avance. Ici au Togo, on cuisine toujours un peu plus pour le visiteur de passage qu’on n’attendait pas mais arrive à l’improviste, c’est dans notre culture. Cette nourriture ne sera jamais perdue de toutes les façons ! Donc donner la place aux goûts naturels, authentique en revisitant notamment nos plats traditionnels qui n’ont pas évolué depuis des générations, c’est ce que j’apporte. C’est différent et nouveau mais j’espère étendre cette nouvelle manière de faire, par la suite et faire des émules, pourquoi pas. J’ai déjà plusieurs nouvelles idées d’évènements qui plairont surement.

Quand vous arrivez dans une nouvelle cuisine pour donner un cours, par quoi commencez-vous ? Par quoi finissez-vous ?

Je commence par regarder la propreté de la pièce, la manière dont les choses sont agencées, les outils, les ingrédients… Je finis par les conseils et les astuces, et mes clients en sont très friands car un cours ne suffit jamais à les contenter pleinement, finalement. Je constate après qu’ils en ressortent avec davantage de confiance en eux sur la réussite de tel ou tel recette, et j’en suis ravie. Au-delà de la cuisine, ils en apprennent plus sur eux-mêmes. Je leur montre une chose simple : tout ce que tu fais avec amour, tu lui donnes de la valeur. C’est ce que disait ma tante Rita. C’est un échange vital pour moi.

Vos plats sont élégants et soignés dans leur présentation, est-ce à dire que le plaisir du palais commence par le plaisir des yeux ?

On attache le goût à ce que l’on voit, c’est très important de bien présenter un plat avant qu’il ne soit bon, bien sûr. C’est la « séduction food » et l’œil c’est ce qui attire avant tout. On doit déjà apprécier ce que l’on s’apprête à manger ! C’est une valeur ajoutée non négligeable, et pourtant négligée. Pour moi, les réseaux sociaux me servent en tant que vitrine accessible et rapide pour toucher un maximum de personnes et me faire connaitre. Ma page Instagram m’amuse car j’y poste mes propres photos de mes plats et reçoit des retours flatteurs de personnes qui souhaitent ensuite en savoir plus et découvrir mon univers culinaire.

Que disent vos proches de vos plats et de votre passion que vous partagez aujourd’hui à l’extérieur?

Ils sont fiers, ils me connaissent bien donc ils savent que je suis quelqu’un de sérieux donc ils ne sont pas inquiets. Je suis un homme et je cuisine dans une société que ça étonne encore. Mais cela ne me dérange pas. J’assume ma différence ! Mes parents, eux, sont particulièrement fiers, je ne leur laisse d’ailleurs pas d’autre choix (rire). Mes sœurs ont été mes premiers soutiens elles ont beaucoup dégusté mes plats. Elles savent que la cuisine et moi, c’est une grande histoire d’amour.

Vous avez fait un bref séjour en France, et alors que beaucoup de jeunes de votre génération désirent s’y installer, vous, vous avez fait le choix inverse, celui de revenir en Afrique…

Pour moi, l’Europe n’est pas un Eldorado comme on le dit, donc je n’y suis pas allé avec le rêve d’y rester, pas du tout ! J’y suis allé pour y faire des choses, apprendre et revenir. J’avais d’ailleurs promis à mes sœurs que je reviendrai, ce que j’ai fait. C’est important de respecter sa parole. De plus, j’avais un engagement à honorer vis-à-vis de mon employeur, il n’était pas question pour moi de me faire happer par les sirènes de l’Occident. C’est un défi de vivre en Afrique, et plus particulièrement au Togo, en tant que jeune et entrepreneur. Mais il faut croire que j’aime les défis !

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