Dans le programme de Bayrou… où sont les Noirs ?


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En 1995, François Bayrou, alors ministre de l’Education nationale, retirait le Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire, jugé trop politique, des programmes scolaires français. Aujourd’hui, deux ans après la sulfureuse polémique sur « le rôle positif de la colonisation », le même homme est le candidat UDF aux élections présidentielles. Et que dit-il sur l’Afrique ? Pas grand chose, selon Le Gri-Gri International.

En 1994, le Martiniquais Aimé Césaire, grand Nègre s’il en est, entrait, pour son Discours sur le colonialisme, au programme de terminale. Avancée majeure pour les écrivains noirs francophones ; mais aussi pour tous les petits Blancs (et Noirs, et Arabes, et Juifs, et Asiatiques…) qui allaient découvrir un pan de la culture et de l’histoire de France. Pan si occulté qu’en 2005, l’Assemblée nationale décrétait, unanimement, le « rôle positif » de la colonisation…

En 1995, le ministre de l’Education, c’est François Bayrou. Monsieur Muscles, le Béarnais qui découvre les bienfaits de la sauce à la testostérone sur les plateaux, le Phallus de cette élection, comme dirait Sartre. Il reçoit d’un député progressiste bien connu, Alain Griotteray, une missive lui enjoignant de retirer Césaire du programme scolaire. « Livre politique », dit Griotteray, comme si c’était une faute – et Voltaire, Chateaubriand, Camus, pas « politiques » ? Le vrai problème, bien sûr, c’est que Césaire « ose comparer le nazisme et le colonialisme ». Que croyez-vous qu’il advint ? Le brave Bayrou se coucha. Césaire fut retiré. Il n’y eut même pas de polémique. Qu’en serait-il aujourd’hui ?

M. Bayrou, interdiriez-vous Césaire en 2007 ?

On s’étonne du silence de l’intellectuel Claude Ribbe, qui crache du feu sitôt qu’on touche un cheveu crépu d’habitude. Aurait-il plaidé auprès de Césaire le pardon ? Ou auprès de Bayrou la réparation ? Ribbe se présente aux législatives sous les couleurs de…l’UDF. Clientélisme ?

On sait par ailleurs Patrick Lozès, leader du Conseil représentatif des associations (et pas des ânes) noires, le Cran, encarté, lui aussi, à l’UDF. Fort bien. Avec une aile caribéenne et une aile africaine, Bayrou devrait pouvoir survoler les questions noires, domiennes et françafricaines. Au lieu de ça, on dirait qu’il plane le Bayrou ! Dans son programme : rien. Ou presque. Le catéchisme habituel. Au moment où même l’ex UDF Villiers prône le co-développement (durable ?), c’est étonnant. On relit un peu le parcours de campagne du 3° homme… On se frotte les yeux : Bayrou est allé en banlieue. Mais pas dans la vraie zone de non droit : l’Afrique.

L’Afrique noire francophone aurait bien aimé le rencontrer. Ne serait-ce que pour savoir si, comme Sarkozy, il compte continuer de dealer avec les Sassou, Déby-de-Boisson et autres Mollah Omar ? Ce qu’il pense de la Françafrique et de ses réseaux financeurs de campagnes électorales ? Quid de Chirac l’Africain ? Que lui inspirent les récents accords de Côte d’Ivoire ? Sa position sur le Rwanda ? Mille questions. Mais Bayrou n’est pas venu.
Faute politique ? Mépris ? Inconséquence ? Méconnaissance ? Ou tout simplement peut-être, comme tous les autres : rien à dire…

Par Grégory Protche

Retrouvez cet article et bien d’autres encore à la Une du quinzomadaire panafricain Le Gri-Gri International n°70, en kioske actuellement.

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