Covid-19 : pourquoi Macron devrait se préoccuper plutôt du sort de la France

Le Président français, Emmanuel Macron

Avec la surmédiatisation autour de l’annulation de la dette publique africaine, il aurait été étonnant que le Président français, Emmanuel Macron, ne revienne pas sur la situation africaine lors de son allocution, le lundi 13 avril, et ce 15 avril lors d’une interview exclusive avec RFI. C’est sans grande surprise qu’il a appelé les pays développés à venir en aide aux pays africains, évoquant la « vulnérabilité sanitaire » du continent. Pourtant, Macron a toutes les raisons de se préoccuper davantage du sort de la France.

Le tableau noir de l’Afrique selon Macron

Dans son allocution du lundi 13 avril 2020, Emmanuel Macron a dressé un tableau sombre de la situation sanitaire en Afrique. Le Président français considère qu’avec le VIH, la tuberculose, la malaria, « l’Afrique, aujourd’hui, a une vulnérabilité sanitaire ». Une vulnérabilité qui serait, selon lui, renforcée par l’impact du changement climatique : sécheresse au Mozambique et dans le bassin du Lac Tchad, attaques des criquets, etc.

Le Président Macron est également revenu sur la dette publique africaine, parlant du continent comme vivant « la grande difficulté économique ». Cela aurait justifié une mobilisation de Paris, au mois d’octobre 2019, afin d’inciter le Fonds mondial à venir en aide au continent. La solution d’Emmanuel Macron est d’« être à ses côtés ».

Cet élan de solidarité de la part du Président Macron n’est malheureusement pas du goût de tous. Certains diraient même qu’il est totalement mal venu, voire ironique. Dans un contexte de pandémie mondiale où à l’heure actuelle, l’ensemble des 54 pays du continent s’en sortent bien mieux que la France à elle seule, en dépit de leur « vulnérabilité sanitaire ».

L’Afrique survit encore malgré « le VIH, la tuberculose, la malaria… »

Le continent africain compte actuellement 16 985 cas concentrés majoritairement dans trois pays : l’Afrique du Sud (2 506 cas), l’Égypte (2 505 cas), l’Algérie (2160 cas) et le Maroc (2 024 cas). Il s’agit des 4 pays africains désignés par les spécialistes comme étant les mieux préparés sur les plans économique et sanitaire pour faire face à la crise.

Sur les 128 000 décès répertoriés dans le monde, seulement 887 sont répertoriés dans toute l’Afrique contre 17 167 pour la France. Ce bilan place le pays en 4e position des États les plus touchés par l’épidémie derrière les Etats-Unis, l’Italie et l’Espagne.

La situation économique et financière des deux derniers États, membres de l’UE, au bord de la récession depuis des années, est un secret de polichinelle. Alors, on s’étonne qu’Emmanuel Macron se soucie davantage du sort des pays africains qui, jusque-là, sont ceux qui s’en sont le mieux sortis face à cette pandémie de Covid-19.

Macron, le médecin après la mort

Cet appel à soutenir économiquement le continent africain, l’économiste camerounaise Vera Songwe l’avait lancé, il y a plusieurs semaines. La secrétaire exécutive de la Commission Économique des Nations Unies pour l’Afrique avait alors produit un rapport datant du 13 mars sur l’impact du Covid-19 sur l’économie et proposé quelques pistes pour aider les pays africains à s’en sortir.

Plusieurs pays africains se sont d’ores et déjà mobilisés pour demander le soutien du FMI et de la Banque mondiale pour lutter contre le Covid-19. Il y a quelques jours, l’Algérie a reçu un prêt de 745 millions de dollars et plusieurs autres pays africains pourraient lui emboîter le pas dans les semaines à venir.

Macron arrive malheureusement après la guerre, alors qu’il y a quelques jours encore, les ministres des Finances et de l’Économie européens avaient du mal à s’accorder autour d’un plan de soutien à l’économie des pays membres de l’UE. Si entre eux, les Européens peinent à s’entendre autour d’un fonds d’aide censé soutenir leurs économies respectives, qu’est-ce qui laisse penser qu’ils se montreront plus généreux envers les pays africains ?

En attendant, sur les réseaux sociaux, les internautes polémiquent autour de ces interventions de Macron.