Côte d’Ivoire : marche funèbre à Abidjan

La manifestation des partisans d’Alassane Ouattara qui ont répondu jeudi à l’appel de leur leader les invitant à suivre Guillaume Soro, qui souhaite s’emparer de la télévision d’Etat, a déjà fait plusieurs morts à Abidjan. Des sources font aussi état d’échanges de tirs nourris entre des éléments de l’ex-rébellion ivoirienne, protégeant le quartier général d’Alassane Ouattara à Abidjan, et des forces fidèles à Laurent Gbagbo, devant l’hôtel du Golf.

Les craintes étaient donc justifiées. L’hôtel du Golf est jeudi le théâtre de violents accrochages à l’arme lourde entre des membres des Forces nouvelles (FN), protégeant le quartier général d’Alassane Ouattara à Abidjan, et des forces fidèles à Laurent Gbagbo. D’autre part, selon un premier bilan, quatre personnes ont été tuées par balles jeudi dans deux quartiers populaires d’Abidjan, Adjamé (nord) et Koumassi (sud), au moment où les forces de l’ordre ont dispersé des manifestants qui voulaient marcher sur la télévision d’Etat (RTI), un des piliers du pouvoir du président sortant Laurent Gbagbo.

Plusieurs centaines de personnes ont répondu à l’appel d’Alassane Ouattara leur demandant d’accompagner Guillaume Soro. Le Premier ministre du président désigné par la Commission électorale indépendante (CEI) avait annoncé lundi son intention de se rendre jeudi à la RTI, la Radio-télévision ivoirienne installée à Abidjan, avec son gouvernement et ses partisans pour y mettre en place un nouveau directeur général. Mercredi, Patrick Achi, porte-parole d’Alassane Ouattara, s’est pourtant voulu rassurant, persuadé que « les forces de défense et de sécurité ivoiriennes » ne tireraient pas « sur leur propre population et sur leur gouvernement légitime ».

La Côte d’Ivoire dans le chaos

Des déclarations auxquelles le gouvernement de Laurent Gbagbo a rapidement réagi. Gnonzié Ouattara, ministre de la Communication du gouvernement nommé par Gbagbo, a considéré mercredi cette manifestation comme « de la provocation et de l’intimidation ».
Plus menaçant, Charles Blé Goudé, chef des patriotes favorables à Laurent Gbagbo et fer de lance des manifestations anti françaises de 2003 et 2004 à Abidjan, a comparé mercredi devant quelque 3000 jeunes ces déclarations à une déclaration de « guerre ». Le responsable de la puissante Fédération estudiantine de Côte D’Ivoire (Fesci), Augustin Mian, assurant que ses membres étaient « prêts à donner leur vie pour sauver leur nation contre une nouvelle race d’impérialistes ».

Les marcheurs d’Abobo, jeudi matin

La communauté internationale suit ces dernières évolutions avec inquiétude. Jeudi matin, la ministre française des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, a appelé « à la retenue de part et d’autre ». Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon craint que la situation n’aboutisse « à une violence généralisée ».

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) Luis Moreno-Ocampo a prévenu jeudi qu’il engagerait des poursuites contre quiconque serait responsable de violences meurtrières en Côte d’Ivoire. Des violences que le général Philippe Mangou, chef d’état-major des armées et de l’ensemble des Forces de défense et de sécurité (FDS) fidèle à Laurent Gbagbo, a imputé par avance au représentant spécial des Nations unies en Côte d’Ivoire, Choi Young-jin.

La Côte d’Ivoire plonge jeudi un peu plus dans le chaos. Une situation qui pourrait se prolonger. Vendredi, Guillaume Soro et les siens envisagent de prendre possession de la primature, occupée par le premier ministre du camp adverse, Aké N’Gbo.