« Brune » : le magazine féminin de la différence

Brune est la création de Marie-Jeanne Serbin-Thomas, sénégalo – martiniquaise, ancienne rédactrice en chef de Divas. Après plusieurs années d’absence, le bimensuel de la femme noire belle et dynamique est de nouveau dans les kiosques. Marie-Jeanne Serbin-Thomas explique à Afrik les atouts et l’originalité de son « joyau ».

Brune est le nouveau magazine destiné à la femme africaine, antillaise, aux femmes des îles et à toutes celles qui ne se sentent pas représentées par la presse féminine généraliste française. Il est le magazine de toutes celles qui ne sont ni blondes, ni rousses, mais qui ont simplement la peau brune avec un grand « B ». Ce magazine, si présent dans les mémoires de celles qui l’ont connu dans les années 90, renaît aujourd’hui de ses cendres afin de reprendre la fonction qui est la sienne : la valorisation de la femme de couleur. Brune a été conçu pour aborder des sujets très divers, en relation avec «la Femme plurielle » : la politique, l’artiste, la séductrice, la féministe… Le magazine est dans les kiosques depuis une semaine. Marie-Jeanne Serbin-Thomas, sa fondatrice et rédactrice en chef, répond aux questions d’Afrik.com.

Afrik.com : Pourquoi avez-vous baptisé votre magazine Brune?

Marie-Jeanne Serbin-Thomas: Brune parce que les femmes concernées par le magazine ne sont pas blondes. J’ai choisi ce mot générique pour englober toutes les femmes noires, mais, je n’ai pas souhaité qu’il soit considéré comme une publication afro antillaise, mais plutôt comme un magazine international, un magazine de la diaspora. Mon souhait était et reste que Brune englobe un large panel de femmes, qu’il soit plutôt un support identitaire, un fédérateur solide de centres d’intérêts communs aux femmes de type non européen.

Afrik.com : Pouvez- vous nous présenter votre magazine et nous expliquer pourquoi nous en sommes déjà au numéro 13?

Marie-Jeanne Serbin-Thomas : Brune est un magazine qui a vu sa première parution en 1991. Il était distribué en Afrique, aux Etats-Unis et au Canada, mais cette belle aventure a tourné court du fait de la dévaluation du franc CFA en 1999. Cette dévaluation a porté un coup fatal puisque la majorité de la clientèle était essentiellement africaine et basée en Afrique. A l’interruption de la parution, je suis devenue rédactrice en chef fr Divas pendant sept ans et demi, et suite à des problèmes de gestion financière, ce magazine a également vu la fin de sa parution. Mais pendant toutes ces années, lorsque je me rendais en Afrique, je constatais que Brune était très présent dans les mémoires des femmes. Un jour au Burkina, à l’aéroport, une hôtesse a reconnu mon nom à l’enregistrement, elle était très émue et a tout de suite fait le lien entre moi et le magazine. Elle m’a prise dans ses bras et m’a remerciée du fait que Brune donnait une image très dynamique de la femme. C’est ainsi qu’en octobre 2006, j’ai décidé de reprendre ce qui me semblait être un projet prometteur et d’avenir : Brune, qui a vécu en moi et par moi pendant toutes ses années. Il s’est imprégné de chaque expérience que je faisais, a mûri et grandi en moi.

Afrik.com : Qu’est-ce qui différencie Brune des autres magazines black existants déjà sur le marché ?

Marie-Jeanne Serbin-Thomas: Brune se veut être un généraliste féminin qui traite de sujets tels que la mode, la beauté, la psychologie, la santé, l’art de vivre etc. Et ce qui fait sa specificté, en comparaison par exemple de Divas, c’est que Brune mise sur la qualité. Il est plus concentré avec moins de rubriques. Brune veut montrer le côté occulté de la femme noire, c’est-à-dire son coté dynamique, sa relation avec le monde du travail et l’argent. J’ai souvent constaté que lorsque les magazines européens évoquent la femme noire, ils n’en parlent qu’en termes d’excision, de maltraitance, de violence. En gros, en terme de victimes de la société et non en tant qu’actrices d’une existence, animée de combativité et d’une volonté de construire. Cette femme dynamique est d’une invisibilité flagrante dans les médias français.

Afrik.com : Le magazine Amina valorise également la femme noire. Qu’est-ce qui fait de Brune une publication unique en son genre ?

Marie-Jeanne Serbin-Thomas : On ne peut pas comparer une Rolls à une Deux-chevaux. Brune a misé sur la qualité : la qualité visuelle et la qualité des textes. Le magazine est agréable au toucher et on prend plaisir à le feuilleter, car les photos sont magnifiques et les textes bien écrits et aérés.

Afrik.com : Pouvez-vous nous donner quelques exemples de votre ligne éditoriale ?

Marie-Jeanne Serbin-Thomas : Vous trouverez dans Brune des rubriques telles que « Mémoires » où nous aborderons des sujets relatifs à la richesse de la tradition noire. Un autre exemple : la rubrique « Fenêtre sur ». Pour ce premier numéro, nous avons interviewé Mel Théodore qui est à la fois un politicien et un romancier ivoirien. Dans cette rubrique, nous n’abordons pas forcement la vie professionnelle de l’invité. Nous nous intéressons plutôt à sa personne.

Afrik.com : Pouvez-vous nous parler de tout ce qui concerne le financement de Brune, son prix, le rythme de parution…

Marie-Jeanne Serbin-Thomas: Je suis l’actionnaire principale du magazine et je collabore avec mon mari qui est mon associé. Brune est une petite entreprise familiale. Il est bimensuel jusqu’à fin 2007, ensuite il deviendra mensuel en 2008. Pour sa première parution, le magazine a été tiré à 30 000 exemplaires. Son prix est abordable, il est de 3 euros.

Afrik.com : Quels sont les objectifs de Brune?

Marie-Jeanne Serbin-Thomas : Brune a des objectifs pluriels. Il se veut être un succès commercial. Nous allons, avec le temps, développer des produits dérivés tels que des livres d’art sur la création africaine et noire dans le domaine de la mode et autres, une sorte de bibliothèque de la mémoire noire. Nous avons également le projet de faire de l’événementiel en Afrique autour de la femme sur des sujets tels que l’éducation et la formation.