Algérie : la justice clémente avec les non-jeûneurs d’Ighzer Amokrane

Le procès des huit non-jeûneurs d’Ighzer Amokrane, dans la wilaya de Bejaia, poursuivis au mois d’Août, pour «non-observance du jeûne», a finalement connu son épilogue. Les prévenus, qui avaient été interpellés parce qu’ils ne respectaient pas le jeûne de ramadan, ont été remis en liberté.

De notre correspondant

Fin heureuse pour les huit non-jeûneurs d’Ighzer Amokrane, dans la wilaya de Bejaia, en Kabylie. Ils étaient poursuivis pour atteinte à l’un des enseignements de la foi musulmane. En effet, « rompre le jeûne » peut exposer son auteur, en Algérie, à une peine d’emprisonnement en vertu de l’article 144 bis 2 du Code pénal. Il s’agit là – et c’est le moins que l’on puisse dire – d’une affaire qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive en Algérie.

Une foule nombreuse a assisté, hier, au procès qui s’est déroulé au tribunal correctionnel d’Akbou dans la wilaya de Bejaia. Tous les regards étaient donc braqués sur le juge pour en connaître l’épilogue. Leur libération a suscité un « ouf » de soulagement chez la population locale et les militants des droits de l’Homme mobilisés depuis le début de cette affaire.

Le soutien indéfectible de la population aux prévenus, qui niaient avoir pour objectif de porter atteinte aux préceptes de l’Islam et aux bonnes mœurs, a pris un tour politique. Ces « non-jeûneurs », qui soutenaient mordicus qu’ils «ne sont pas contre l’Islam» en se référant même à la foi de leurs parents, ont été bien assistés par un collectif d’avocats venus de la capitale. Ces derniers se sont appuyés sur la Constitution algérienne qui garantit la liberté de culte à tous les citoyens. L’interpellation par la police, le 29 août dernier, a été même qualifiée de «dérive policière» par les avocats qui ont exprimé leur étonnement quant aux proportions prises par une affaire « anodine ».

La Ligue algérienne des droits de l’homme, très au fait de l’actualité, a appelé au respect de la loi fondamentale qui garantit la liberté de conscience et du culte pour tous les citoyens. Un point qui a d’ailleurs donné lieu à une large mobilisation des militants des droits de l’homme qui n’ont cessé de s’interroger sur les réels motifs de cette campagne contre les « non-jeûneurs ». Des militants qui ont aussi dénoncé les « atteintes aux droits de l’Homme et le non-respect des libertés individuelles ». Ils ont aussi appelé les citoyens à la vigilance des citoyens quant à la campagne qui vise la région de Kabylie accusée de «vivre l’évangélisation ».

Deux autres Algériens, de confession chrétienne, arrêtés pour n’avoir pas respecté le jeûne de ramadan, avaient finalement été relaxés par le tribunal de Ain El Hamman (Kabylie) le mois dernier.

Lire aussi:

 Ramadan : ces musulmans qui veulent « déjeûner » en paix