A Madagascar, politique et protection de l’environnement ne font pas bon ménage

Madagascar est réputé pour sa faune et sa flore exceptionnelles, dont 80 pour cent sont des espèces endémiques. La semaine dernière, l’Unesco a classé la forêt d’Atsinanana sur la liste du patrimoine mondial en péril. Cette décision fait suite à un rapport de l’Agence américaine pour le développement international (USAID) indiquant que l’exploitation outrancière des bois précieux, encouragée par le nouveau gouvernement, fragilisait peu à peu le parc national malgache.

La forêt d’Atsinanana fait maintenant parti du patrimoine mondial en péril. Le Comité du patrimoine mondial de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) a inscrit le vendredi 30 juillet les forêts humides de l’Atsinanana, à Madagascar, sur cette liste « en raison des coupes illicites de bois sur ce site et du braconnage visant les lémuriens, une espèce menacée ». En effet, en 1990, Madagascar comptait 11 millions d’hectares de forêts. Aujourd’hui, elles ont été réduites à neuf millions d’hectares, ne représentant plus que 15% de la surface de l’ile.

Une telle mesure consiste selon l’Unesco « à informer la communauté internationale des conditions menaçant les caractéristiques mêmes qui ont permis l’inscription d’un bien sur la liste du patrimoine mondial et pour encourager des mesures correctives ». Le Comité appelle ainsi l’Etat malgache à prendre immédiatement les mesures nécessaires afin de faire appliquer le décret interdisant l’exploitation et l’exportation de bois de rose et d’ébène malgré lequel les exploitations illicites se poursuivent. En effet, selon l’Unesco, Madagascar continue d’octroyer des permis d’exportation de ces bois en toute illégalité.

Le coup d’Etat de 2009, catalyseur de cette catastrophe écologique

C’est un rapport publié fin 2009 de l’International Resources Group (IRG) commandé par l’USAID qui est à l’origine de cette décision de l’Unesco. Il explique que c’est la crise politique entrainant le remplacement, en mars 2009, du président Marc Ravalomanana par Andry Rajoelina, actuel dirigeant de la Haute Autorité de Transition (HAT), qui est à l’origine de l’explosion de l’exploitation illégale des forêts à Madagascar. En effet, la communauté internationale avait alors condamné ce coup d’Etat en coupant l’aide humanitaire venant de l’étranger. La fonction publique de l’île, y compris le système de préservation de la nature, s’était alors quasiment effondrée.

« Depuis le coup d’Etat en mars 2009, les sites riches en biodiversité, et les communautés qui en dépendent, ont été la cible d’attaques de profiteurs sans scrupules.(…) Cette exploitation illégale de bois a maintenant atteint des niveaux jamais égalés. Environ 400 arbres sont abattus chaque jour dans certaines régions », a noté Niels Marquardt, ambassadeur des Etats-Unis à Madagascar, dans les avant-propos du rapport l’USAID.

Une enquête menée par l’Environmental Investigation Agency (EIA) et Global Witness (GW), qui surveille l’exploitation et le commerce illégaux de ressources naturelles, a révélé qu’au cours des mois qui ont suivi le coup de force, des bois tropicaux exotiques tels que le bois de rose, le palissandre et l’ébène étaient collectés chaque jour dans des parcs nationaux et ères protégées, pour une valeur évaluée entre 88 000 et 460 000 dollars.

Le rapport a conclu que « la préservation de l’environnement est otage du développement économique, et le développement économique est otage de la bonne gouvernance ».

Comme le souligne Nanie Ratsifandrihamanana, directrice de la conservation du World Widlife Fund (WWF) Madagascar, sans les aides, le gouvernement a besoin de l’argent de l’exportation de bois précieux. L’inscription des forêts de l’Atsinanana sur la liste du patrimoine en péril devrait permettre au parc national de pouvoir bénéficier à nouveau d’un financement international sous forme d’aide humanitaire.