RDC : Trump souhaite que Kabila soit Président à vie !


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Les théories du complot ont le vent en poupe. Aujourd’hui, elles trouvent dans les réseaux sociaux un terreau fertile sur lequel elles prospèrent. Mais les médias, il faut le reconnaître, y ajoutent parfois de l’engrais, histoire d’accompagner leur croissance. En RDC, à l’approche d’échéances politiques majeures, ces thèses « complotistes » – qui mêlent le délire à l’absurde – ont le vent en poupe auprès d’une certaine presse.

Les exemples abondent. Prenons ainsi l’article publié ce lundi 10 octobre dans le quotidien kinois L’Avenir, propriété de l’honorable Pius Muabilu Mbayu Mukala, député national PPRD et membre de la majorité présidentielle (MP). Intitulé très explicitement « Le grand complot contre la République », en voici brièvement résumé le contenu :

Moïse Katumbi aurait contacté François Hollande afin d’obtenir sa participation à un coup d’Etat dans le but de renverser Président Joseph Kabila. Le chef de l’Etat français mettrait, à cette fin, à la disposition de l’opposant RD congolais la base de l’armée française de Libreville au Gabon et s’appuierait à cette occasion sur Denis Sassou-Nguesso, le Président du Congo voisin, au nom de l’amitié franco-brazzavilloise. Autres complices de ce coup d’Etat selon L’Avenir : le peuple lui-même, que le Rassemblement serait en train de mobiliser, mais aussi Félix Tshisekedi et « d’autres cadres du Rassemblement » qui se prépareraient à effectuer une tournée dans les capitales occidentales. Leur but ? Multiplier les rencontres à Bruxelles, Londres et Paris, mais aussi voir Tom Perriello, l’envoyé spécial américain dans la Région des grands lacs, afin d’engranger des soutiens dans leur entreprise séditieuse. L’Ambassadeur de France à Kinshasa serait, lui aussi naturellement, dans le coup. En guise de preuve, L’Avenir indique que le diplomate français se serait rendu au siège de l’UDPS le mercredi 5 octobre. L’inspecteur Colombo lui-même n’aurait pu trouver mieux…

Problème : les complotistes ne seraient pas d’accord, selon L’Avenir, sur l’identité du bénéficiaire de ce coup d’Etat ? Viserait-il à installer au pouvoir le Docteur Mukwege, comme l’espérerait – selon l’article – Moïse Katumbi, ou bien Etienne Tshisekedi comme l’entendrait l’UDPS ? Et pourquoi pas Moïse Katumbi lui-même ? Pourquoi en effet se donner tant de mal pour, au final, ne pas en bénéficier soi-même ? Franchement, on ne comprend pas. Le scénario souffre ici d’une incohérence à laquelle leurs auteurs devraient remédier. Et vite !

Autre critique : pourquoi avoir passé sous silence le rôle de Vladimir Poutine qui – allié à Donald Trump, et avec la complicité des Shebabs somaliens, qui eux-mêmes auraient fait appel à Daech à l’issue d’une réunion à l’Ambassade de Chine à Kinshasa – aurait décidé de faire échec à cette tentative de putsch afin de garantir une présidence à vie à Joseph Kabila, en attendant de pouvoir instaurer au Congo un royaume dont le premier souverain ne serait autre que Joseph Ier, que Vladimir Poutine entend convertir à l’Eglise orthodoxe afin de garantir l’influence russe dans la région ? Vraiment, il est dommage d’avoir amputé le scénario d’un de ses épisodes les plus enthousiasmants. Du coup, l’histoire perd en saveur.

Tant qu’à faire, j’aimerais à mon tour proposer une histoire, à peine croyable certes, mais sur laquelle il serait intéressant de se pencher : celle d’un Président d’un grand pays d’Afrique francophone qui tenterait contre vents et marées de s’accrocher à son fauteuil après quinze ans au pouvoir et qui, enfermé dans sa tour d’ivoire et emmuré dans un mutisme quasi-total, userait de tous les stratagèmes possibles et imaginables afin de retarder l’inéluctable : la date de son départ. Tout y passerait : tentative de modification de la Constitution, amendement de la loi électorale, formation d’un gouvernement d’union nationale, redécoupage des provinces, non financement du processus électoral, convocation d’un dialogue national, tentative d’obtention d’un glissement, suspension de fait de la Constitution, instrumentalisation de la Justice, arrestations et condamnations arbitraires, répression sanglante des manifestations, etc., etc.

On pourrait d’ailleurs intituler ce scénario : « Le grand complot contre la démocratie ». Bien entendu, « toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes serait purement fortuite ». Mais il arrive parfois que la réalité dépasse la fiction. Les médias pourraient donc aussi s’y intéresser…

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