RDC : « Kabila vit dans la crainte de Katumbi »


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Dans l’ex-Katanga, comme ailleurs dans le pays, le régime du Président Joseph Kabila semble avoir pris pour cible Moïse Katumbi. Mais loin d’affecter son aura, le harcèlement systématique dont est victime le dernier Gouverneur de la plus grande province de RDC, et qui n’épargne pas son entourage, ne fait que renforcer sa popularité déjà très forte dans l’ensemble du pays. La marche pacifique et populaire qu’il organise, ce dimanche 24 avril 2016, dans la commune de la Kenya à Lubumbashi devrait à nouveau en attester.

Il y quelques semaines à peine, Moïse Katumbi et sa famille avaient fait l’objet de tracasseries sur le tarmac de l’aéroport international de Luano alors qu’ils s’apprêtaient à prendre l’avion en direction de Kashobwe, une localité du district du Haut-Katanga, son fief natal. Un peu plus tard, ce fût au tour de ses propres enfants d’être l’objet de tentatives d’intimidation. Un individu s’est rendu jusque devant leur école pour les photographier, ainsi que prendre des clichés de la plaque minéralogique du véhicule dans lequel ils circulaient. L’individu a été arrêté, mais rapidement relâché. Aucune suite n’a été donnée, pour l’instant, à cette affaire…

Cette fois-ci, c’est au tour des dirigeants de l’UNAFEC, un parti membre du G7, l’une des principales plateformes de l’opposition (qui a d’ailleurs récemment appelé Moïse Katumbi à se porter candidat à la prochaine élection présidentielle), de faire les frais de cette entreprise de harcèlement devenue sinon systématique, à tout le moins habituelle. Depuis le début de la semaine en effet, à Kinshasa et dans le Haut-Katanga, les édifices et symboles du parti dirigé par Gabriel Kyunguwa Kumwanza, l’ex-président de l’Assemblée provinciale, sont vandalisés. A Lubumbashi, ce mercredi 20 avril 2016, les forces de l’ordre, fortement armées, ont à nouveau investi le siège de l’UNAFECdans la commune de la Kenya. Des tirs à balles réelles ont eu lieu et l’activité a été totalement paralysée dans la commune durant de nombreuses heures. « Il n’y a pas eu de marché, les transports ont été stoppés et nous sommes restés terrés chez nous », explique, apeurée, Christiane, une riveraine.

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Les policiers, venus en force pour l’occasion, ont occupé les lieux et ont placé sous scellés le siège du parti. La tension n’est finalement retombée qu’avec l’arrivée des patrouilles de la MONUSCO. La veille, mardi19 avril 2016, en début de soirée, des policiers avaient arraché les portraits de Moïse Katumbi, installés quelques heures plutôt en prévision du grand meeting populaire que compte organiser le dernier Gouverneur de l’ex-Katanga, ce dimanche 24 avril. Une date hautement symbolique, puisque ce même jour, en 1990, le maréchal Mobutu Sese Seko officialisait, dans un discours resté célèbre, l’instauration du multipartisme dans le futur ex-Zaïre.

« Kabila a perdu la bataille des cœurs au Katanga »

« Kabila vit dans la crainte de Moïse Katumbi. Il sait qu’il a perdu la bataille des cœurs au Katanga (province dont les deux personnalités sont originaires). Il essaie donc de s’imposer par la force », explique Firmin, membre du Front citoyen Katanga. « Cela explique sans doute la très forte militarisation en cours dans la province, vers laquelle le pouvoir achemine une quantité d’armes lourdes. En attendant, rien n’est fait pour stabiliser la situation sécuritaire à l’Est, où les populations vivent un véritable drame », poursuit-il, manifestement inquiet.

Le régime du Président Kabila semble, en effet, ne lésiner sur aucun moyen pour tenter de réduire l’influence grandissante de Moïse Katumbi. Il y a quelques jours, c’était au tour d’Edem Kodjo, le « facilitateur » du « dialogue inclusif national » qui tente péniblement de voir le jour avec l’appui de l’UA, à en subir les conséquences. L’ex-Premier ministre togolais a purement et simplement été interdit d’effectuer un déplacement à Lubumbashi où il devait rencontrer Moïse Katumbi. Autre exemple récent avec la RTNC, la télévision nationale, entièrement soumise au Pouvoir de Kinshasa, qui n’hésite pas à diffuser des informations « grossièrement fausses », selon les termes d’un de ses propres journalistes s’exprimant sous couvert d’anonymat, pour tenter de décrédibiliser le président du Tout Puissant Mazembé. Alors que la propre sœur jumelle du président de la République, Jaynet Kabila, est impliquée dans le scandale des Panama Papers, la RTNC, afin de faire diversion, a tenté d’impliquer Moïse Katumbi dans ce scandale. En vain. Un démenti de La Libre Belgique est venu couper court à cette tentative maladroite de déstabilisation.

Dans la nuit du vendredi 22 avril à Lubumbashi, la tension et la violence sont encore montées d’un cran. La résidence privée du Professeur Simon-Huit Mulongo Kalonda-Ba-Mpeta, l’ex-directeur de cabinet de Moïse Katumbi, a été perquisitionnée. Selon Georges Mawine, le président de l’Observatoire national de la Jeunesse, témoin de la scène, « des éléments de la police et de l’armée ont cassé la barrière de la parcelle et d’autres ont escaladé les murs pendant l’opération ». Le dirigeant de ce mouvement issu de la société civile dénonce, depuis plusieurs mois, les menaces de mort dont font régulièrement l’objet les collaborateurs de Moise Katumbi. Quelques minutes plus tard, Salomon Kalonda, le principal conseiller du dernier Gouverneur de l’ex-Katanga, tirait la sonnette d’alarme sur son compte Twitter. « Le professeur Huit Mulongo vient d’être arrêté. Il a pris la direction de l’ANR », a-t-il annoncé avant de dénoncer un acte « arbitraire ». « L’Etat de droit est en panne ! », a-t-il ajouté dans un autre tweet. Peu de temps après, c’était au tour de Moïse Katumbi lui-même de se fendre d’un tweet incisif : « Je dénonce vigoureusement l’enlèvement-kidnapping du professeur Huit Mulongo, (un) nouvel exemple de l’arbitraire (qui sévit) en RDC », selon lui. Des termes forts qui décrivent parfaitement la tension entourant la situation. Le lendemain matin, l’ancien directeur de cabinet de Moïse Katumbi était « toujours détenu à l’ANR, à Lubumbashi, après une nuit sans explication, ni visite de son avocat », pouvait-on lire sur le compte Twitter de Salomon Kalonda. Selon nos sources, le professeur Mulungo a été transféré au parquet dans l’après-midi. Puis, de la Cour d’ordre militaire, il a été directement emmené à la prison de Kassapa où il a été détenu toute la nuit. Joint par téléphone, Olivier Kamitatu, le président de l’ARC par ailleurs figure éminente du G7, résumait ainsi la situation : « le pouvoir fait le choix de la violence ».

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Face à la montée en puissance de Moïse Katumbi, il faut s’attendre à ce que le régime de Kinshasa déploie des trésors d’ingéniosité pour tenter d’atténuer la très forte popularité de l’ex-Gouverneur du Katanga. « Aucune cabale, aucune machination ne devrait lui être épargnée », prédit un professeur en sciences politiques de l’UniKin. Ce dernier ne croit pas si bien dire. Alors que Moïse Katumbi et son entourage s’affairent à organiser une grande marche pacifique et populaire ce dimanche –dont les autorités essaient de limiter l’ampleur en déployant un dispositif policier exceptionnel–, de sources officielles et concordantes, plusieurs scénarios de déstabilisation sont « en cours d’études » pour tenter de ternir l’image de celui dont la popularité et l’activisme inquiètent jusqu’au plus haut sommet de l’Etat. Très préoccupé par la situation, le G7 a même demandé à la MONUSCO d’assurer la sécurité de Moïse Katumbi, lors d’une conférence de presse organisée ce vendredi 22 avril à Kinshasa. « La stratégie d’intimidation ayant échoué, le Pouvoir tente l’acharnement », analyse notre professeur de l’UniKin. Néanmoins, face à la détermination affichée ces derniers mois par le dernier Gouverneur de l’ex-Katanga, pas sûr que cela suffise… En attendant, une chose est certaine : pour le régime de Kinshasa, Moïse Katumbi, qui ne cesse de prôner le respect de la Constitution, est devenu l’ennemi public numéro 1 ou « l’empêcheur de glisser en rond », comme on l’entend désormais au Congo.

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