19 décembre 2014 / Mis à jour à 19:46 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
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Procès de Hosni Moubarak : « Le clivage est entre frères musulmans et militaires »
Des partisans de Hosni Moubarak brandissent son portrait

Une première victoire pour Moubarak. L’ancien président égyptien a obtenu ce dimanche le droit d’être rejugé. Condamné à la prison à vie, son état de santé pourrait bien lui permettre de bénéficier d’une réduction de peine. Au sommaire : Eclairage et trois question à Didier Billion.

« Vive la justice ! », criaient les partisans de Hosni Moubarak à l’annonce de la Cour de cassation. Elle a accepté les appels des accusés et a ordonné la tenue d’un nouveau procès pour Moubarak, ses deux fils Alaa et Gamal, son ministre de l’Intérieur, Habil al Adli, et six responsables des services de sécurité. L’ancien raïs a été condamné en juin 2012 à la prison pour la répression exercée contre la population lors du soulèvement en 2011. La décision, applaudie par les partisans de Moubarak, pourrait bien raviver de nouvelles tensions dans une Egypte fragmentée.

La Cour n’a pas fixé de date précise, ni même énumérée les fondements légaux sur lesquels cette décision a été prise. Mais selon Mohamed Abdel Razek, l’un des avocats de l’ancien dirigeant, la date du procès ne sera pas fixée avant quatre mois. Ce dernier a tenu à souligner les failles d’un « procès inéquitable ». Les accusations de corruption portées contre Moubarak, ses deux fils et l’ancien ministre de l’Intérieur ont par ailleurs été annulées. Mais de nouveaux chefs d’inculpations visent l’ancien président égyptien pour avoir reçu des cadeaux d’une valeur de plusieurs millions de livres égyptiennes de la part du journal Al Ahram.

Transféré à l’hôpital militaire de Maadi, au sud du Caire, en fin décembre après s’être cassé plusieurs côtes dans une chute, Hosni Moubarak, 84 ans, restera incarcéré jusqu’à l’ouverture d’un nouveau procès.

Trois questions à :

Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS et spécialiste du Moyen-Orient

Afrik.com : Cette décision de rejuger Moubarak ne risque-t-elle par de raviver des tensions ?
Didier Billion :
Oui éventuellement. On est dans une situation politique extrêmement incertaine, volatile, même si le référendum a été validé par les électeurs. Ceci étant, je suis de ceux qui sont persuadés qu’une petite étincelle suffit pour que tout éclate à nouveau. Le nouveau procès de Moubarak est un des paramètres qui pourrait relancer un mouvement de contestation. Sauf que Moubarak a fait appel et la justice suit son cours. Mais je ne crois pas qu’aujourd’hui, la préoccupation des égyptiens soit liée à la réouverture d’un procès. Les contestataires du régime, regroupés derrière Mohamed El Baradei ne feront rien pour attiser de nouvelles tensions, ni même les frères musulmans car ils veulent éviter tout resurgissement de mouvements de contestations. Aucune des grandes forces politiques n’a intérêt à relancer des contestations.

Afrik.com : L’état de santé de Hosni Moubarak peut-il jouer en sa faveur pour bénéficier d’une réduction de peine, voire même d’un acquittement ?
Didier Billion :
Non je ne crois pas car Moubarak incarne symboliquement ce régime qui a été viré, haï. Rien ne sera plus comme avant et je ne pense pas que l’ancien président sera vraiment soutenu, ni dans l’appareil judiciaire ni même au sein de la population.

Afrik.com : Comment imaginez l’avenir d’une Egypte où le clivage entre pro et anti-Moubarak semble toujours exister ?
Didier Billion :
Je ne pense pas que ce clivage existe encore. On a tourné une page même s’il subsiste quelques partisans de l’ancien régime. Les anciens du régime ont certes un pouvoir de nuisance, non négligeable, mais pas réel. Le vrai clivage a lieu au sein du camp des islamistes, entre Frères musulmans et salafistes. Le deuxième est un clivage entre les frères musulmans et les institutions militaires. Il y a cependant un modus vivendi établi entre ces deux parties dont aucune n’en franchirait la ligne rouge qui est l’opposition frontale. Puis, le troisième type de clivage est entre les libéraux, laïques, gens de gauche et les Frères musulmans.


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