25 septembre 2017 / Mis à jour à 05:28 - Paris  Newsletter  /    Alertes e-mail  /    English edition  /    Flux
Ouganda - Energie
Ouganda : Stop à la manipulation des prix par le gouvernement !
L’Ouganda est en partie malade de mauvaises politiques. Guidé par l’opportunisme, son gouvernement multiplie les maladresses et joue à l’apprenti sorcier en voulant déterminer les prix à la place du marché en jouant artificiellement avec les subventions ! Dans son article, Andrew Mwenda, explique à quel point les subventions dans le domaine de l’électricité créent à la fois la pénurie et le mécontentement général au sein de la population ougandaise. Il explique alors pourquoi l’intervention de l’Etat est néfaste comparé à la liberté économique. Les prix doivent dépendre uniquement de l’offre et de la demande !

L’Ouganda est en mauvaise posture et presque tout semble aller mal. L’approvisionnement en électricité du pays est catastrophique. Même des zones comme Kololo qui n’avaient jamais eu de pannes de courant sont désormais affectées. L’électricité y est coupée presque tous les deux jours. Le pays manque de sucre, les supermarchés ne sont autorisés à vendre qu’un seul kilo par personne par jour. Enfin, le dollar s’apprécie rapidement par rapport au shilling. Au moment où j’écris cet article, il a atteint 2850 Shellings (Shs).

Alors que beaucoup d’Ougandais pensent que le pays est en manque d’électricité, de sucre et de dollars, c’est en fait la tentative du gouvernement de subventionner les prix de ces produits qui créent des pénuries artificielles. Si le gouvernement permettait au marché libre de fonctionner, la demande s’ajusterait à l’offre grâce au mécanisme des prix. Si la quantité offerte dépasse celle de la demande, les prix baissent ; et à l’inverse, si la demande d’un bien dépasse son offre, les prix augmentent. Les forces de la demande et de l’offre produiront toujours un prix d’équilibre tout en éliminant les pénuries.

Les subventions ont toujours tendance à créer le désordre et la colère des consommateurs. Par exemple, nombreux sont ceux qui se sont raccordés au réseau électrique du fait du faible coût subventionné et qui sont désormais furieux du fait des multiples pannes d’électricité. Quand à ceux qui pourraient s’offrir l’électricité au prix réel du marché, ils sont encore plus furieux car prisonniers malgré eux d’un système.

Ainsi, le pays souffre des pannes d’électricité du fait de l’entêtement du gouvernement à ignorer les principes du mécanisme des prix. En rendant l’électricité moins chère que le prix du marché, le gouvernement encourage réellement les comportements irrationnels de la part de nombreux utilisateurs. Certains laisse des pièces inutilement allumées, d’autres oublient leurs chauffe-eau, font bouillir l’eau inutilement, laissent la plupart de leurs appareils électriques en mode veille et utilisent des ampoules à forte consommation d’énergie.

Résultat : les coupures de courant sont constantes car les producteurs d’énergie thermique n’ont pas été payés par le gouvernement (300 milliards de dollars de subventions). Si le gouvernement ne s’était pas engagé à payer cette subvention, il n’aurait rien à leur devoir. Cela aurait permis à Umeme de facturer au prix du marché et de transmettre les fonds nécessaires à la compagnie de transmission d’électricité de l’Ouganda qui paierait sans délai leur dette.

Notons en plus que les bénéficiaires de la subvention de l’électricité ne représentent que 12% de la population raccordée au réseau. Il s’agit en grande partie d’élites dans les zones urbaines. Pourquoi le gouvernement devrait-il consacrer des centaines de milliards du précieux argent du contribuable pour subventionner cette minorité ? Dans notre démocratie dysfonctionnelle, seule cette minorité peut se faire entendre à travers les différentes plateformes d’expression « libre » comme la presse, la radio, la télévision, les blogs, les sites web, les sites de réseautage social, la société civile et les partis politiques.

Le secteur de l’électricité n’est pas le seul à être touché. Durant cette année, la campagne « En marche au travail » fait pression sur le gouvernement pour résoudre le problème de l’augmentation des prix alimentaires. Les commerçants se sont mis en grève exigeant que le gouvernement intervienne pour contrôler le prix du dollar. C’est une aberration car les bénéficiaires des prix élevés de l’alimentation et un dollar apprécié sont la majorité des pauvres qui produisent des cultures vivrières pour la consommation domestique et les cultures commerciales destinées à l’exportation. Les perdants sont la minorité urbaine qui achète de la nourriture et des biens importés.

Mes détracteurs m’ont accusé d’avoir « changé » et de « soutenir » le président Yoweri Museveni qu’ils prétendent m’avoir soudoyé. En attendant que le pot-de-vin du Président arrive, je sais que Museveni est un politicien qui prend fait ses choix de politique économique de manière opportuniste en fonction des attentes du public. Mais ce qui est souvent politiquement correct et conforme au sentiment public peut être dommageable sur le plan économique. C’est d’ailleurs ce même Museveni qui a autorisé la subvention des tarifs d’électricité.

Bien que Museveni accepte intellectuellement ma position, durant sa campagne, il a tellement dépensé qu’il a contribué de manière significative à l’inflation en avril, ce qui a rendu sa position délicate pour intervenir sur le marché pour influencer les prix alimentaires. Deuxièmement, en raison de l’épuisement des réserves de change consacrées à l’achat d’avions à réaction coûteux, il s’est trouvé dans une position faible pour subventionner le coût croissant du dollar.

Ainsi, lorsque Museveni a refusé d’intervenir sur le marché des cultures vivrières ou du change c’était une entrave à sa politique habituellement très populiste. Bien que je ne soutienne pas toutes ses actions politiques, je me suis inscrit dans une ligne de soutien dans ce cas précis, au risque d’être traité de laudateur et d’effrayer ceux qui n’ont aucune confiance en la liberté économique.

Le pire danger pour un gouvernement dans des périodes troublées comme celles-ci est d’adopter une politique publique destinée à des questions sur lesquelles il n’a aucun contrôle. En supposant que le gouvernement avait décidé de « défendre » le shilling avec l’assèchement des réserves de change, quand et jusqu’où ira-t-il et jusqu’à quand ? La solution la plus efficiente et la plus naturelle serait de simplement libérer les prix !

Andrew Mwenda est journaliste ougandais, fondateur et propriétaire de « The Independent », un magazine d’actualités.

Article publié en collaboration avec Libre Afrique.



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