22 octobre 2014 / Mis à jour à 03:42 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
Mauritanie - Voyage
Nouakchott : Entre ville et désert

Nouakchott, ville troublante et contradictoire, bouillonne pour ne pas sombrer dans le désert. Carnet de route.

Un café, des clients les yeux rivés sur un engorgement de véhicules à un rond-point, un feu signalétique hors service, des klaxons et des piétons qui tentent de se frayer un chemin entre des automobilistes pressés… En somme, un désordre urbain faisant de la jeune capitale mauritanienne une ville bien « inscrite » dans son temps, avec une particularité de taille : Nouakchott est au bord du vide !

Après quelques heures en ville, rien de plus efficace qu’une courte pause dans ce café du centre, avant de s’extirper de là. J’apprécie la halte après ce court périple fatigant, mais rien ne me retiendra ici. Le grand espace est bien plus appréciable, et son appel est irrésistible.

En bon aventurier solitaire, je me cherche une table discrète de côté. Ici comme partout ailleurs, une ambiance banale de café : des serveurs qui n’arrivent pas, des bruits de l’arrière-salle et de la vaisselle.

A la terrasse, des clients discutent, parfois âprement, tandis que d’autres se plongent dans leurs téléphones portables, certains, comme moi, sont les spectateurs d’un vaste désordre de circulation à un carrefour : des klaxons, des bus, des charretiers, quelques chameliers, mais surtout des taxis, des vendeurs ambulants et des piétons tentant d’imposer leur droit à la priorité…

4x4 cylindré

Un entassement chaotique qui fait de Nouakchott, la jeune capitale mauritanienne, « une ville moderne », comme aiment à le rappeler certains de ses habitants. « Vous êtes pressé Monsieur ? », me dit le serveur, plateau en main, en notant ma commande. « Oui ! », lui répondis-je systématiquement, un peu agacé d’être là, juste le temps de me requinquer avant d’« affronter » la marche qui m’attend… En posant une tasse et une bouteille d’eau sur ma table, le jeune homme brun me dit : « Ce n’est pas le cas de tout le monde ici, certains sont là, depuis ce matin… » !

Ce à quoi je réponds par un hochement de la tête ! Je ne compte pas m’attarder ici, donc pas la peine d’entamer une conversation. Je n’ai plus que l’immensité et le vent du silence en tête. Je me désaltère, je prends quelques réserves d’eau dans le corps. Une demi-heure après, le feu rouge clignote toujours et le désordre s’est accentué ! Au secours ! Une porte de sortie… Je m’éclipse, alors qu’un gros 4x4 cylindré, vitres fumées, vient de s’arrêter.

Un homme aux cheveux courts, d’allure moyenne, costard-cravate, lunettes de soleil, descend. Il va, d’un pas précipité, vers le café… « Décidément, beaucoup de nomades ont renoncé à la chamelle et au boubou », pensais-je intérieurement, en m’éloignant du centre-ville aimanté par la proximité du grand désert ! Une demi-heure de trajet, mes pieds s’enfoncent déjà dans le sable fin et les bourdonnements de la ville résonnent dans ma tête comme un écho lointain… Je monte la première dune, je m’arrête un instant, je relève la tête vers Nouakchott, juste en dessous.

Je ne peux m’empêcher de m’interroger sur ce qui pousse les hommes à s’entasser dans ces constructions étroites, et à épouser l’amas des matériaux comme principale quête de notre époque. « Telle est la marche du monde, tel le destin des hommes ! », me dit une voix étrange, alors que je détourne mon regard vers l’infini, d’où la maxime semble provenir.

Immensité

Je poursuis mon échappée. Au contact de cet univers, je suis traversée d’une douce sensation. Je suis envahi par la fièvre de l’immensité. Plus rien ne peut retenir mon avancé. Le vent souffle. Il rentre par une oreille, ressort par l’autre en traversant le cerveau. Ce sifflement, propre à l’air désertique, emporte avec lui toute mauvaise pensée. Je marche, peu à peu, mon esprit se recentre et ma pensée revient à mon corps.

Je me sens, tout à coup, vivant, présent et parfaitement en harmonie avec moi et ce lieu que je parcours ! Totalement absorbé par l’infini, après deux heures d’escapade, je poursuis ma démarche à la lisière des sommets. Je retrouve une forme de réflexion, d’état second, comme si mes idées se diffusaient par-delà et au-delà de cette grande aridité ! Une sensation du vide me donne un vertige. C’est éblouissant ! Le Sahara est majestueux. L’aspect sensuel des dunes dessine des formes identiques à celles d’un corps sculpté avec perfection par la nature. Cet ondoiement donne du rythme, de la musicalité, à un espace, paraissant au premier abord linéaire.

Le désert révèle toujours certains secrets du monde pour celui qui sait se questionner sur le sens énigmatique de l’invisible. En se soustrayant du monde connu, la récompense de la solitude, c’est ce spectacle sans pareil qui vous donne une assurance plus forte et qui vous révèle à vous-même ! Ce besoin vital étonne toujours autour de moi, « que vas-tu faire seul, hors des hommes ? » La réponse est certainement dans le besoin insatiable de liberté, avec comme seule contrainte acceptable celle de la nature et du plus grand désert ! Plus rien n’altère mon existence, je ressens une grande sensation d’éternité. Je me laisse glisser dans cette descente, pour faciliter la montée d’après…

Blues

Une fois plus haut, coup de blues sur cette étendue sans fin d’où souffle l’esprit du monde ! Je me prends à penser, à rêver, nostalgique du temps des caravanes qui parcouraient cet espace imaginaire, allant du Maroc, traversant la Mauritanie, regagnant Tombouctou. Puis, reliant la ville mythique à Tlemcen, en Algérie, regagnant la tripolitaine, puis l’Egypte, plus à l’Est. Ces temps si reculés et qui sont aujourd’hui oubliés, engloutis par l’avancée désertique. Ce jadis où les connaissances circulaient comme les marchandises !

Qu’en penser par ces temps qui courent en véhiculant ignorance, fanatisme et matérialisme ? Mais le désert est redoutable, il n’a certainement pas dit son dernier mot ! En cherchant à capter sa prophétie, je ne supporte plus le poids de mon corps, après ces quatre heures de marche. Je m’écroule sous le seul arbuste, comme un berger, après une journée de pâture. Ma soif, non étanchée, me fait miroiter dans un mi-sommeil que je suis au bord de l’Atlantique, non loin d’ici, en cette chaleur excessive, les pieds dans l’eau, le visage au vent frais !


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