Nathan Ohene-Djan : l’étoile montante


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Nathan Ohene-Djan ne se contente pas d’être une étoile montante parmi les modèles chouchous de la mode et de la publicité à l’échelon international. Ce jeune métis originaire du Ghana et qui a grandi à Amsterdam développe un engagement sincère pour l’Afrique. Interview

AFRIK.COM : Comment vous définissez-vous?

Nathan Ohene-Djan :
Du fait que je suis à moitié Ghanéen, et que j’ai grandi en Europe, l’Afrique m’a toujours intéressé. Depuis mon plus jeune âge jusqu’à aujourd’hui, cet intérêt pour mes racines n’a cessé de croître. La chance d’explorer l’Afrique m’a été donnée en 2012 quand je me suis installé en Afrique du Sud dans le cadre de mes études de « Business et management international ». Ces études avaient lieu à Bloemfontein pendant un semestre, dans la Free State University. Dès le premier jour, j’ai su que je devrais y rester plus d’un semestre!

La proposition de devenir modèle pour la publicité et la mode m’a été faite lors d’un passage à Cape Town, où j’ai découvert que plusieurs agences avaient envie de me faire travailler, et pourquoi refuser cette possibilité ? Comme j’étais encore en train d’étudier et que je ne voulais pas que cette activité interfère avec mon cursus, je me suis engagé dans une ONG qui aide les femmes défavorisées à Cape Town, et cela m’a permis d’organiser une parenthèse d’une année dans cette ville.

Ma première saison comme modèle à Cape Town a été un franc succès. J’ai immédiatement commencé à poser pour des pubs et des spots TV. Les marques que j’ai représentées étaient : Men’s Health, GQ Magazine, Blackberry, Virgin Mobile, Rexona… Le premier bénéfice que j’en ai tiré a été de voyager à travers toute l’Afrique du Sud et d’en découvrir la richesse et la diversité, en apprenant à connaître des lieux où je n’aurais jamais été sinon.

Pendant ces multiples voyages, j’ai rencontré des personnes extrêmement diverses : des étudiants, des paysans de régions rurales, des hommes d’affaires prospères, des immigrants africains, des expatriés occidentaux…

C’est par toutes ces rencontres que j’ai compris que l’Afrique est au seuil d’une période de développement prometteuse, en particulier grâce à une jeunesse à fort potentiel, et j’ai la volonté aujourd’hui d’être impliqué moi-même dans ce développement.

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AFRIK.COM : Qu’est-ce qui vous a le plus frappé en Afrique du Sud ?

Nathan Ohene-Djan :
La première chose que j’ai remarquée à l’atterrissage à Johannesburg c’est la familiarité que je ressentais vis-à-vis du personnel de l’aéroport. Il y avait si peu de différences entre eux et les Africains que je connaissais en Europe. Quand vous voyagez entre Paris et Amsterdam, par exemple, vous sentez tout de suite les nombreuses différences qui existent entre les Français et les Néerlandais. Même chose avec beaucoup d’autres cultures européennes. Cette expérience à l’aéroport a été suivie de nombreuses autres, qui m’ont fait sentir cette sorte d’unité magique, cette ressemblance, cette connexion immédiate qui existe entre les Africains.

J’ai été vraiment impressionné par les connaissances et la compétence de nombreux jeunes Africains avec lesquels je parlais en Afrique du Sud. Ils venaient de pays différents, ils avaient des goûts différents et des formations culturelles diverses, mais tous avaient aussi des idées fortes et claires sur la manière dont l’Afrique comme continent doit aujourd’hui se développer et devenir l’acteur international incontournable qu’elle mérite d’être.

J’ai été très impressionné, en tant qu’Européen, par la manière dont ils ont aujourd’hui la certitude que leur continent va gagner. Si on regarde seulement ce que nous expliquent les médias européens, à travers les informations, les journaux télévisés, les reportages, on se dit que l’Afrique a peu d’espoir à avoir… Mais eux savent qu’au contraire ils représentent la nouvelle terre de croissance, qu’ils sont à l’aube de leur rapide développement.

Ces rencontres et ces discussions ont changé radicalement l’image que j’avais de l’Afrique : même moi qui essayais depuis toujours de ne pas avoir une image trop négative de l’Afrique et de son avenir, j’avais été influencé par la vision morose et pessimiste de l’Europe. J’ai découvert qu’il fallait changer complètement notre regard. J’espère qu’un média comme AFRIK.COM peut y contribuer!

Je pense que l’Occident devrait rapidement effacer la représentation qu’il se fait encore du « Tiers Monde », car elle limite beaucoup les opportunités qui peuvent exister aujourd’hui pour les deux parties. La jeunesse africaine est forte, déterminée, bien formée, à la page. Beaucoup de jeunes Africains sont prêts à appliquer leurs qualités au développement de leurs pays. Même si malheureusement aujourd’hui ils ne trouvent pas toujours les occasions dont ils rêvent.

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AFRIK.COM : Et comment ces observations sont-elles reçues à votre retour en Europe?

Nathan Ohene-Djan :
(sourires) J’ai eu beaucoup de questions de mes amis étudiants à Amsterdam qui me demandaient comme j’avais pu survivre ! L’un d’entre eux m’a même avoué qu’il serait mal à l’aise dans un pays gouverné par des noirs! D’autres étaient simplement étonnés qu’il puisse exister en Afrique des villes modernes, aussi bien aménagées que les villes occidentales, dotées de tout le confort moderne et des dernières technologies en date… Et ce qui m’a frappé, c’est que même après m’avoir écouté exprimer la réalité de l’Afrique contemporaine, ils restaient souvent dans leur préjugés et leur vision dépassée et fausse… L’ignorance et les préjugés sont terriblement difficiles à vaincre.

C’est pour cette raison que j’ai créé un blog sur lequel je parle de mon expérience en Afrique du Sud et où j’évoque toutes les rencontres passionnantes et instructives que j’y ai faites. C’est un blog orienté vers le développement de l’Afrique, focalisé sur la jeunesse africaine. Je crois qu’il faut corriger notre distorsion oculaire quand nous regardons l’Afrique depuis l’Europe. C’est urgent, si nous voulons que l’Afrique et l’Europe saisissent tout le potentiel qui existe aujourd’hui sur le continent.

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