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Mali-Fodé Sylla : « Les jihadistes ne sont pas là pour défendre les Africains ni l’Islam »
En partant de droite à gauche : Fodé Sylla (au 1er rang) et Baba Seid Bally (au 3e rang). Dakar, octobre 2012

Un mois, jour pour jour, après l’intervention militaire française au Mali, la guerre contre les islamistes est loin d’être finie. Gao, la plus grande ville du Nord-Mali et ancien fief du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), est en proie à des attentats-suicides et combats au sol. Fodé Sylla, Président de la fédération internationale de SOS Racisme et ancien député européen, lance un appel à la réconciliation nationale pour unifier le Mali dans la paix. Interview.

Afrik.com : En avril 2012, Baba Seid Bally, un homme d’Affaires malien, vous a alerté sur la situation au Nord-Mali, l’offensive préparée par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), ainsi que sur le projet du MNLA de prendre le contrôle du Nord-Mali. Vous avez ainsi décidé de lancer un appel de paix. De quoi il s’agit ?
Fodé Sylla :
Un appel à la réconciliation nationale. Cet appel, lancé par Baba Seid Bally, a notamment été signé par les élus du Nord-Mali. Je me charge de le relayer en France. Je l’ai déposé à l’Elysée. Je l’ai transmis au Parti socialiste, à Harlem Désir, à l’Assemblée nationale auprès d’Élisabeth Guigou ainsi qu’à Jean-Louis Borloo. Cet appel c’est l’expression de la société civile malienne. Un appel à dialoguer entre la population, les gens du Nord et du Sud. Tous les élus locaux, de Mopti, Gao, Tombouctou et Kidal, qui défendent leur attachement au Mali, à son intégrité territoriale, au caractère laïc, et à la diversité des composants du peuple malien ont signé cet appel. Même François Hollande a salué notre engagement sur cette question.

Afrik.com : Cet appel exhorte les Maliens à s’unir. Quelle est la place qui doit être donnée aux Touaregs dans cette réconciliation nationale prônée ?
Fodé Sylla :
Tous les Touaregs ne sont pas du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). Ce sont même les premières victimes du jihadisme d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Les musulmans aussi en font les frais. Il ne faut pas faire l’amalgame entre les terroristes et l’immense majorité des Touaregs qui veulent eux aussi participer à la vie civile et administrative du Mali. On ne les a peut-être pas suffisamment écouté et traité comme il se devait depuis des décennies. Si c’était le cas, le terrorisme n’allait pas prospérer depuis des années dans cette région.

Afrik.com : A quoi devrait ressembler cette réconciliation nationale prônée par votre appel ?
Fodé Sylla :
Après cette guerre au Mali, il faudrait s’inspirer de ce qui a été fait en Afrique du Sud : il faut favoriser le dialogue entre toutes les différentes communautés du Mali, entre Peuls, Bambaras, Soniiké et Touaregs. La chose la plus essentielle c’est de demander à tout le monde d’éviter le règlement de compte dans le Nord-Mali comme à Bamako. Il faut aussi éviter l’amalgame et des arrestations arbitraires. Notre appel est un appel aux frères maliens de ne pas s’égarer en utilisant les armes, de ne pas se laisser influencer et duper : il est temps de déposer les armes ! Nous savons qu’il y a un certains nombre de personnes actuellement au Mali dont le rôle n’est pas de défendre le Mali et dont la volonté émanerait de Dieu afin d’aider le pays à s’apaiser. Nous demandons donc aux chefs de guerre, de déposer les armes. Ce qui aidera le Mali de se diriger vers la réconciliation nationale.

Afrik.com : Comment comptez-vous agir pour sensibiliser l’ensemble des populations du Mali, du Nord comme du Sud ?
Fodé Sylla :
Nous demandons à la communauté internationale de nous aider, au-delà de l’intervention militaire, en laçant une campagne d’information pour sensibiliser les populations afin qu’elles déposent les armes. Car toute la sous-région est menacée. A 50 km de Tambacounda (Sénégal) par exemple, ma ville d’origine, on a trouvé des foyers de terroristes. Et dans les pays voisins du Mali comme le Niger, la Mauritanie, le Burkina Faso ou l’Algérie, ce conflit peut devenir dangereux.

Afrik.com : Pensez-vous que le danger terroriste peut contaminer toute l’Afrique de l’Ouest ?
Fodé Sylla :
Ces jihadistes appartiennent à Aqmi. D’autres ce sont des anciens soldats égarés de Kadhafi ou du GIA. Une partie des combattants ont été formés par des Américains et se sont ensuite ralliés aux terroristes. Ils ont donc une puissance de frappe qui peut déstabiliser la sous-région.

Afrik.com : Que pensez-vous de cette guerre au Mali lancée par la France ?
Fodé Sylla :
Elle a toutes les raisons d’être. En principe, je suis quelqu’un de pacifique. Ça fait des mois et des mois que les jihadistes enlèvent des gens et ne reculent devant rien. Quelle est leur logique ? Prendre des otages, par exemple un travailleur togolais, en quoi cela permet de lutter contre l’impérialisme occidental ? La guerre au Mali c’est une intervention militaire lancée pour lutter contre le terrorisme. L’Afrique est en danger. : l’Algérie, par exemple, a perdu presque un million de personnes à cause du terrorisme. Les premières victimes du terrorisme ce sont les Africains. Les jihadistes ne sont pas là pour défendre les Africains ni l’Islam. Ce sont les narco-terroristes.

PS : Appel de paix soutenu par Chantal Colle, présidente SOS racisme Afrique et Farid Saidani, secrétaire général SOS racisme international.



Signataires - Appel de paix
  


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