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Les tribulations d’Orange en Afrique

Corruption, viol, guerre interne. Haro sur les déboires de France Télécom Orange en Afrique !

Tout commence en été 2006 avec l’affaire d’un viol sur mineure. Otilia, une jeune équato-guinéenne alors âgée de 14 ans, tombe sous les griffes d’un expatrié français au royaume d’Obiang. Un certain Didier D., cadre chez Getesa, société détenue à 60% par la Guinée équatoriale et à 40% par le groupe français Orange. Le « fait divers » aurait pu être passé sous silence mais il vire au scandale politique et fait surgir, dans un même temps, un tas d’histoires de malversations financières au sein du groupe tricolore. En s’implantant dans la petite "monarchie" pétrolière, l’opérateur français croit investir un marché juteux mais il n’est pas encore conscient du parcours miné d’embuches qu’il a à traverser. Aujourd’hui, France Telecom Orange (FTO) reste « contre son gré » à Malabo mais presse son divorce avec Getesa.

Le viol

Ingénue, Otilia est attirée par les belles paroles mais surtout les beaux cadeaux que Didier D lui offre, raconte une enquête de L’Express. Mais après avoir retiré l’emballage cadeau, la jeune fille découvre un quinquagénaire à l’affut d’une chaste mineure. Plusieurs rapports sexuels plus tard, Otilia tombe enceinte. Furax, le cadre d’Orange-Getesa somme la future maman d’avorter. Refus catégorique de cette dernière et une petite fille, Carmen, voit le jour le 27 avril 2007. Pour subvenir aux besoins du nouveau-né, la jeune maman, âgée de 15 ans, se pointe au siège de Getesa pour réclamer une aide financière au papa. En réponse, expulsions à base d’insultes. Entre alors en scène Violeta, la sœur aînée d’Otilia, déterminée à prendre sa revanche sur celui qui a frappé de honte la famille. Elle porte plainte avant de se rétracter pour un accord à l’amiable sous l’égide du Premier ministre équato-guinéen, le tout en présence du consul de France de l’époque à Malabo ! Didier D. offre une maison à la jeune fille violée et s’engage à lui verser une pension mensuelle. Dans les coulisses, Yves Garcia, expatrié lui aussi, joue les médiateurs, à la demande du directeur exécutif de la zone AMEA (Afrique, Moyen-Orient, Asie) de FTO.

Un pion à abattre

Garcia prend son rôle à cœur, un peu trop. Il s’intéresse au fonctionnement de Getesa et dénombre de nombreuses malversations financières. Le médiateur d’Orange devient l’ennemi numéro 1 de Getesa. Le bruit court que son exécution serait envisagé et que sa maison mère l’aurait lâché. L’employé d’Orange n’y croit pas trop jusqu’en juillet 2010 où, alors en poste à Bangui, il apprend son arrestation par un officier centrafricain. Malabo attend Garcia de pied ferme. Il est condamné, avec deux collègues expatriés, à trois ans et trois mois de prison pour une affaire de détournements. Et même si l’agent FTO avait toutes les chances d’éviter cette condamnation en faisant appel, il est tout de même exfiltré par les militaires français en Centrafrique. Au siège, on s’insurge : « Mensonges ! C’est nous qui avons organisé son exfiltration », rapporte L’Express.

Attaque et contre-attaque

De retour à Paris. En 2012, Yves Garcia saisit la justice avec l’aide de son avocat Norbert Tricaud. Il dépose plusieurs plaintes contre ses employeurs dont une pour « subornation de témoin, destruction de preuves et entraves à la justice » et une autre pour « harcèlement moral ». Nous avons voulu en savoir plus. Nous contactons Yves Garcia, aujourd’hui affecté au siège au service AMEA. Impossible de le joindre. Son poste ne répond plus depuis 48 heures. Au siège, personne n’est en mesure de nous donner la moindre information sur ses déplacements. En novembre dernier, il aurait été convoqué dans le cadre d’un entretien individuel. Il aurait été menacé d’une sanction disciplinaire « pouvant aller jusqu’au licenciement ».

D’après L’Express, le client de Me Tricaud « accuse ses employeurs d’avoir, à la faveur du remplacement d’un ordinateur défaillant, anéanti 300 fichiers sensibles et les soupçonne d’avoir "purgé" les PC d’une demi-douzaine de hauts cadres. » Accusations réfutées par la direction. « Les affabulations, ça commence à bien faire ! S’irrite-t-on au sommet. » D’après elle, Garcia entretenait une relation avec Violeta, la grande sœur d’Otilia, et que ce serait pour cette raison que l’agent FTO s’est entêté à répertorier toutes les failles crapuleuses du groupe Orange-Getesa en Guinée équatoriale. Cette même direction va plus loin et affirme que la jeune Otilia n’était pas âgée de 13 mais de 18 ans au moment de son viol, documents à l’appui.

Didier D. rattrapé par la justice

Quant à Didier D., qui bénéficie de la protection de sa direction, il a depuis été rapatrié au siège avec à la clé un poste à la direction Afrique-Asie. Sauf que FTO ne peut pas éternellement être au-dessus des lois. C’est ainsi que le 27 septembre 2012, Didier D. est arrêté au siège, à Issy-les-Moulineaux, et conduit, menottes aux poignets, droit en garde à vue. La raison ? Otilia a porté plainte en avril 2012, à Paris, contre son présumé bourreau pour viol et non-dénonciation de quatre de ses supérieurs.

Des relations complexes

Cette affaire éclabousse les relations déjà très tendues entre Paris et Malabo. Si FTO est peut-être en train de payer pour les actions de la justice française contre la famille Obiang a propos des biens mal acquis, elle n’en a pas moins donné le bâton pour se faire battre en cachant des pratiques que l’on croyait abolies. Désormais, le grand rêve d’Orange en Afrique, c’est de quitter la Guinée équatoriale le plus vite possible. Son départ laissera quelques traces de bavures, en 2009, un rapport d’audit du cabinet Deloitte met en exergue les nombreux dysfonctionnements du groupe Orange-Gelesa, dont « les prestations fictives ou surfacturées, les investissements portés disparus ou encore les incohérences du suivi des dépenses engagées ». Le groupe français fait, par dessus le marché, l’objet d’un manque à gagner considérable. Plusieurs stocks de cartes de recharge téléphoniques sont pillés par des membres intouchables de l’entourage Obiang.

Éblouiee par la manne financière, la vie rêvée de FTO en Guinée équatoriale n’aura été finalement qu’un mirage.

Lire aussi l’enquête de l’Express


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