21 septembre 2014 / Mis à jour à 03:52 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
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« Le français est élastique »
(©|ecrire-et-senrichir.com)
Les mots ont un sens, voire plusieurs, mais lesquels ?

Il en va de la langue française comme de la musique, il y a un français de France et puis un français du monde, celui d’une certaine francophonie. Mais les invariants d’une région à l’autre sont les sens que les expressions charrient au gré des locuteurs.

Amateur : Ce mot désigne à la fois une chose et son contraire. Un amateur, c’est étymologiquement quelqu’un qui « aime ». Un amateur c’est le contraire d’un professionnel (football amateur), mais un amateur, c’est aussi un fin connaisseur, un professionnel (amateur d’art). Hôte : C’est celui qui reçoit et aussi celui qui est reçu. Même en comptant avec le contexte pour clarifier l’usage de ces mots, le risque de confusion demeure grand Ecrivain et écrivain public : Un écrivain public n’est pas un écrivain. L’écrivain est dans la création, l’écrivain public dans la rédaction. L’un écrit pour soi et destine au public (lettré), l’autre pour le compte d’autrui (souvent illettré) et destine sa prose à un particulier (administration ou correspondance personnelle). Prestataire : Dans l’administration le prestataire reçoit des services, dans le commerce le prestataire est celui qui fournit les services. Jamais veut dire une chose à jamais veut dire son contraire : « jamais jamais, jamais à jamais » est ma traduction de l’adage britannique « never never never ever ». Il ne faut pas jurer par « jamais », « à jamais » ici signifie pour toujours

Voici pêle-mêle un recueil d’expressions argotiques, très familières, ou injurieuses du parler camerounais

- Tu as déjà vu quoi !? (Tu vas comprendre ta douleur !)
- Vas m’essuyer les larmes avec une 33 (Je t’offre de m’acheter une bière, si tu veux me consoler) –On se voit (provient peut-être de l’anglais où on dit see you !) – On est ensemble (A bientôt, on se tient au courant, on se voit, c’est l’équivalent français de Keep in touch) –Banaliser ou simplifier une personne (lui manquer de considération, la sous-estimer)
- Etre lourd/peser (Avoir de l’argent « Fotso Victor est lourd »)
- La dernière valise (les plus beaux vêtements « pour son anniversaire il a sorti la dernière valise »)
- Décharger (Laisser tomber qqn « je l’ai attendu, le gars m’a déchargé »)
- Se comporter (bien agir, prendre des responsabilités « sa go est enceinte, il doit se comporter », il doit assumer)
- Tu es là depuis ? (Ça fait longtemps que tu es là ?)
- Faire le changement de FCFA1000 (changer FCFA 1000 en petite monnaie)
- Le dehors est mauvais (les temps sont difficiles)
- Dormir au premier banc (être inactif, indolent ; être apathique, sans ambition)
- On l’a attaché au village (il est victime de la sorcellerie)
- Civiliser qqn (Lui apprendre les bonnes manières par la force)
- Je l’ai allumé dur (Je l’ai frappé violemment)
- Je vais te faire ça dur (je vais te rendre la vie difficile) –Arrête-moi ça (Tiens-moi ça)
- En haut comme le RDPC (N’avoir aucun souci, être avantagé par une circonstance imprévue, expression de plus en plus désuète étant donné les difficultés grandissantes du régime en place)
- Mange la terre, je vois (Pour marquer le doute, le défi)
- Lui et moi c’est jusqu´à la gare (lui et moi c’est pour toujours)
- N´est ce pas nous sommes venus vous accompagner sur cette terre ! (Admiration mêlée de dépit)
- Je t´attends au carrefour (Je guette l’occasion de te rendre la monnaie de ta pièce. J´attends l´occasion de te faire pareil var. Je te garde dent) – Tu veux Tcham ?( Tu veux te battre ?) – Tu as ndèm ! (Tu as déçu, tu n’as pas assumé)
- Griller le mandat (avoir des échecs successifs entraînant l’exclusion de la faculté)
- Sans... ? (Pour réagir à une question jugée inopportune du fait de l’évidence de la réponse, positive. - Tu iras en boîte samedi ?- Sans ? Ou - Sans partir ?) – J’ai le moule ? (Pour souligner une évidence, même sens que « sans ? »)
- Ca me gratte (en parlant d’une démangeaison. D’où le mot, en parlant d’une urticaire : si ça te gratte démange-la et si ça te démange, gratte-la !) – Un doigt de banane
- Ne me doigte plus ! (Arrête de pointer sur moi ton doigt)
- Ne me torche pas, bordel ! (Ne m’éblouis pas avec la lumière de ta torche) –On t’a envoyé ? (C’est de la provoc ? var. Ne me tente pas !)
- Tu me souilles (Tu me fais honte)
- La pâte chocolatée (var. le chocolaté : le chocolat fondu)
- Qui me peut même ? (Qui peut oser me défier ou m’affronter ?)
- Le Camer a les dents (la vie au pays est difficile) –C’est chaud à Sochaux ou c’est chaud à Bagdad (La situation est compromise, la vie me gère, c’est la galère !) –Sinon ? (À part ça ? Ca dit quoi ?)
- Wassa-wassa, viens prendre dans ma bouche, saute tu cales en l’air, ça fait quoi à qui ? C’est ça qu’on mange ? Que lui c’est qui ?
- Chacun s’assoit, Dieu le pousse
- Quelqu’un reste sa part vient (se dit en parlant d’une provocation ou d’une situation injuste)
- Tu dis que quoi ? (Qu’est-ce que tu dis ?)
- Foiré, nguémé, tu as même quoi ? (Tu n’as pas assez d’argent, tu n’es pas lourd)
- Tu taxes à combien ? (Quel est le prix annoncé ? C’est une formule pour commencer à marchander. On parle alors de « prix taxé »)
- Sortir des cartes à qqn (Surprendre grandement, en bonne ou en mauvaise part.)
- Quitte derrière les problèmes ! (Arrête de chercher des noises, de chercher la petite bête)
- Mboutoukou, na damé for ndoss (Exhortation à la vigilance, lors des diverses transactions dans les marchés, expression popularisée par Lapiro de Mbanga. Comme dit l’adage de droit : Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude.)
- Aimer entendre ou Aimer ya (S’infatuer de soi au point de vouloir défier le bon sens. Se dit à qqn qui refuse de croire à l’issue annoncée d’une entreprise, à un fait prévisible. S’il aime ya (de l’anglais ear, entendre), s’il mimba autant c’est parce qu’il se croit sorti de la cuise de Jupiter, comme on dit en français de France)
- Avoir le gros coeur/avoir les longs yeux (Etre envieux, gourmand, maladivement ambitieux)
- L’ampoule grillée ne fia pas le court-circuit (Fia provient de l’anglais to fear, craindre. C’est une façon de se déclarer prêt à affronter n’importe quelle situation, le locuteur se fait fort d’une certaine expérience. Il est expérimenté ou estime avoir touché le fond) – Comité de liquidation
- Môf mi dé, Graf for day ! (Bouge de là)
- vendre qqn (le tuer par des pratiques mystiques) – C’est mo barat (c’est très bon, excellent) – Fimba (1. avoir peur 2. ressembler)
- La musique est sanguinaire (barbarisme proverbial attribué à l’artiste Petit Pays qui voulait signifier que son don artistique est inné, qu’il l’a dans les veines, dans le sang) – Faire la propreté (faire le ménage)
- Si tu es fatigué, combien de fois moi (a fortiori moi)
- Je vais te marier (Je vais t’épouser/me marier avec toi)
- Yvan ! Papa a besoin de toi (Papa t’appelle) – Dormir dehors (Découcher)


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