2 septembre 2014 / Mis à jour à 01:13 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
Congo - Solidarité - Cinéma - Humanitaire - Enfance - Vidéos
Le 5e épisode de "The story of" - Naomie Makosso

Cinquième volet du récit de voyage du réalisateur de Tchimbamba PN 242 avec en bonus vidéo une séquence off de ce documentaire tourné à Pointe Noire en République du Congo où l’on découvre Naomie heureuse comme un poisson dans l’eau !

(De notre correspondant)

Il y a la vie de tous les jours et je la filme tous les jours. C’est la vie de Naomie, la vie de la parcelle. Il y a cette vie de tous les jours et celle des autres jours. Des jours à nous. Que je ne montre pas. Tu ne les verras pas dans Tchimbamba PN 242, dans la vie ordinaire de la parcelle. Ici à Tchimbamba, dans la parcelle et dans la vie ordinaire on n’apprend pas l’Anglais. Mais le directeur de l’école de l’Elite de la Nation m’a prêté un vieux tableau et j’ai acheté des craies et des cahiers. J’oubliais : Et des stylos à billes. "My name is Naomie and I am thirteen years old ". Et puis, dans la cour, les plus grands sont venus. Quelques voisins aussi. J’ai acheté d’autres cahiers, d’autres stylos à billes. "Thank you very much" me dit Mama Céline. Parfois, dans la ruelle, j’entends l’anglais parlé par mes élèves studieux et c’est beautiful !

Oui. A ma façon. J’essaie d’inventer une autre vie, inventer une fenêtre un peu plus large que celle des cabanes en planche. Vingt et un juin. Fête de la musique Je remplis d’enfants la banquette arrière d’un taxi bleu. Institut Français. Naomie et les autres, sages sur les chaises au devant de la scène à l’écoute du rap de Ghetto Shaolin ou des chansons d’Achille Mouebo. Naomie et les autres, plus tard dans le soir, à danser et chanter dans le hall avec Achille entouré de ses musiciens. Et de remplir encore les banquettes arrières. Tantôt pour une glace, tantôt pour un croissant dans les endroits un peu "chic" : Le Grand Café, la Citronnelle, le Café de Paris… Tantôt chez Linda, le studio photo sur l’avenue du Général de Gaulle, pour quelques clichés souvenirs dont l’un d’eux est aujourd’hui épinglé sur le mur de ma chambre…

"Et si on allait se baigner aujourd’hui" ? Disant cela, je pensais à la Côte Mondaine, entre le village des artisans et le club nautique, là où l’océan ne présente aucun danger. Mais Mami Watta m’est sortie de la tête. Moitié femme, moitié poisson, il se dit que cette divinité mythique règne sur l’océan et porte en elle tant et tant de légendes que beaucoup de Congolais en ont peur. "Hum, alors la piscine" ? … Il faut deux taxis, deux banquettes arrières pour remplir les "ouiiiiiii" des enfants en choeurs !… Et puis j’ai oublié de tourner sept fois ma langue dans ma bouche avant de dire : "Hum, alors la piscine" ?… A Pointe Noire, la piscine est un luxe - réservé aux grands Hôtels - et moi j’ai neuf enfants à mettre à l’eau ! "Euh… 120 000 Francs CFA" ?

C’est un voyage. Deux taxis allant d’hôtel en hôtel dans les embouteillages. Il faut mettre soigneusement le clignotant lorsque prend l’envie de tourner. Il peut sembler d’ailleurs que ce soit pour la police notre seule obligation. Le reste est sans importance. Je demande au taxi driver de ralentir et de rouler un peu moins à l’arrache, si possible sur la route. J’ai neuf gosses à ramener à la parcelle ! C’est ce que je me dis au Centre de Repos le Gers, au quartier Mpita, derrière le domaine Total, où je trouve enfin une piscine à un tarif abordable mais pas vraiment. J’ai neuf gosses à ramener à la parcelle dont trois seulement savent nager ! Naomie est comme un poisson dans l’eau. Pétronie n’a que trois ans et je ne la quitte pas des yeux. Paule Grace meurt de froid et j’y laisse ma chemise. Kelly boit la moitié de la piscine et il me faut interdire aux enfants de crier pour savoir lequel pourrait véritablement appeler au secours avant de se noyer ! Oui. Je te jure que j’ai nagé ! J’ai beaucoup nagé…

Je lâche quelques crédits MTN pour phoner Mama Céline et lui demander poliment si je peux garder Naomie, Kelly, Paule Grace, Alicia, Pétronie, Cookel, Damien, Yaviche et Mickaël à dîner. Jolie et grande famille attablée dans une Nganda, près du marché de Tchimbamba sur le chemin du retour. Un morceau de poulet, un autre de pain, quelques jus partagés. Et comme un air de fête. Je te parlerai bientôt d’un tour en bateau dans la baie de Pointe Noire, des séances d’enregistrement dans le studio de fortune de Zé Gnonko, de Soeur Mervie d’Or et du Pasteur Thydo Malonga, je te parlerai encore et bientôt de la vie des autres jours. Mais je dois aller à l’école, celle de l’Institut privé Christ Roi des Rois ou encore celle de Mamikoulima où étudie Naomie. Je pars à l’école, les enfants devant, à travers les jardins, filmer la vie ordinaire, celle de tous les jours, plus vraie que nature…

Voir la vidéo "La vie des autres jours" (Pointe Noire)


lire aussi
C’est souvent, quand ce n’est pas toujours. Ca chante ! Mama Céline, les enfants, les familles, les coqs… La première fois que j’ai entendu "Sunga Ngai " c’était en décembre 2011, dans un salon de...

Paris-Angers. Je m’endors dans un train à grande vitesse qui me renvoie là où j’habite. Pas très loin du Jardin Des Plantes. Pas très loin d’une Maison d’Arrêt que j’aperçois au Printemps de ma fenêtre,...

Afrik.com offre à ses lecteurs le récit de voyage du réalisateur de Tchimbamba PN 242, film traçant le quotidien d’une jeune enfant, Naomie, là-bas dans le quartier de Tchimbamba à Pointe Noire en...

A mes frères, je dois cette chose précieuse : Le Congo ! Et cette chambre où je dors. Plongeur sous-marin, Pascal est arrivé au quartier Plateau en 1996. Du premier regard sur la première fille de...


à la une




communiqués


en bref




image du jour

dossiers

liens utiles