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France - Pan Afrique - Corruption - Justice
L’Afrique zone à haut risque pour Vincent Bolloré

Vincent Bolloré a été inculpé mercredi, après deux journées de garde à vue dans les locaux de la police anticorruption de Nanterre. L’homme d’affaire français est mis en examen pour des faits de « corruption d’agent public étranger » et complicité d’« abus de confiance » et de « faux et usage de faux », dans une enquête sur l’obtention de concessions portuaires à Lomé (Togo) et à Conakry (Guinée). L’Afrique est désormais une zone a haut risque pour le milliardaire français.

Très puissant sur le continent africain, Vincent Bolloré qui possède aussi Vivendi, maison mère de Canal+ et d’Universal Music, est dans une tourmente judiciaire sans précédent et il a été mis en examen pour des faits de « corruption d’agent public étranger », de complicité d’« abus de confiance » et de « faux et usage de faux » dans une enquête sur les conditions d’attributions de ses concessions portuaires en Afrique de l’Ouest et particulièrement au Togo et en guinée Conakry.

A l’origine de cet affaire, deux plaintes contre X déposées en 2011 et 2013 par l’homme d’affaires Jacques Dupuydauby à la suite d’une véritable guerre qui a opposé, pendant plusieurs années, le groupe français Bolloré à l’espagnol Progasa pour le contrôle du port autonome de Lomé, au Togo. En 2009 ; le conflit avait tournée à l’avantage de Bolloré quand Progosa fut accusé de fraudes fiscales par les autorités togolaises puis évincé de la gestion des activités manutentionnaires du port. Jacques Dupuydaudy, le patron de cette compagnie, considérait alors avoir été victime d’une manœuvre politique à l’approche de la présidentielle togolaise prévue pour début 2010.

Pour avoir relayé cette affaire à l’époque, Afrik.com avait d’ailleurs reçu quelques courriers des avocats du groupe Bolloré.

Le scénario est proche en Guinée où, dès son accession au pouvoir en novembre 2010, Alpha Condé avait mis fin au contrat qui liait la Guinée à la filiale du Groupe Getma qui avait un contrat de 25 ans d’exploitation du port de Conakry. A l’époque, Getma International avait dénoncé une "corruption internationale" et porté l’affaire en justice.

« L’amitié entre Alpha Condé et Vincent Bolloré est connue de tout le monde (…). Nous allons exiger la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire. Nous allons prendre tous les dossiers, à commencer par ce dernier, pour demander des explications au Gouvernement afin que la situation soit très claire. Nous irons au fond de cette affaire pour savoir si effectivement il y a eu corruption ou pas  », a par ailleurs déclaré Dr Fodé Oussou Fofana, président du Groupe parlementaire de l’opposition à l’Assemblée Nationale.

Lire les articles :
- Bataille pour le contrôle du port de Conakry
- Port de Conakry : la contre-attaque de Getma contre Bolloré

De nombreuses irrégularités avait été relevé par Getma International qui avaient demandé l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « corruption internationale ». « La corruption est un pacte : un cadeau qui répond à un cadeau  », définit Me Pierre-Olivier Sur, qui souligne les liens étroits qui unissent le groupe Bolloré à Alpha Condé, le président guinéen. « Nous savons que Vincent Bolloré a toujours été un soutien financier d’Alpha Condé quand il était dans l’opposition. C’est également le groupe Bolloré, via sa filiale Euro RSCG, qui s’est occupé de la campagne présidentielle du "professeur" en 2010 », précisait l’avocat.

C’est la précisément ce sur quoi enquête le juge Tournaire. Havas, qui appartient à Vincent Bolloré, aurait-il mené et sous-facturé les campagnes électorales de Faure Gnassingbé et d’Alpha Condé pour les présidentielles du Togo et de Guinée, en échange de précieuses concessions portuaires, de Lomé et de Conakry.

Pour les avocats du groupe Bolloré : « Les prestations relatives à ces facturations ont été réalisées en toute transparence. L’audition de ses dirigeants permettra d’éclairer utilement la justice sur ces questions qui ont fait l’objet d’une expertise indépendante qui a conclu à la parfaite régularité des opérations ».

L’Afrique, jusqu’alors source de profits importants pour Bolloré serait-elle en train de se transformer en zone de risque ? Outre l’affaire des ports au Togo et en Guinée , Bolloré est aussi inquiété au Cameroun ou sa filiale Camrail est le principal responsable du crash du train ayant fait au moins 79 morts en octobre 2016. En cause principalement une vitesse excessive et des défaillances de la société précise un rapport sur l’accident...

Enfin, en juin dernier, le Groupe Bolloré a été épinglée par des ONG pour ses parts dans la Socfin, « une holding luxembourgeoise qui pollue les rivières, bafoue les droits humains et refuse le dialogue ».



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