Kagamé vante le renouveau du Rwanda aux dépens de la France


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La journée était chargée en émotion, ce lundi, à Kigali. Cela faisait 20 ans, jour pour jour, que commençait le génocide rwandais. Des chefs d’Etat africains, le secrétaire général de l’ONU était présent à cette journée au cours de laquelle le président rwandais Kagamé a attaqué la France et célébré le renouveau de son pays.

Les cérémonies de commémoration des 20 ans du début du génocide rwandais ont débuté, ce lundi. Le président de la République du Rwanda, Paul Kagamé, a accusé la France d’avoir « contribué à l’émergence d’une idéologie génocidaire » pour mieux exalter le « renouveau » du pays.

La journée a commencé au mémorial du génocide de Gisozi, dans la capitale du pays, Kigali. Le chef de l’Etat rwandais, en compagnie de sa femme et du secrétaire de l’Organisation des Nations Unies (ONU), Ban Ki-moon, a allumé une « flamme du deuil » qui va rester allumé pendant 100 jours, qui correspondent à la durée du génocide.

« Nous aurions dû faire beaucoup plus »

La cérémonie s’est poursuivie au Stade Amaharo de la capitale rwandaise, devant 30 000 rwandais. Une trentaine de délégations étrangères, ainsi que huit chefs d’Etats africains étaient présents. Ban Ki-moon, le premier, est intervenu pour exprimer la « honte » qu’il éprouvait encore, au nom de l’ONU.

« Le génocide des Tutsi perpétré au Rwanda a été l’une des pages les plus sombres de l’histoire de l’humanité », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « nous aurions pu faire beaucoup plus. Nous aurions dû faire beaucoup plus. Les casques bleus ont été retirés du Rwanda au moment où l’on en avait le plus besoin ». Les casques bleus, 2500 soldats, s’étaient retirés au milieu du mois d’avril, alors que les massacres avaient commencé le 7 avril.

Paul Kagamé a alors pris la parole. Il a exalté « les choix du Rwanda (qui) illustrent sa capacité au renouveau ». « Il y a 20 ans le Rwanda n’avait pas d’avenir, seulement un passé », a insisté le chef d’Etat. Une fresque de plus de 500 chanteurs et acteurs a raconté l’histoire du Rwanda devant 30 000 spectateurs empreints d’émotions. La foule, en liesse, a repris l’hymne nationale du pays : « notre culture commune est notre identité, notre langue nous unit ».

La France a « contribué à l’émergence d’une idéologie génocidaire »

Le président de la République s’est ensuite attaqué au rôle de la France pendant le génocide, accusé, avec la Belgique, d’avoir joué un rôle néfaste dans l’histoire de mon pays » et « contribué à l’émergence d’une idéologie génocidaire ». « Aucun pays n’est assez puissant, même s’il pense l’être, pour changer les faits », a-t-il reproché à la France, sous l’acclamation du stade, qu’il accuse par là de vouloir changer la vérité historique, selon lui, de l’implication française.

« Ceux qui pensent que le Rwanda ou l’Afrique ont encore besoin de leur approbation pour être gouvernés comme il se doit (…) par les dirigeants que leur peuples ont choisi, vivent dans un passé révolu », lance alors le chef d’Etat, élu deux fois, en 2003 et 2010, avec plus de 90% des voix.

L’Elysée s’était déclaré « surpris » par ces attaques, d’autant qu’elles « portent sur la justice où beaucoup de choses ont été faites », rapporte Le Figaro. Un diplomate relativise alors cette sortie et ajoute : « dans les faits, on savait Kagamé capable d’une telle sortie et on se méfiait un peu. Il en a besoin ».

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