28 juin 2017 / Mis à jour à 05:45 - Paris  Newsletter  /    Alertes e-mail  /    English edition  /    Flux
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Epidémie d’hépatite E à Diffa : 876 cas suspects, dont 186 femmes enceintes hospitalisées

Au sud-est du Niger, l’épidémie d’hépatite E déclarée depuis deux mois affecte particulièrement les femmes enceintes. Parmi les 186 femmes hospitalisées au centre de santé mère-enfant de Diffa[1], 34 sont décédées des complications sévères liées à la maladie. Sur les 876 cas d’hépatite E recensés au 11 juin dernier, la majorité est issue des populations déplacées et réfugiées, au nombre de 247.900 selon les autorités. Comme la maladie se propage principalement par le biais de l'eau contaminée, l’épidémie en cours souligne les mauvaises conditions d’eau et assainissement ainsi que le manque d’infrastructures d’hygiène adéquates parmi ces populations, déjà frappées par la violence due au conflit en cours entre Boko Haram et les armées de la région.

Instabilité et manque d’infrastructures

A Diffa, où l’accès aux soins de santé a notamment été entravé par l’insécurité, le manque d’infrastructures en eau, hygiène et assainissement adéquates pèse encore d’avantage sur la situation sanitaire. Plusieurs sites au sein des camps et des communautés ne sont pas approvisionnés en eau potable de manière suffisante, laissant une partie des besoins des populations les plus vulnérables sans réponse. A cela s’ajoute un manque de latrines, en nombre et en qualité.

De l’expérience d’autres épidémies d’hépatite E en Afrique, l’épidémie en Diffa pourrait durer encore plusieurs de mois. Le nombre de cas suspects pourrait encore croitre prochainement, entre autres avec l’arrivée de la saison des pluies qui s’étale habituellement de juin à septembre. « Au vu du manque d’eau dont souffrent les populations les plus vulnérables, le risque est de voir s’installer des alternatives favorisant la propagation de l’épidémie, comme l’approvisionnement aux ruisseaux et autres points d’eau naturels formés par les pluies. Des points de collecte considérés comme potentiels vecteurs de la maladie », explique Audace Ntezukobagira, coordinateur d’urgence pour MSF à Diffa. « A prendre en compte également que ces populations ne disposent pas des ressources matérielles ou financières pour se fournir en bois ou en gaz, permettant de faire bouillir l’eau afin de la rendre propre à la consommation ».

Eau, hygiène et assainissement

En réponse à l’épidémie, l’une des priorités est le renforcement des activités en eau et assainissement. Cependant, la réponse en cours n’est pas encore à la hauteur des besoins en raison de l’insuffisance de ressources et de coordination entre les acteurs humanitaires.

Sur certains sites, force est par exemple de constater que les bidons impropres au transport de l’eau ne sont pas systématiquement collectés au moment d’être remplacés. « Cela pose un problème évident en termes de risques de propagation de la maladie, en plus de générer une certaine confusion puisque des nouveaux bidons pourraient être distribués plusieurs fois au même endroit », explique Sabiou Mansour, responsable logistique pour l’équipe d’urgence de MSF à Diffa « C’est à déplorer, tant au vu des efforts déjà fournis sur la région que de l’ampleur des besoins ».

Depuis le mois d’avril MSF a renforcé ses moyens afin de déployer en urgence des mesures d’assainissement et d’hygiène sur onze sites. Les équipes présentes sur plus de 130 points d’eau fonctionnels ont assuré la chloration de plus de 6300 m³ d’eau, le lavage de 127,300 bidons, le remplacement de près de 3400 anciens par des nouveaux, ainsi que la distribution de kits d’hygiène communautaires, incluant notamment plus de 36,800 savons.

Pour Sani Toubomrabo, chef de communauté nigérian installé à Garin Wazam, « L’eau chlorée que nous ramenons à la maison est utile pour éviter de tomber malade, c’est pour cela que nous collaborons avec les agents présents sur les points d’eau ».

Prise en charge des patients

La réponse à l’épidémie prévoit également la prise en charge gratuite des patients dans les structures sanitaires au niveau des communautés et leur référencement dans les hôpitaux pour les cas présentant des complications.

Les équipes de MSF soutiennent à ce titre les autorités sanitaires avec des moyens humains et matériels qui ont été déployés afin de faire face à la situation. En plus du traitement médical, les patients affectés par l’hépatite E bénéficient de soutien psychologique. L’organisation assure également l’accompagnement technique du personnel de santé dans les structures dans lesquelles elle intervient afin d’assurer une prise en charge gratuite et de qualité des malades. Une diminution de la mortalité a d’ailleurs été enregistrée parmi les femmes souffrant de complications graves liées à la maladie ayant eu accès au centre de santé mère-enfant de Diffa.

Sensibilisation au cœur de la communauté

Des activités de promotion de la santé au niveau des structures de santé et de la communauté ont également été mise en place par MSF. A ce jour, près de 32,000 personnes ont été sensibilisées, en ce compris les patients et les membres de leur famille. En parallèle, MSF assure la recherche active des cas au sein des villages, qui a déjà permis le référencement de plus de 400 personnes vers les centres de santé.

MSF à Diffa

Depuis fin 2014, MSF travaille dans la région de Diffa pour aider les personnes fuyant la violence liée à la présence du groupe Boko Haram et à l’intervention militaire dans la région. MSF assure une assistance médicale et psychologique gratuite dans sept centres de santé de la région. De plus, l’organisation soutient l’approvisionnement en eau potable, l’installation de latrines et la distribution d’articles essentiels dans plusieurs villes et lieux où se sont rassemblées des personnes déplacées, réfugiées et rapatriées.

En outre, MSF soutient le ministère de la Santé dans deux hôpitaux : l’hôpital Nguigmi et le principal centre de santé maternelle et infantile de la ville de Diffa. Dans les deux hôpitaux, MSF travaille dans les unités de santé reproductive et pédiatrique, et offre un soutien en santé mentale. À l’hôpital de Nguigmi, l’équipe traite également des enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère.

[1] Du 02 janvier au 11 juin 2017

Distribué par APO pour Médecins sans frontières (MSF).


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