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International - Histoire - Musique - Autre Afrik
Des griots d’Afrique au hip hop – Sons échos et résonnances de l’océan (II)

J‘ai eu l’agréable surprise que la première partie de cet article se trouvait déjà publiée en France sur Afrikblog du frère africain Guy Mbarga. Cela m’a encouragé à éditer cette deuxième partie qui se propose d’aller en profondeur sur d’autres aspects qui continuent de mettre en évidence la présence afro dans des courants populaires comme le Hip Hop.

Peut-être que la forme musicale présentée par l’héritier du Jazz serait un bon point de départ. Le système question-réponse, si évident dans la musique traditionnelle africaine semble être présent dans les improvisations des poètes du rap. En Afrique de l’ouest, les troubadours (Griots) étaient les gardiens de l’histoire culturelle. Leur folklore de chanson parlée donna naissance aux arts verbaux aux États-Unis. Ces troubadours présentaient une oraison que la communauté répétait en chœur (système de l’antiphonie).

Dans le hip-hop, chaque mesure est envisagée comme une réponse qui trouve sa réponse dans la mesure suivante.

On trouve un autre exemple significatif dans la musique sacrée du Candomble, l’Abacuà, et d’autres expressions religieuses afro-américaines.

Alors que j’examinais du matériel de terrain et des archives audio pour le séminaire, j’ai trouvé quelques aires musicales de cumbias et de caderonas qui présentaient tellement de résonnances originaires qu’elles rappelaient les côtes de l’ancien Kétou (Nigeria, Bénin, Togo actuels). Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire…

Comme on l’a déjà vu plus haut, il est possible d’aller dépister les origines du hip-hop dans les tambours et les chants de griots de la côte ouest Africaine. La musique parlée est arrivée avec les embarcations emplies d’hommes et de femmes séquestrés des siècles auparavant. Le rap, comme le fut également le worksong, appartient à cette catégorie, et ce n’est pas fortuit. La culture yoruba a eu une grande incidence en Amérique, et précisément sa langue, comme d’autres originaires de l’Afrique, c’est une langue à tons.

C’est justement le fait musical qui définit significativement les concepts. Un même mot prononcé à diverses hauteurs peut des fois catégoriquement en changer le sens. Les accents fonctionnent avec une relation avec le 3e degré en mineur et dans certains cas l’intervalle entre les accents est pentatonique.

Ainsi, le rap, en tant que musique parlée a un fort héritage musical qui évoque le langage même de la culture yoruba.

Un autre paramètre de la musique qui unit les deux rives de l’Atlantique est la fonctionnalité. Dans les cultures originaires de l’Afrique subsaharienne, la musique fonctionne comme langage humain. C’est-à-dire qu’il n’est pas nécessaire d’être musicien, ni de montrer de grandes habiletés dans l’exécution d’un instrument sophistiqué. Storm Roberts indique dans son livre “La música negra afroamericana” qu’une fois, un homme rentra d’un long voyage pour retrouver sa famille et dans la partie la plus passionnante de son récit (de voyage) il se mit à chanter. Le but de la musique est plus éthique qu’esthétique.

L’important semblerait être la participation communautaire, le langage musical fonctionne comme un véritable lien social. Il y a une musique spécifique pour le travail de la terre, une autre pour le mariage, une pour chanter la tombée de la nuit, et encore une autre pour recevoir le jour. Pour chaque événement de la vie, il y a une chanson.

Une chanson est attribuée à chacun à sa naissance. Cette chanson se répète à chaque moment important de sa vie. Si cette personne fait une faute grave, toute la communauté se réunit pour lui chanter sa chanson personnelle et ainsi lui rendre sa bonté originelle. Cette fonctionnalité holistique semble être présente dans le genre néoafricain. Dans le Hip Hop, la musique fonctionne également comme une forme de communication sociale, que ce soit pour communiquer une revendication sociale comme pour faire face aux adversités. Il n’importe pas tant que le MC chante de façon très juste, mais beaucoup plus qu’il soutienne l’idiosyncrasie de cette culture populaire qui chaque jour fait de plus en plus incursion dans le monde globalisé.

Pour conclure ces réflexions que nous essayerons d’approfondir, on peut penser que l’idée du fait communautaire est également un paramètre commun aux deux cultures. La tradition du Griot est héritée et l’idée de la famille est en général si forte que dans certaines nations traditionnelles, le mot pour nommer la communauté est le même que pour dire “moi” : Emi. Cette idée du fait communautaire se présente d’une manière très significative dans les “familles” du rap, elles ont leurs hiérarchies qui s’affichent avec une bijouterie prodigieuse, des cérémonies initiatiques, et dans certains cas se manifeste par des accords d’amitié entre bandes. La participation communautaire s’avère fondamentale non seulement pour le système de l’antiphonie de la musique yoruba, mais elle est également la pierre centrale du Hip Hop - héritier du Jazz - dont l’ancêtre se trouve sur la côte ouest de l’Afrique subsaharienne.

Lire aussi la première partie de l’article : http://m.afrik.com/des-griots-d-afr...


Par Prof. Fabio Sambartolomeo, Traduction : Guy Everard Mbarga Article original publié en décembre 2006



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