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Coupable d’avoir été violée, le livre témoignage de Meriem Ben Mohamed
Rencontrée dans un café parisien très chic, la jeune tunisienne dont la vie a basculé dans la nuit du 3 au 4 septembre 2012 à Ain Zaghouan, non loin de Tunis, revient sur son histoire et en relate les faits tels qu’elle les a vécus. Identifiée sous le pseudonyme « Meriem Ben Mohamed », cette jeune femme de 28 ans nous livre son calvaire dans Coupable d’avoir été violée.

Sorti dans les librairies le 25 avril dernier et coécrit avec Ava Djamshidi, Coupable d’avoir été violée retrace le calvaire de Meriem, la jeune tunisienne violée par deux policiers début septembre 2012. Dans ce livre témoignage, elle soulève et met en exergue les maux de la société tunisienne. Le rapport à la sexualité ; la frustration et la violence qu’elle génère, l’honneur, la virginité de la femme ou encore l’absence de liberté et l’omniprésence d’un système patriarcal sont esquissés dans ce témoignage poignant.

Perruque et casquette posés sur la table, Meriem livre en détail ses allers et venues dans les commissariats de la capitale, les réflexions ô combien épouvantables et les nombreux refus auxquels elle a dû faire face, dans le cadre de la prise en charge d’une victime pour un cas de viol. Elle décrit minutieusement le parcours du combattant qu’elle a accompli pour pouvoir être enfin écoutée et prise au sérieux.

Un livre, une histoire

La révolution a aggravé la situation autant dans le comportement des hommes que dans celui des policiers. Les insultes fussent dans la rue si une femme refuse les avances d’un homme. Elle insiste sur la corruption policière en Tunisie. « Ils se croient au-dessus des lois ! », fustige-t-elle, la colère dans la voix. La soif d’argent ne suffit plus aujourd’hui, le pouvoir des hommes est formulé différemment. Même si la Tunisie a toujours connu des affaires de viol, reconnait Meriem. « Ennahda a un rôle colossal dans l’actuelle Tunisie, violente et meurtrière. Leur volonté semble être la réduction de la femme à l’image qu’on s’en faisait au Moyen Age. Ils sont pires que Ben Ali ».

« J’avais besoin de donner l’exemple aux autres femmes qui restent murées dans le silence. Qu’elles voient elles-mêmes que ma force n’a pas diminué mais au contraire amplifié. J’ai refusé tout médicament : je voulais et je veux m’en sortir par moi-même et être forte avec ce que Dieu m’a donnée ». Elle ajoute que « la loi du silence est la garantie de leur impunité » c’est pourquoi il faut réagir et dénoncer ce qu’on subit.

Elle soulève un véritable décalage entre le crime commis et le questionnement de la population. De nombreuses questions lui viennent à l’esprit : que faisait-elle en pleine nuit dans une voiture avec un homme ? était-elle mariée ? Vierge ? De mœurs légères ? De bonne famille ? « Ces questions n’ont pas lieu d’être ! », souligne Meriem, en pointant du doigt l’hypocrisie latente de la société tunisienne. Deux personnes, en l’occurrence des policiers, ont délibérément et sexuellement abusées d’elle. Ceci se nomme un viol. Et Meriem a été victime de viol dans la nuit du 3 au 4 septembre 2012, et ce à plusieurs reprises. Point à la ligne. « Un viol reste un viol et il doit être vu comme tel aux yeux de tous », rappelle-t-elle fermement.

Un cri contre l’impunité

« Je pense tout le temps à ce qui s’est passé. Je ne pourrai jamais oublier », dit-elle, le regard fuyant et les larmes qui ne demandent qu’à couler. La seule chose qu’elle exige est « qu’on me rende justice ! ». Le soutien de son fiancé, de sa sœur, des associations tunisiennes, du comité d’avocats dans lequel collaboraient Basma (Khalfaoui) Belaïd, Radhia Nasraoui et Emna Zahrouni comme celui des gens « m’encouragent à continuer le combat », confie la jeune tunisienne, le sourire aux lèvres. « Ce qui a engendré le soulèvement de la population tunisienne, en particulier, est le fait que ceux qui m’ont agressée sont ceux-là même qui sont censés me protéger. Et que la plainte se soit retournée contre moi après ».

« La justice en tant que telle est impossible dans mon pays. La justice ne s’est réellement intéressée à mon cas que lorsque les médias se sont emparés de l’affaire. Ça a été également le cas pour la fillette violée dans un jardin d’enfants ! Malgré la plainte que les parents ont déposée, les autorités tunisiennes n’ont pas levé le petit doigt. C’est qu’une fois que la mère de la fillette de trois ans a contacté la presse que la justice, pour garder la face, a réagi. Si mes agresseurs finissent par être condamnés, je ne devrais cette issue qu’à la population, les associations et les médias nationaux et internationaux qui n’ont cessé de faire pression ». D’un coup, son regard se noircit, la détermination demeure évidente et palpable, Meriem Ben Mohamed confirme ses récents propos et affirme que ; « Oui je les tuerai si la justice de mon pays ne fait pas son travail ».

Partir, un besoin ?

« Aujourd’hui, quitter la Tunisie est la seule solution qui se présente à moi. La Tunisie, que j’aimais tant, est devenue pour moi un endroit irrespirable. Mon quotidien ne cesse d’exposer à ma face les vestiges du passé. Chaque lieu regorge de souvenirs. Parfois très douloureux. Il y a aussi la peur des représailles de la part des familles des policiers qui me guette. Je crains pour ma vie, celle de ma famille. Je ne voudrais pas leur créer davantage de souffrance. Partir me permettra de me reconstruire tout doucement. Avec un nouveau décor, de nouvelles personnes, d’autres mentalités, un accès à la liberté, etc. Mais cette nouvelle vie n’est envisageable qu’au moment où mes agresseurs croupiront en prison ».

« Lever le voile sur mon identité n’est pas chose aisée ! Je ne sais pas si un jour je finirai par révéler mon identité. Cette révélation pourrait m’être fatale. Autant que le jugement permanent des autres qui m’est difficilement supportable de jour en jour ».

Témoigner, en plus d’être un exutoire sans pareil, est un moyen de donner espoir à toutes les femmes qui ont subi des agressions sexuelles. Sortir du silence est ainsi primordial pour changer les comportements et les mentalités de la société tunisienne où la tradition fait loi afin que la femme tunisienne ne soit plus coupable d’avoir été violée.


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Le procès des trois policiers accusés de viol en septembre 2012 a été reporté au 13 février.


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