21 décembre 2014 / Mis à jour à 17:09 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
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Cirque mandingue de Guinée, un show enchanteur

Depuis 2010, les dix acrobates du Cirque mandingue de Guinée sillonnent le monde, enchantant le public avec des acrobaties qui donnent le tournis. Ils ont à nouveau réitéré leurs prouesses techniques vendredi soir, au Cabaret sauvage, à Paris, sur des sonorités musicales africaines aux rythmes endiablés.

« Oh non c’est déjà fini ! » rouspètent certains spectateurs, qui en redemandent. Ils n’ont en effet pas vu passer le temps ce vendredi soir au cabaret sauvage, à Paris, tant les prouesses techniques des dix acrobates du Cirque mandingue de Guinée les ont époustouflés ! Ces derniers n’ont pas fait les choses à moitié et rien laissé au hasard. Le spectacle, intitulé "Foté Foré", est calibré au millimètre. Mais ce n’est pas pour autant qu’on ne fait pas place à l’improvisation et à la spontanéité. Une authenticité qui donne du charme au show rythmé. La magie opère tout au long du spectacle, sous le regard d’un public ébahi. Les jeunes guinéens ont plusieurs cordes à leur arc. Ils arborent plusieurs rôles. Tantôt acrobates, tantôt danseurs, tantôt musiciens. Ils multiplient les voltiges, les pas de danse athlétiques, les chants en cœur, aux rythmes des tambours, balafons, et koras. La salle vibre, face à un spectacle mordant, plein de vie.

L’euphorie du public, d’où les rires récurrents d’une petite fille attirent particulièrement l’attention, cesse lorsque la danseuse Fatou Sylla, la seule femme du groupe, effectue une danse sensuelle au milieu de trois hommes aux torses nus, en deuxième partie du spectacle. La musique qui accompagne sa prouesse est très lente. Un silence de mort s’installe dans la salle. Le moment est presque mystique. Celle qui a le rythme dans la peau ne fait plus qu’un avec les spectateurs, qu’elle entraine dans son univers. Ces derniers sont conquis. Le charme de la jeune femme de 20 ans a opéré. « Ce moment du spectacle est très important car Fatou Sylla a un rôle de premier plan, même si c’est la seule femme de la troupe », selon le producteur du spectacle, Richard Djoudi, qui regarde en souriant un public heureux, à la fin de la représentation. « En Guinée, c’est très rare qu’une femme danse d’une façon si intime avec les hommes, ce n’est pas habituel, rappelle-t-il. On voulait raconter cette réalité dans le spectacle ».

De la rue aux acrobaties

Derrière leur joie de vivre à toute épreuve, les acrobates du Cirque mandingue de Guinée ont une histoire douloureuse. La plupart est orpheline ou issue de la rue. Encadrés par Yamoussa Camara, le maître d’orchestre de leur spectacle, ils effectuent leurs premières acrobaties sur les plages de Conakry, où ils s’entrainent jour et nuit. « J’ai encadré ces jeunes pour les aider à avoir un avenir meilleur », explique-t-il.

Félicité chaleureusement par des spectateurs quittant le Cabaret sauvage, Yamoussa, prénommé Junior, est lui-même un enfant de la rue. Son père est décédé lorsqu’il avait 9 ans. Livré à lui-même, l’homme au regard déterminé fait ses premiers pas dans les ballets en tant que danseur avant d’intégrer l’univers du cirque grâce au producteur français Laurent Chevalier, qui l’aide à intégrer une école en France. De retour en Guinée, il pousse ses jeunes prodiges à s’entrainer davantage. Jusqu’au jour où, ces derniers tous âgés de moins de 20 ans, sont repérés par Luc Richard, conseiller cirque pour le Festival culturel panafricain d’Alger en juillet 2009. Il leur propose de monter un spectacle pour participer à l’évènement. « On a tout de suite cru en eux, tant ils ont du talent. Ce spectacle n’a rien de technologique. Il a été concocté à l’état brut. C’est important pour nous qu’il soit authentique », selon Richard Djoudi.

« A travers ce spectacle, nous célébrons la culture africaine », renchérit Yamoussa. « Nous ne mettons pas en scène uniquement la culture mandingue. Nous faisons aussi référence au Nigeria, Ghana, Cameroun… », souligne le jeune homme fougueux, aux grands éclats de rires. Il croit en ses « enfants ». Aujourd’hui, il a atteint plusieurs de ses objectifs : le spectacle est très apprécié du public, les dates de représentations se multiplient. Mais il veut aller plus loin. Il rêve de créer une école de cirque africaine que tous les amoureux d’acrobaties pourraient intégrer. Ce projet est sa raison de vivre. Ils comptent sur les retombées de son spectacle pour le concrétiser. Objectif, que beaucoup d’autres acrobates africains puissent enchanter le public à travers des shows rythmés.


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