23 avril 2014 / Mis à jour à 08:37 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
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Les receleurs en politique

La transparence n’est pas encore l’évidence. Quand en effet on aura tout dévoilé, il faudra encore tout justifier. Ce que la transparence montre, c’est que tout a priori est légal, « normal », propre ; ce qu’elle ne dit pas, c’est si certaines pratiques sont morales, si elles sont seulement exemplaires. Les hommes politiques reçoivent trop de « cadeaux » : voyages tous frais payés au soleil, en première classe ou dans des avions nolisés (non commercial ou privé), conférences grassement payées, déjeuners d’affaires, objets d’art, plaquettes de diamants, pierres précieuses... bref des cadeaux diplomatiques de grande valeur, chargés de très très beaux symboles(£, $, €, XAF).

C’est trop de bizarreries dans les relations diplomatiques des chefs d’État africains avec la classe politique française ! Dans une grande une et un gros dossier, L’Express qualifiait récemment les ténors de la politique française d’hypocrites (N° 3228 du 15 Mai). De plus en plus, du côté de l’Afrique qui n’en finit pas d’ouvrir les yeux sur le fonctionnement du monde, ils sont vus comme des receleurs. Tout se tient, ils sont hypocrites parce qu’ils ont des choses, en recel, à ne pas déclarer, voilà tout.

Au Canada, tout cadeau à un titulaire de charge publique, d’une valeur supérieure à 1000 dollars est « confisqué » au bénéfice de la collectivité. Quant à la valeur du cadeau, il fait l’objet d’une expertise d’un commissaire aux conflits d’intérêt et à l’éthique. Dans la surenchère de courtoisie et les exigences du protocole à la fin des rencontres au sommet qui ont lieu dans les capitales africaines, les cadeaux doivent être purement et simplement interdits, c’est-à-dire, au minimum, refusés ou assortis de déclarations publiques concernant la contrepartie de ces cadeaux ou les services dont ces cadeaux sont la contrepartie.

La mystique du Cadeau en politique françafricaine

Le Gouvernement français lui est tout à fait en faveur de la perpétuation du système des « petits » cadeaux, il les apprécie particulièrement pour tout dire. Puisque la circulaire souvent citée de François Fillon, du 18 mai 2007, a pour objet « gestion des cadeaux offerts aux membres du Gouvernement et à leur conjoint ». Voilà ce qui au pays de la transparence et de la normalité, encore aujourd’hui, tient lieu de référence : « les cadeaux offerts aux membres du Gouvernement(…) sont, pour leur auteur, la manifestation de la volonté d’honorer la France ». Il se lit ici comme une manifestation de la volonté, chez l’ancien premier ministre français, d’ignorer (c’est une honte) ou de taire (c’est un crime) les vraies intentions des auteurs de ces cadeaux.

Quant à l’argument qui consiste à invoquer la tradition et l’hospitalité africaines pour justifier les mallettes pleines d’argent ou le pillage de notre patrimoine artistique au bénéfice de personnalités étrangères, il ne vaut rien. Il s’agit d’une tradition qui est en train de se créer, les États africains n’étant pas une histoire millénaire de rapports diplomatiques avec l’Occident... Et cette « tradition » en train de se créer est mauvaise, cette formule d’hospitalité malsaine.

En 2009, le président Abdoulaye Wade, au lieu d’offrir une valise contenant 133.000 euros en liquide à Alex Segura, aurait pu arroser de cette manne les jeunes poètes dakarois pour qu’ils composent des odes au banquier du FMI qui méritait à ce point des cadeaux ! Pourquoi le président Biya n’offrirait-il pas à ses distingués hôtes l’œuvre complète de Calixthe Beyala, qu’il va décorer cette année de l’ordre national suprême ? Un livre, c’est une attention inestimable. Un livre d’un auteur « national » plutôt qu’un objet d’art, dont la valeur n’est jamais sue au moment du don, c’est plus transparent et plus juste. Don ? Prenons à notre compte ce lapsus, parce qu’il s’agit bien de dons.

Alassane Ouattara remercie Claude Guéant d’avoir pilonné à basse altitude le palais présidentiel d’un État souverain, il lui offre en conséquence un cadeau. La valeur du cadeau, forcément, devait être à la hauteur de l’audace française. La France doit plutôt se réjouir qu’un tel cadeau soit retrouvé dans les affaires personnelles de Guéant plutôt que dans le mobilier national. Cela dit...

Vu d’Afrique, Claude Guéant est victime d’un acharnement judiciaire...bien mérité !

Le Canard Enchaîné est coutumier de la révélation des cadeaux de dictateurs ou des plus acceptables chefs d’Etat africains aux dirigeants français. Que l’on se souvienne de ses articles sur les cadeaux de Bokassa à Valery Giscard d’Estaing. Le très controversé Robert Bourgi, présenté comme un « avocat et pilier de la Françafrique » a lui aussi fait suffisamment de déclarations tendant à établir que plusieurs dirigeants français successifs ont reçu des fonds occultes de la part de leurs homologues africains.

Claude Guéant, croyait-on, était visé dans le cadre des enquêtes visant le financement par la Libye de la campagne de Nicolas Sarkozy... D’abord il y a eu ces sommes faramineuses thésaurisées et découvertes chez lui, l’explication plausible mais manifestement fausse d’une vente d’un tableau, sans être acceptable était presque acceptée. C’est exactement le genre de choses qui tout en étant blâmables sont vite pardonnées parce qu’elles constituent un sport national français. Ensuite, et maintenant, les sommes incriminées sont de plus en plus ridicules : 25,000 euros suspects en provenance de Jordanie.

Qu’est-ce que c’est que donc 25.000 euros (F.CFA 16,000,000) pour un ministre français ? Assez pour traîner l’honneur d’un ancien représentant français dans la boue ? Qu’est-ce que c’est 25,000 euros à l’échelle d’une campagne présidentielle ? Un indice peut-être, mais si on se met à révéler des sommes de 25,000 euros, c’est peut qu’il n’y a plus rien à se mettre sous la dent.

On s’attarde, en France, sur les personnes, alors que le système est en cause, et que la justice de la république devrait carrément attaquer l’État français au lieu de dissocier les fautes personnelles des ministres des gouvernements auxquels ils sont solidairement liés. Quand il s’agit de défendre des idées qu’ils ne partagent pas personnellement, les ministres sont tenus à ce devoir de solidarité, au moment de leur chute, la solidarité ne joue plus, c’est pour les juristes un vrai défaut de parallélisme des formes.


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