Le Canard Enchaîné, dans sa livraison du 20 avril, explique que les autorités tunisiennes auraient ordonné en 1997 à des dizaines d’entreprises du pays d’acheter 10 500 actions de l’hebdomadaire Jeune Afrique, alors en difficulté financière. Mohamed Jeri et Mohamed Jegham, deux "ministres conseillers" du président Zine El Abidine Ben Ali, auraient fait le tour des entreprises du pays. 41 patrons auraient obtempéré. Sollicité par l’hebdomadaire satirique, Béchir Ben Yahmed, patron fondateur de Jeune Afrique, a reconnu avoir fait appel à des chefs d’Etat africains pour augmenter le capital de son magazine, mais a tenu à apporter quelques précisions. "Dans des régimes dictatoriaux, tout est entre les mains du pouvoir. On ne peut pas démarcher des actionnaires privés comme ça et passer par-dessus la tête des dirigeants. Ils le prendraient très mal. Alors ce sont les dirigeants qui s’occupent de ça", a-t-il expliqué. Néanmoins, le chef du groupe de presse a nié que ces pratiques aient pu avoir des effets sur l’indépendance de Jeune Afrique. "Cela n′a rien à voir. Mais, c′est vrai, les Etats souhaitent mettre leur grain de sel dans tout ça, je n′en disconviens pas", a-t-il concédé.