Bataille de communication au Gabon


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Après la proclamation des résultats de l’élection présidentielle gabonaise, par la Commission électorale nationale autonome et permanente (CENAP) et annoncée par le ministre de l’Intérieur, le mercredi 31 août 2016, déclarant le candidat Ali Bongo Ondimba élu président de la République du Gabon avec 49,80% de suffrages exprimés, le peuple gabonais est désormais soulagé. Une très forte pression vient de tomber. Celle d’une attente insoutenable de ces résultats. Malheureusement, ceux-ci ont ouvert la voie à une situation chaotique dans laquelle vient de se plonger le Gabon. Pour combien de temps ? Nul ne le sait. Pour l’instant, la situation semble se normaliser en ce qui concerne les violences.

La nuit du mercredi au jeudi 1er septembre 2016 a été très mouvementée. Les rues de Libreville et de plusieurs autres villes de province, dont Port-Gentil se sont transformées en théâtre d’affrontement entre des personnes qui contestent la victoire d’Ali Bongo et les forces de défense et de sécurité. Les Gabonais se sont réveillés le jeudi 1er septembre avec des images de guérilla urbaine sur toutes les chaînes de télévision du monde. Comme en 2009, lors de l’élection présidentielle, le Gabon est à nouveau possédé par « les forces démoniaques de la violence et de la destruction », comme le disent des Gabonais interrogés. L’Assemblée nationale a été brûlée et pillée.

« Des étrangers parmi les manifestants au Gabon »

D’autres symboles de l’Etat que les médiasr, le même jeudi matin, ont subi également des tentatives de destruction par des individus que le ministre de l’Intérieur, qualifie « d’assaillants », parce que pour lui, « des militants et sympathisants politiques ne peuvent s’adonner à ce genre de destruction, et parce qu’ils possèdent des armes de guerre de différents calibres, qu’ils ont utilisées contre les forces de l’ordre ». L’hôtel de ville de Libreville et un commissariat ont été également incendiés, plusieurs véhicules brulés, des immeubles et des habitations, des hôtels etc…ont été vandalisés, pillés et brûlés. Selon le ministre de l’Intérieur, qui a échangé avec la presse nationale et internationale à la présidence de la République, l’après-midi du jeudi 1er septembre, (après le point de presse du Président Ali Bongo), ces « assaillants ont un comportement contraire à ce qu’on devrait voir dans une démocratie ». Le Sénat et la radiotélévision gabonaise ont subi également des tentatives d’incendie, mais des véhicules ont été brûlés au Sénat. Ces manifestants ont aussi pillé de grands magasins, des épiceries, des boutiques, des entreprises et certains d’entre eux ont été incendiés. Le boulevard triomphal de Libreville a été un véritable champ de bataille. Le journal gouvernemental L’Union a été également saccagé et brûlé. A l’intérieur du pays, notamment à Port-Gentil, des véhicules, des marchés, des magasins et des bâtiments publics ont été vandalisés, pillés et brûlés. Le ministre de l’Intérieur répondant aux questions de la presse, a affirmé « qu’environ 1 000 individus sont arrêtés par les forces de l’ordre et de sécurité et parmi eux, il y a plusieurs personnes de nationalité étrangère ». Par contre, le ministre n’a pas répondu à la question sur le sort réservé à ces personnes aux mains des forces de l’ordre, question posée par une journaliste étrangère. Il a aussi omis de dire que des véhicules des forces de l’ordre et de sécurité ont été vus par des journalistes avec plusieurs marchandises provenant de magasins pillés au même titre que des manifestants transportant des ordinateurs, imprimantes, télévisions etc. dans des brouettes.

Accusations de fraude qui sèment le trouble dans les esprits

En fin d’après-midi, toujours le jeudi 1er septembre, tous les médias nationaux et internationaux étaient donc conviés au palais présidentiel pour une conférence de presse par le chef de l’Etat. Le Président Ali Bongo a d’abord déploré les trois victimes (Aujourd’hui, cinq morts) et de nombreux blessés, suite à ces affrontements entre les forces de l’ordre et de sécurité et ces manifestants qui en réalité se proclament militants du candidat Jean Ping. Selon eux, « ils ont manifesté pour contester la victoire du candidat Ali Bongo aux dépens de leur candidat, Jean Ping ». Le Président élu, qui attend donc la confirmation de son élection par la Cour constitutionnelle du Gabon, a dit aux médias que « la démocratie s’accommode mal de la prise d’assaut d’un Parlement. Il a aussi dit, « j’ai beaucoup de respect pour les règles démocratiques, voilà pourquoi j’ai moi-même demandé la venue au Gabon de 1 200 observateurs internationaux… Je n’ai pas voulu intervenir dans quoi que ce soit dans le processus électoral etc… J’ai beaucoup de respect pour la démocratie qui est difficile à mettre en œuvre. Beaucoup de nations s’y attèlent depuis de nombreuses années et y travaillent toujours… ». Pour lui, les gagnants de cette élection présidentielle « sont les 1 800 000 Gabonais » avec qui il va travailler pour développer le Gabon. Et les perdants « sont ces groupuscules qui veulent détruire le pays ». Il a également félicité et encouragé les forces de l’ordre et de sécurité qui font un travail difficile pour maintenir l’ordre public dans le pays et rétablir la paix au Gabon.

Des partis politiques de l’opposition se rallient à Ali Bongo

En fin d’après-midi, le candidat Jean Ping, a lui aussi convié tous les médias nationaux et étrangers à son quartier général au quartier du Charbonnage à Libreville. Il s’est dit « vainqueur de cette élection présidentielle et a le soutien de la France, de l’Union Européenne et des Etats-Unis qui demandent le recomptage des voix, bureau par bureau afin de faire la lumière sur les résultats de cette élection présidentielle ». Jean Ping a également évoqué des cas de corruption de ses propres représentants dans certains bureaux de vote, notamment dans la région natale d’Ali Bongo Ondimba, dans le Haut Ogooué, à qui « on a donné beaucoup d’argent ». Le problème, c’est que ces représentants de Jean Ping, qui ont fait une déposition devant un huissier de justice, disent dans ce document, « avoir reçu de l’argent (plusieurs millions) de personnes dont ils ignorent les noms, qu’ils ne connaissent pas et dont ils ne se rappellent pas les visages ». Ces propos ont donc semé beaucoup de troubles dans l’esprit des journalistes et sont utilisés par le camp d’Ali Bongo contre ces accusations de Jean Ping. Concernant les résultats d’Ali Bongo dans sa région, qui sont contestés, les Occidentaux oublient aussi de demander également le recomptage des voix dans les bureaux de vote dans la région de Jean Ping, qui a eu aussi un score très élevé dans ces bureaux de vote. Dans la soirée, un groupe d’opposants constitué de quinze partis politiques de l’opposition a également réuni toute la presse pour une conférence. Leur porte-parole, Bonaventure Nzigou, a déclaré que ces quinze partis politiques de l’opposition « reconnaissent la victoire d’Ali Bongo » et « se rallient à lui » en le félicitant pour « cette brillante réélection ». C’est donc une sérieuse défection des soutiens politiques de Jean Ping qui peut être déterminante pour la suite du bras de fer entre ces deux rivaux politiques.

Le lendemain vendredi 2 septembre, l’ancien Premier ministre d’Ali Bongo, Raymond Ndong Sima, candidat à cette élection présidentielle convie à son tour les médias pour un point de presse à l’hôtel Radisson de Libreville. Pour lui, « cette élection a été mal préparée et a pour conséquence ces violences postélectorales qui divisent les Gabonais ». Il dit aussi : « j’ai donc déposé un recours en annulation auprès des autorités compétentes, pour faire annuler ces résultats qui donnent Ali Bongo vainqueur ». Dans la journée de vendredi 2 septembre, le ministre gabonais des Affaires étrangères a reçu les ambassadeurs de France, des Etats-Unis, de l’Union Européenne, de Côte d’Ivoire et du représentant des Nations-Unis pour échanger avec eux sur la situation chaotique au Gabon.
Le lundi 5 septembre, les choses semblent s’accélérer dans le camp du Président élu. Les médias sont à nouveau conviés pour une conférence de presse animée par le porte-parole d’Ali Bongo, Alain Claude Bili By Nzé et du ministre de l’Intérieur pour parler des mercenaires et hacker ivoiriens arrêtés par les forces de l’ordre et de sécurité. Le dispositif sécuritaire est encore plus allégé. La vie reprend progressivement dans toutes les provinces du pays, mais surtout à Libreville, où toutes les caméras du monde sont braquées. Les banques, administrations et sociétés ont ouvert leurs portes pour le plus grand bonheur des Gabonais.
Dans la soirée, certains maquis, bars et restaurants ont commencé à ouvrir. On a pu voir plusieurs jeunes attablés dans ces lieux de vie. Bien entendu, les conversations tournaient principalement autour de ces évènements dramatiques qui ont endeuillé le Gabon. Les boulangeries ont rouvert leurs portes, créant de très longues files d’attente pour refaire des approvisionnements en pain. Le samedi matin 3 septembre, le dispositif sécuritaire à Libreville a été allégé. La vie recommence tout doucement à se remettre en mouvement, pour le bonheur des populations. Mais l’internet est toujours interrompu afin de limiter les informations sur les réseaux sociaux.

Héritage d’Oumar Bongo menacé

Pour l’heure, Libreville, Port-Gentil et les principales villes du Gabon sont encore bouclées et sous contrôle des forces de l’ordre et de sécurité gabonaise, mais de manière moins visible. Les ambassades et consulats demandent toujours à leurs ressortissants de ne pas sortir de chez eux. Les vols des différentes compagnies aériennes sont fortement perturbés. Plusieurs sont annulés. La tension reste toujours vive sur le terrain et de nombreuses tractations s’activent au niveau national et international pour trouver une voie de sortie honorable pour sauver la démocratie au Gabon et rétablir la paix entre les populations. Malgré cela, la vie reprend au Gabon. D’autres partis de l’opposition s’apprêtent à leur tour à reconnaitre la victoire d’Ali Bongo, de manière à isoler progressivement Jean Ping. Les propos de la France contre Ali Bongo, semblent également plus mesurés. La paix qui est considérée comme « le précieux héritage » laissé aux Gabonais par le Président Oumar Bongo Ondimba à son peuple, est aujourd’hui menacée par ses propres héritiers, son fils Ali Bongo et son ancien gendre Jean Ping. Ce dernier considère aujourd’hui, que « les Bongo ont toujours triché pour se maintenir au pouvoir depuis près d’un quart de siècle… et que les rats et les cafards quittent désormais le Parti démocratique gabonais (d’Oumar Bongo) pour le rejoindre », alors qu’il fût membre de ce parti politique et à maintes reprises, ambassadeur, directeur de Cabinet et ministre d’Oumar Bongo Ondimba. Cette sortie de Jean Ping a profondément choqué les Gabonais qui vouent encore beaucoup de respect à Oumar Bongo Ondimba, et cela risque fort bien de se retourner contre lui.

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