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La profanation des vagins
Bolya dénonce le viol comme arme de guerre

Dans son dernier essai, l’écrivain congolais Bolya dénonce le viol comme arme de guerre et arme de destruction massive, en Afrique et dans le monde en général. La profanation des vagins est un livre fort et documenté qui fustige le silence de la communauté internationale sur le sujet et donne des pistes de réflexions. A lire.



vendredi 15 avril 2005, par Olivia Marsaud


La profanation des vagins est un livre coup de poing comme Bolya sait les écrire. C’est un livre cri d’alarme, c’est un livre effrayant de détails et de témoignages. Un livre sur le viol comme arme de destruction massive. S’appuyant sur des rapports spéciaux, des enquêtes et documents officiels, des coupures de journaux et des témoignages, Bolya livre une âpre chronique du terrorisme sexuel devenu « ordinaire ». « Jamais la violence sur les femmes n’a été aussi barbare, si banale.(...) Les crimes sexuels sont devenus aussi massifs que répétitifs », écrit-il.

Sa plume dénonce les prédateurs sexuels, les profanateurs de vagins, seigneurs de la guerre, pédophiles de guerre et autres « tarés de la terre »... Et Bolya de marteler que, « loin d’être une fatalité, la violence sexuelle de masse présuppose une ‘stratégie délibérée’ » et que les femmes sont devenues des cibles dont le corps correspond à un territoire. Qu’en Colombie, au Sierra Leone, en Tchétchénie, au Darfour ou en Birmanie, les viols de masse, les viols collectifs, les grossesses forcées, la création de « camps de viols » (comme en ex-Yougoslavie) et l’esclavage sexuel sont des instruments de génocide et de nettoyage ethnique.

Enfants-soldats, enfants-violeurs

Les chiffres donnés par l’auteur, et qui ont déjà pu avoir un écho dans la presse internationale, donnent la nausée. Au Rwanda par exemple. Selon les Nations unies, entre 250 000 et 500 000 femmes y ont été violées en 90 jours durant le génocide de 1994 et 15 000 grossesses forcées y ont été recensées. Parmi les femmes qui ont survécu au génocide, 80% ont été violées et plus de la moitié de celles-ci ont été infectées par le virus du sida. Quant au rapporteur spécial sur la RDC, Mme Lulia Mytoc, elle précise que les victimes de viols dans ce pays ont un âge variant entre... 4 et 80 ans. En parallèle, l’âge des violeurs a tendance à baisser, avec l’enrôlement massif, dans les guerres africaines, d’enfants-soldats. Ces derniers, « chiots de guerre », « fossoyeurs de leur propre vie », sont devenus des « enfants-violeurs malgré eux ».

Bolya fustige le silence de la communauté internationale et s’interroge : y aurait-il deux justices internationales ? Pourquoi aucun des profanateurs de vagins, comme Fodey Sankoh ou Charles Taylor du Liberia, n’a jamais répondu de ses actes devant une cour de justice internationale ? L’Afrique est la « fosse commune de droit et du devoir d’ingérence », regrette l’auteur. Qui plaide pour une « véritable justice internationale à compétence universelle » et la fin des lois internationales à géométrie variable. Citant en exemple une condamnation historique : celle de Jean-Paul Akayesu, ancien maire de Taba, au Rwanda, reconnu coupable de viol par le TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda), en 1998. Le TPIR considérant les crimes sexuels dont il était coupable d’« instruments de génocide ». Une jurisprudence dont Bolya donne de larges extraits en annexe de son livre. Pour rappeler aux prédateurs sexuels qu’ils sont à présents considérés comme des criminels de guerre et doivent être jugés comme tels. Pour que les viols ne soient plus considérés comme des dommages collatéraux des conflits contemporains. Mais comme des crimes contre l’humanité.

 La profanation des vagins de Bolya, éditions Le Serpent à Plumes.
 Acheter le livre.
 Lire l’éditorial de Bolya paru sur Afrik, "La profanation des vagins".
 Lire aussi : Afrique, le très faible maillon.



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