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Société - Afrique Centrale - Burundi - R.D.C. - Rwanda - Drame

Burundi : le massacre des Tutsis congolais était planifié
Les rebelles avaient fait savoir qu’ils prévoyaient de mener une attaque

Les funérailles des quelque 160 réfugiés tutsis congolais d’origine rwandaise assassinés, vendredi dans le camp de Gatumba, se sont déroulées ce lundi après-midi. L’attaque, soigneusement planifiée, aurait été menée par une « coalition » de rebelles, pour certains venus de la République Démocratique du Congo voisine.



lundi 16 août 2004, par Habibou Bangré


Dernier hommage à ceux qui ont été tués parce qu’ils étaient tutsis congolais. De nombreuses personnalités ont assisté, ce lundi après-midi, aux obsèques des quelque 160 Tutsis congolais d’origine rwandaise (Banyamulengue) massacrés vendredi dernier à Gatumba (province du Bujumbura rural, Ouest du Burundi). Les plus hautes autorités burundaises, des représentants de la République Démocratique du Congo (RDC) et du Rwanda, ainsi que des organisations humanitaires et des droits de l’Homme étaient présents. Selon L’Express, les victimes vont reposer dans un champ de l’armée burundaise, en attendant d’être rapatriées dans leur pays d’origine, lorsque la situation sera plus stable. L’émotion est encore très vive après cette attaque ciblée, apparemment motivée par des considérations ethniques. Les réactions sur le continent africain et à l’extérieur se multiplient. D’autant plus que le drame aurait été très soigneusement planifié, par une « coalition » de rebelles.

L’information circulait déjà depuis un certain temps à Bujumbura et dans le camp d’environ 800 réfugiés de Gatumba, pour la majeure partie peuplé de Banyamulengue qui avaient fui les troubles du Sud-Kivu de mai-juin derniers (Est de la RDC). Des tracts avertissaient d’une attaque imminente contre les Banyamulengue. Une membre d’une organisation non gouvernementale qui a souhaité garder l’anonymat explique que l’administrateur de la ville a fortement conseillé aux réfugiés de fuir ou de se disperser. Mais certains estiment que la nouvelle n’a pas été prise au sérieux. Ni par les réfugiés, ni par le Haut commissariat aux réfugiés des Nations Unies (UNHCR), responsable du camp. « Le trac n’était pas signé, il était donc difficile de prendre en compte ce message », reconnaît-on au HCR. D’aucuns estiment que c’est le manque de diffusion de l’information qui a conduit au massacre.

Massacre impitoyable

« A 22 heures, les rebelles burundais des Forces nationales de libération (FNL, hutues) ont attaqué un camp militaire situé à proximité du camp de réfugiés pour faire diversion. Les soldats ne pouvaient pas sortir et ne savaient pas que pendant ce temps les réfugiés tutsis congolais étaient massacrés par les Maï-Maï et les interhamwe rwandais (miliciens hutus extrémistes rwandais vivant en RDC, ndlr). Ils sont venus de la RDC qui ne se trouve qu’à quelques kilomètres. L’opération a duré une heure et demie », commente Adolphe Manirakiza, porte-parole adjoint des forces armées burundaises. Une heure et demie pendant laquelle une véritable traque a été organisée, sans qu’aucune résistance n’ait été opposée. « Le camp est placé en phase quatre d’après les conditions de sécurité des Nations Unies, ce qui signifie que le personnel du HCR n’y vivait pas. Tous sont à Bujumbura, qui est en phase trois », explique Bernard Ntwari, assistant à l’information publique de la structure, qui précise que c’est aux autorités d’assurer la protection des réfugiés et demandeurs d’asile.

« Les rebelles se rendaient de tente en tente pour voir qui correspondait à leur cible, car il y avait aussi des Burundais rapatriés qui vivaient dans le camp », poursuit Adolphe Manirakiza. Les tentes ont été brûlées pour faire sortir ceux qui devaient être exécutés. Pourtant, des habitants du camp n’étaient pas paniqués, selon des témoignages, ce qui laisse entendre, pour certains, que quelques personnes étaient au courant de cette attaque et savaient qu’elles ne risquaient rien. Une tuerie aveugle où beaucoup d’enfants ont péri. Les rebelles ont utilisé des machettes, des couteaux et incendié des corps. Certains étaient carbonisés, rendant très difficile leur identification. La plupart ont été retrouvés sur le site, mais sept cadavres ont été repêchés dans les marais avoisinants.

Frontière fermée avec la RDC

Beaucoup ont pu s’enfuir dans les quartiers pour se protéger. Toutefois, selon un dernier bilan, Adolphe Manirakiza explique que 166 personnes ont perdu la vie. Il y aurait une centaine de blessés, admis dans des hôpitaux de Bujumbura, dont certains pourraient venir grossir les rangs des victimes. Après le carnage, pour certains le plus grave qui se soit jamais produit dans un camp sous la responsabilité du HCR, les rebelles sont retournés en RDC et aucun d’entre eux n’a été arrêté.

Le lendemain de la tuerie, c’est la consternation qui prévaut dans le pays. Les images des corps encore fumants à la télévision ébranlent les esprits. Le camp ressemble à un tombeau ouvert. Le Président burundais Domitien Ndayizeye a déclaré, samedi, que son pays avait été « agressé ». Dimanche, la frontière avec la RDC était fermée et la sécurisation de la frontière renforcée. Quant au peuple burundais, il est tout aussi sous le choc. Les Tutsis sont atterrés par ce qui vient d’arriver aux leurs, alors que les Hutus, ethnie à laquelle appartenait la plupart des assaillants, craignent des représailles.

Condamnation internationale

La communauté internationale a vivement réagi. L’Union africaine qui a mis en place, dimanche, à Pointe-Noire (Congo Brazzaville), un sommet d’urgence concernant les événements, a condamné ces « actes de barbarie » et a ajouté qu’elle se donnerait les moyens de « livrer les coupables à la justice afin qu’ils soient punis de façon appropriée conformément au droit international ». La Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, la Belgique et les Nations Unies ont aussi condamné le massacre.

Sur impulsion du Conseil de sécurité des Nations Unies, une enquête va être menée pour déterminer quels sont les véritables coupables du massacre, que certains qualifient de génocide. Car si les FNL ont revendiqué l’attaque, les Maï-Maï auraient pour leur part nié toute responsabilité. Les rescapés sont, pour l’instant, regroupés dans une école.



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